LSDD CONCOURS TEXTES
Le Son du Désir 2026 — Textes complets du Tour 1 (48 nouvelles)
Sommaire — cliquez sur un titre pour aller directement au texte.
- CONCOURS-2026-004 — Son inconnu
- CONCOURS-2026-005 — Désobéissances terrestres
- CONCOURS-2026-013 — Mon Voisin
- CONCOURS-2026-017 — Montée en désir
- CONCOURS-2026-022 — Cache-Cache
- CONCOURS-2026-026 — Le pôle magnétique
- CONCOURS-2026-029 — Sous le ciel bleu pâle d'hiver, le pont-canal de Briare…
- CONCOURS-2026-037 — La fille du tram
- CONCOURS-2026-038 — Élise
- CONCOURS-2026-039 — Un soir de juin
- CONCOURS-2026-044 — Antoine et Gisèle
- CONCOURS-2026-045 — La femme parfaite…
- CONCOURS-2026-048 — Entre deux étages
- CONCOURS-2026-050 — Vagues sensuelles
- CONCOURS-2026-053 — Compartiment 16
- CONCOURS-2026-054 — Bas les masques !
- CONCOURS-2026-055 — Matcha
- CONCOURS-2026-056 — Face au loup
- CONCOURS-2026-057 — Une piqûre d'abeille pour ma première fois
- CONCOURS-2026-058 — Le guilledou de la fée Toto Fada
- CONCOURS-2026-059 — La demoiselle d'honneur était trop belle
- CONCOURS-2026-060 — L'envers du décor
- CONCOURS-2026-062 — Trouer le cul
- CONCOURS-2026-063 — Jeter les clés de l'entrée
- CONCOURS-2026-071 — Rien de plus naturel
- CONCOURS-2026-073 — S'ils ne sont plus personne
- CONCOURS-2026-075 — LA PEAU DU SILENCE
- CONCOURS-2026-086 — Pim Pam Pim Pam
- CONCOURS-2026-094 — Les volutes de Sangiva
- CONCOURS-2026-095 — Juste une aventure
- CONCOURS-2026-098 — Trois Tentations
- CONCOURS-2026-099 — A lundi
- CONCOURS-2026-103 — Putain ouais merci
- CONCOURS-2026-104 — Lâcher prise
- CONCOURS-2026-105 — Nuit étérotique
- CONCOURS-2026-108 — Une tendre habitude
- CONCOURS-2026-113 — Incognito
- CONCOURS-2026-115 — Lovely Rita
- CONCOURS-2026-116 — Rendez-vous
- CONCOURS-2026-118 — Jasmine
- CONCOURS-2026-124 — Ce monde
- CONCOURS-2026-125 — Un mélange de couleurs
- CONCOURS-2026-127 — La jeune femme et les cordes
- CONCOURS-2026-130 — DLeTAT°
- CONCOURS-2026-133 — Le premier Pokémon
- CONCOURS-2026-134 — "Viens"
- CONCOURS-2026-135 — La découverte d'Emmanuel.
- CONCOURS-2026-137 — Le saut
CONCOURS-2026-004
Son inconnu
Elle était là depuis déjà un moment, Un geste presque enfantin. À moins qu'il ne trahisse son esprit vraiment ailleurs, qu'à s'y baigner de jouvence, elle le tienne si fermement, comme pour se caler à je ne sais quelle réalité barrée, ou bien s'en rassurer d'une posture lissée de banalité.
Premier rencard, j'étais un inconnu. Son inconnu qu'il fallait aborder sereine, tranquille. Alors elle sirote en surjouant sans doute une candide nonchalance et la simplicité.
Mais ni elle ni moi, dès le premier instant n'y pouvons voir autre chose que sa gêne, petite.
Elle me jette un regard fugace. Juste un.
Un bonjour encodé des mots que nous nous étions choisis pour être bien certains de nos rôles à venir.
Elle se mit à rougir des images qu'ensemble, nous nous étions construites.
Je m'assois. Commande. Nous échangeons quelques banalités, puis papotons, facile, quelques jolis sentiers. Nous avons tellement échangé par écrit avant de nous voir, et chauffé nos esprits de nos envies les plus crues que tous deux savons bien pourquoi nous sommes là, et ce que nous ferons en quittant cette terrasse, si elle veut bien me suivre.
Alors ouais, les mots s'enchaînent, le temps d'encore un verre ou deux, sans trop se dévoiler, juste assez pour entendre ce qu'il faut préciser du qui nous sommes, du ce qui compte, des belles choses qui nous tiennent lieu de soutiens ou de causes sacrées. Mais pas un vrai regard d'elle. Ses yeux fuient les miens. Féline et discrète, mais de cils, allumeuse ; elle se fait dentellière du Médoc qu'elle descend.
Lentement.
Si lentement qu'elle m'impose l'idée d'entretenir même mesure.
Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Le sien s'habille visiblement en charmante chatterie. Le mien reste un temps suspendu à ses joues qui me plaisent. Elles ont la couleur d'une belle pudeur. Et je craque à l'idée qu'elle veuille m'en faire l'offrande.
Je ne veux rien brusquer, rien rompre du doux équilibre un peu magnétique dans lequel il me semble qu'elle baigne, juste avant de plonger.
Osera-t-elle ?
Je le saurais bientôt. Parce qu'il nous faut payer, qu'on se lève, y aller.
L'appart' est à deux pas.
Est-ce qu'elle voudra m'y suivre ?
Durant la discussion, sachant notre différence d'âges faisant pour moi un frein et comme pour s'en excuser, elle m'avait dit le trouble qui l'habitait quand débutèrent nos échanges. Sans avoir encore accès à mon visage et ne trouvant sur mon profil que les informations que je laissais visibles à tous les visiteurs, je lui faisais penser à un prof d'Histoire Grecque qu'elle avait eu dix ou douze ans plus tôt. Tellement qu'elle m'avoua finir par croire que j'étais celui là. Cette presque certitude, elle la tenait du fait d'un de nos échange. Elle lut que j'avais voulu lui faire comprendre savoir qui elle était en ravivant un souvenir. C'était il y a juste trois semaines. Jusqu'à cette date, j'avais eu l'impression qu'elle et moi n'échangions que sur la beauté du monde, certes en mode un peu joueur mais sans qu'il n'y ait rien qui présage de sulfurer quelque suite à donner.
Ce soir-là, donc, il y eu ses mots tombant d'une étagère, me demandant si je verrais un inconvénient à ce qu'elle porte mon collier. L'incongruité de la question ou de la formulation m'obligea à la faire répéter, et la sentant troublée, me lui fit imposer d'en préciser l'image. Elle en fut délicieuse de honte comme si c'était à dessein que je lui demandais de venir ventre à terre pour mieux trouver sa place. Mais j'étais innocent ! Je ne m'y attendais pas, parce que je m'étais refusé à imaginer bête et belle pouvant aller compain. Je crois même lui en avoir un peu voulu. Sa jeunesse et sa demande conjuguées me renvoyaient à des images faisandées autant que malaisants. Un schéma tellement tradi m'imposant le rôle du dominant de service. JeanDom77, le fameux… Bref, gêné sur mes contours, je lui avais sorti une fadaise que j'ai regrettée au moment même où je lui envoyais.
– Tu me copieras 100 fois que c'est au maître de choisir qui le sert.
Je ne pouvais savoir qu'un prof lui avait destiné les mêmes mots lors d'un TD portant sur l'esclavage à Athènes. Mais qu'importe ! Son commentaire l'avait roussie jusqu'aux oreilles, et de cette humiliation, elle s'était en secret caressée des nuits durant.
Elle ne lui rendit pas la punition qu'elle fit pourtant… Mais à moi, le lendemain, elle envoya la photo de ses lignes et m'en expliqua le pourquoi.
Eh bien non, je n'étais pas ce Professeur Hermann, et, amusé, je lui confiai seulement que je m'y serais pris autrement.
Et de questions en questions, de désirs croisés…
Bref; nous voilà sur ce trottoir, le grand bassin, le plongeoir.
Et bien vite arrivés.
Elle est devant moi à genoux, mains posées sur ses cuisses. Elle n'a gardé que ses bas qu'elle ne portait sur rien, rendant sa nudité un brin plus indécente. Surtout, elle a, je ne peux l'ignorer, une terrible envie de pisser depuis qu'on est sortis du bar. Mais déjà, elle le sait: ni maintenant. Ni comme ça.
Je pose au sol la plus large des casseroles trouvée dans le placard de la petite cuisine attenant au salon.
Pas besoin de lui préciser qu'elle devra s'y soulager si elle n'arrive pas à tenir le temps qu'il lui faudra. Ni quoi écrire sur la double page que je lui tends.
Elle en souffle.
Perle.
Se retient d'injures, son cerveau retourné.
Et la voilà à faire sa punition.
Elle lutte un temps, fait mine de mauvaise grâce, mais toujours yeux baissés, et déjà si excitée qu'elle tremble de fébrilité à l'idée de ne réussir à terminer ses lignes… Sans devoir s'interrompre et inonder ce qui lui reste de pudeur.
Devant son inconnu.
CONCOURS-2026-005
Désobéissances terrestres
Loin de l'austérité à laquelle on l'associe, la recherche universitaire en religion réserve parfois des surprises. Une alerte de mon Smartphone m'avait informée qu'un nouvel évangile, très éloigné du canon biblique, avait été découvert à Alep, plus précisément sa traduction par Saint Jérôme. Jérôme, Père de l'Église, était le marrant qui avait écarté le Cantique des Cantiques de la Vulgate, la Bible latine. Quel évangile avait bien pu lui passer entre les mains qu'il avait dû alors cacher au pape ? Je devais en savoir plus sur les conclusions des chercheurs de Columbia.
Je contactai un ami théologien à Yale, Robert, qui travaillait en théologie systématique protestante, mais qui, comme tout le monde, se passionnait pour le manuscrit d'Alep. Il connaissait un des archéologues de l'équipe, un certain Aaron, et m'invita à venir le voir. Je pris le premier vol pour New-York.
Robert et moi rencontrâmes Aaron dans un café près de la fac. Le manuscrit venait d'être authentifié comme étant de la main de Saint Jérôme, mais l'annotation où était annoncée la traduction latine de Gn 3 (v.) posait problème.
Macha. ― Gn 3 (v.) ? Robert et moi nous exclamâmes… Genèse 3 : la Chute d'Adam et Eve ? Une variante ?
Aaron. ― Oui, c'est bien là la difficulté, expliqua Aaron. Plus d'une centaine de signes de la traduction laissent croire qu'il existe bel et bien un original hébreu, mais le texte lui-même ne peut constituer une « variante », un « exitus », une suite, pour être exact, de la Chute.
Macha. ― Je ne comprends pas, temporisais-je. C'est toujours le cas en cas de découverte majeure. Il suffit de dire qu'il s'agit d'un apocryphe. Où est le problème ?
Aaron. ― Eh bien c'est le texte, répondit-il… sa nature scabreuse. Il ne peut pas décemment faire partie de la Bible. La plupart des chercheurs sont tenté de le présenter comme une pure invention de Saint Jérôme. Nul mieux que Jérôme ne connaissait les manuscrits hébreux, il a pu facilement en reproduire style et forme. L'argument adverse est de dire que le problème n'est pas le texte mais l'étroitesse d'esprit des théologiens modernes incapables d'imaginer de l'érotisme au sein de la Bible.
Macha. ― Là-dessus je suis d'accord, intervins-je… je pense pas à toi Robert évidemment. Ne pas imaginer que « la colline de l'encens » (Cantique des Cantiques, 4.6) soit autre chose que le calvaire du Christ dans un poème érotique me semble plutôt tordu. Pauvre Jérôme ! Je l'imagine pas trois secondes inventer un texte porno pour faire marrer ses potes.
Je provoquai l'hilarité de mes amis.
Robert. ― Bon et alors ce texte, il contient quoi ? Tu peux rien nous dire ? tenta Robert.
Aaron. ― Tu imagines bien, vu l'ampleur qu'a pris l'affaire, que je suis lié par un contrat de confidentialité absolue avec Columbia, opposa Aaron. Mais j'ai une idée. Venez demain au bureau.
Le lendemain nous nous rendîmes à l'université. Le plan d'Aaron avait fonctionné. Il avait rapporté ma blague sur la colline de l'encens à une des chercheuses travaillant sur le manuscrit. Elle faisait partie du clan « évangile apocryphe » contre le clan « invention de Saint Jérôme ».
Hildegarde Fordham Carter était une théologienne bibliste devenue célèbre par sa distinction entre foi et tradition. Une pointure. Elle avait vu en moi une alliée potentielle contre les partisans de la farce de Saint Jérôme. Ces derniers préféraient accuser le traducteur plutôt que le texte alors qu'elle se sentait d'attaque pour défendre l'existence d'un évangile apocryphe au style différent de celui du canon. Hildegarde avait accordé le droit à Aaron de nous montrer des photocopies du texte de Saint Jérôme à la bibliothèque.
Dieu merci, Robert était bon latiniste. Alors que je le laissai parcourir lentement le texte, de mon côté, j'observai sa construction. Des strophes clairement délimitées rappelaient la couche la plus ancienne de la Bible qui était poétique, comme les Psaumes et les Lamentations. Le poème avait sept chapitres. Dans la Bible le 7 est le chiffre parfait. Les Psaumes usaient souvent de chants à la première personne, comme ici. L'impératif semblait indiquer qu'une personne, toujours la même, s'adressait à quelqu'un d'autre.
Je regardai de plus près les premiers mots de chaque chapitre avant, très certainement, que Robert ne les atteigne lui-même car il aurait bondi avant moi. Mon Dieu ! Il s'agissait en fait des titres que l'auteur, ou le traducteur, cachait. L'un après l'autre on pouvait lire le contenu non équivoque du poème : coitus analis, coitus oralis, coitus vaginalis … waouh ! c'était la version érotique des Sept jours de la Création ! Un jour, un poème, un enseignement… je devais traduire ce texte dans les plus brefs délais. Il contenait un préambule que je traduisis vaguement par
« … paroles de l'ange envoyé par le Créateur… furieux… Enseignement pour les aveugles » « Gn 3 v. »
Oui, le texte prend bel et bien place après la Chute. Adam et Eve ont mangé de l'arbre qui leur a enseigné l'existence du bien et du mal et l'ange doit maintenant les instruire des deux ou trois choses à faire quand on est nus à propos du désir et de l'amour charnel car le désir est parfois incompris, même pour soi-même.
Voici la traduction de Robert
1 Nox
Mes narines fument de colère
Car pour être dignes d'être humains
Vous devez vous relier
Au monde d'en-haut
Et ne pas rester le vertical serpent
Qui mange la poussière chaque jour de son existence.
Vous avez rejoint le Sheôl,
Où règne la confusion.
Vous ne distinguez pas l'ombre de la lumière
Car vous ne savez rien.
Aujourd'hui que vous êtes mortels
De l'inéluctabilité de la mort naitra le désir de l'autre.
Chose compliquée,
Dangereuse autant que séduisante,
Effrayante autant que comique,
Choquante autant que naturelle.
Vous avez honte d'être nus
Vous ne savez pas comment l'être.
Car vous ne savez rien,
Je dois vous instruire.
C'est la nuit.
Il y aura le jour.
2 Coitus more ferrarum
Le lion et la lionne se réunissent l'un dans l'autre
Comme le font les bêtes sauvages
Pendant trois jours et trois nuits
De manière incessante.
Tels sont les fauves
Efficaces et sûrs.
Lorsqu'elle est en ferveur,
La lionne tourne autour du mâle,
Se frotte,
Se vautre à ses pieds.
Alors le lion la saisit à la nuque
Monte sur elle par l'arrière.
Quand le lion retire son pénis,
La lionne se roule sur le dos
Agressive.
Tu n'es pas un lion.
Tu n'es pas une lionne.
Ils sont beaux, fougueux,
Mais vous êtes des humains
Et devez être nus autrement.
C'est la nuit,
Il y aura le jour.
3 Coitus interruptus
Quand l'homme s'unit à la femme
Et qu'elle enfante
Alors les montagnes chantent,
Les îles tressaillent d'allégresse,
Les fleuves battent des mains,
La lande est reverdie,
Les prairies dansent de joie,
Tout jubile et tout chante.
Lorsque que tu aimes une femme,
Que tu la pénètres,
Tu ne peux interrompre ton amour
Pour garder tes semences.
Tu ne peux stopper ton flux
Avant l'étendue de l'écume
En son corps.
Serais-tu seul à te donner du plaisir
En déversant ta semence sur le sol
Que tu ne ferais pas moins de mal.
Tes sources sont les ruisseaux de ton Dieu.
Lui seul décide de leurs cours.
C'est la nuit,
Il y aura le jour.
4 Coitus analis
Tu pourras dans le secret,
Consentir à ton épouse
Ses envies.
Si après moult caresses et baisers
Ta tendre aimée veut sentir
Peser sur son dos nu
Ton corps entier d'albâtre
Epaules sur épaules
Et sentir ton tronc dur
Au milieu des collines de sa croupe
Consens-lui.
Baise ses cheveux aux reflets de lumière
Et sa nuque blanche pleine de grâce
Parcours de tes doigts ses omoplates et ses reins en amphore
Comme les ruisseaux parcourent la vallée
Au comble de l'épanouissement
Elle ouvrira ses lèvres
Et belle come un lis au milieu des fougères
Et radieuse comme la lune en son plein
Te dira : Viens !
C'est la nuit
Il y aura le jour.
5 Coitus oralis
Et nus, vous vous regardez émus par la beauté
De la courbe de ses hanches, de ton torse large et fier
Toi, dans l'herbe, étendue blanche et nue, les cheveux alentour
Toi, au-dessus d'elle, le cœur enfantin au front délicat
Tentant de vous unir ensemble sans
Provoquer l'éveil
Si vos corps chastes ne devenaient pas humides
Par de seules caresses tendres
Alors vous pourriez prendre les sentiers de l'onde.
Toi, de côté, renversé
Ta bouche telle un cœur d'orchidée
Pourrait embrasser les lèvres de sa vulve
Puis ta langue caresser son trône des plaisirs
Tandis que ta belle épousée
Elle, de côté, renversée
Lècherait des pierres jusqu'au prépuce
Ton pénis érigé, voluptueux
Alors vos corps et vos esprits ensemble
Ne feraient qu'un
Un, emplit d'allégresse et de délice. Un, amour pur
C'est la nuit
Il y aura le jour.
6 Coitus vaginalis
Car une seule chose compte
Le don de soi
Dans l'amour.
Vous devez concevoir
La sexualité comme engagement
De toute la personne
Créée, homme et femme,
À l'image de Dieu.
En enliant vos corps l'un face à l'autre
Et vos corps l'un dans l'autre
Ton sexe dur
Frotté en va-et-vient
Dans le sien,
Vous enliez vos cœurs et vos âmes
Et laissez Dieu disposer
De vous faire ou non
Parents
De Sa descendance sur terre.
Union et procréation
Sont un grand don du Créateur.
C'était la nuit,
Il y aura le jour.
7 Lux
La lumière n'est pas l'absence de ténèbres,
Les ténèbres rôdent
Et toujours près des hommes mal avertis.
La lumière est la connaissance
De l'existence des ténèbres.
Maintenant te voilà moins fragile
Avec ton cœur.
Sautant sur les montagnes
Bondissant sur les collines
Tu es une brebis un peu plus affranchie et
Capable d'entendre le vent rieur
Comme le tonnerre annonçant l'orage.
Retiens que tu ne sais pas et ne saura jamais
Ni les secrets de ton Dieu dont tu ne vois la face
Ni les chemins du cœur de l'autre
Ni les failles de ta force.
Retiens que c'est bien ainsi
Car le Seigneur l'a décidé.
Que tu dois aimer et savoir te faire aimer
Et sans le comprendre.
C'était la nuit,
Le jour est venu.
Va et peuple la terre.
Les chercheurs de Columbia finirent par couper la poire en deux. Oui : il y avait eu un original en Hébreu. Non : Jérôme n'avait pas traduit un évangile mais l'œuvre d'un poète antique que l'orthodoxie n'avait pas utilisée pour nourrir le canon biblique, choix que l'orthodoxie actuelle ne remettait pas en cause. Il semble que les siècles ne changent rien à ceux qui font les lois et à ceux qui les transgressent par l'imagination. Ainsi votre serviteur.
CONCOURS-2026-013
Mon Voisin
Bonjour, je m'appelle Martine. En fait ce n'est pas mon vrai prénom. Aucune importance pour vous chers lecteurs, chères lectrices, je sais. Mais je n'aimerais pas que l'on me reconnaisse, surtout mes proches. Ce pseudonyme m'offre une sorte de protection, de virginité. Enfin, quand je parle de virginité, le terme n'est guère approprié. Mon récit, celui que je vais vous décrire, vous apparaitra comme une histoire troublante. Écrire des textes charnels devient, pour moi, une respiration, une nécessité. Tout homme ou femme rêve la nuit à des scènes osées. Le jour aussi d'ailleurs. Mes fantasmes construisent un univers dont je suis la seule à frémir, dommage ! Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Partagé avec mon mec, mes songes sensuels, mieux vaut ne pas y penser une seconde. Il ne comprendrait pas. Sa virilité de mâle en prendrait un coup. À ces yeux, un conjoint peut avoir des fantaisies érotiques et les assouvir, pas les épouses.
Il s'absente souvent depuis quelque temps. Je le soupçonne de me tromper. Il trempe sa plume dans l'encrier de quelques dames de ses connaissances. Il me délaisse. Cela ne me déçoit guère, j'y trouve un plaisir personnel. L'écriture en fait partie. Mes nouvelles sulfureuses, je les couche sur papier en cachette de mon mari. Je les mets à disposition sur un site internet à la lecture du public, toujours sous un pseudonyme.
Je vais donc vous raconter ma dernière inspiration. J'espère que cet écrit vous ouvrira la porte d'un autre monde, celui de la sexualité sans tabou, sans la censure religieuse, sans l'hypocrisie de la moralité.
J'avais jeté mon dévolu sur un individu. Âgée d'une cinquantaine, je voyais mon corps se transformer, s'étioler, rien de grave. Ainsi passe le temps, se courbe nos dos par les ans qui pèsent sur nous. J'avais élaboré une sorte de pièce de théâtre. Le premier rôle, celui de l'homme, serait tenu par un voisin. Il l'ignorait. C'est là tout le sel du scénario : faire partager par un anonyme mon désir érotique. Il ne me connaissait pas. Je ne savais rien ou si peu de lui. Depuis plusieurs semaines, je surveillais l'objet de mes délires. Il vivait seul dans l'appartement en face du mien. Son immeuble, sans concierge, on y entrait facilement : démarcheurs, préposé de la poste… ne s'en privaient aucunement. Je pouvais pénétrer le bâtiment et grimper chez lui, au deuxième étage d'après la boite aux lettres. J'avais mené une enquête policière. Je savais tout de son alimentation pour l'avoir maintes fois suivi dans la supérette. Je l'avais, à son insu, pisté dans ses pérégrinations urbaines. Tous les jours à la même heure, il se posait sur un banc pour rêvasser. Pendant toutes ses observations, je ne l'avais jamais vu avec une femme. La place que je supposais vacante m'attendait !
Je passais aux actes, un samedi vers dix heures, mon mari absent jusqu'à la fin de semaine. Mon cœur battait la chamade. Je me traitais de folle, de dévergondée. Où allais-je me fourrer ? Poussé par un besoin insatiable de jouer mon scénario, je n'imaginais pas un refus de celui sur lequel mon écrit tournait. Je grimpais vite les deux étages. Devant sa porte, je pris un instant de réflexion. Le doute s'insinuait. Je mesurais ma démarche. Elle me paraissait saugrenue, provocante. De quelle manière cet homme réagirait-il ? Toute frétillante de l'aventure à venir, je n'hésitais pas.
J'osais.
Je sonnais.
Le timbre résonna dans l'appartement.
Un silence relativement long répondit à la tonalité. Puis des pas se firent entendre. Une clef cherchait le trou de la serrure à pénétrer. Mon héros tremblotait-il ? La clef tourna dans le pêne.
La porte s'entrebâilla.
L'homme se tenait dans l'ouverture. Il me regarda interrogateur, le haut de son peignoir mal fermé, laissait entrevoir un ventre bedonnant. Je venais de le réveiller. En scrutant de plus près, je vis ces cheveux mouillés. Il sortait de la douche. J'avais interrompu ses ablutions. Je l'imaginais sans robe de chambre. Une envie irrésistible montait en moi, défaire la ceinture qui tenait le vêtement. Devinait-il mes pensées ? En tout cas, il recula de quelques pas. Nos regards se croisèrent. Je me sentis rougir. L'élaboration de mon plan ne prévoyait pas qu'il m'ouvrit la porte simplement habillé d'un peignoir ! Parfois la réalité semble forte que la fiction. Je devais l'amadouer, le convaincre, l'informer de mon écrit et lui demander de se conformer au rôle que je lui attribuais. Sur le pas de sa lourde, j'attendais. J'espérais un mot qui me permettrait d'introduire ma démarche, de lui expliciter mon ébauche. Il pourrait me dire : « que désirez-vous, madame ? » ou quelque chose dans le genre. Il me scrutait curieusement, ne disait rien. Paralysée par son attitude indolente, je devais réagir. Je devais lui réciter ma nouvelle puisque j'en avais fait le héros de l'histoire. L'homme de mon texte devait se présenter à poil devant moi. Mon écrit s'articulait sur sa nudité. C'était presque le cas. Hélas, je devinais sa résistance. Il n'enlevait pas son peignoir. Il devait, une fois dans la tenue d'Adam, se soumettre à mes volontés sans jamais me toucher. Je devais rester habillée, seul mon décolleté plongeant offrirait à ses yeux, ma gorge profonde, bien ferme, aux deux globes attirants. Mes jambes épilées, galbées et soulignées par une mini-jupe devaient capter son regard. Il deviendrait tourmenté. Son désir de mon corps se repèrerait à l'érection de son membre. Je lui demanderais un café. Il me servirait la boisson un peu gênée par son sexe impudique. Je sourirais. Assise, les gambettes croisées, mes cuisses obnubileraient sa vue. La jupe au minimum laisserait deviner la suite. Je ne portais pas de culotte. Il apercevrait ma toison de poils noirs, découvrirait la fente. Je me pencherais pour mettre un sucre dans la tasse. Ma poitrine dégagée s'offrirait à sa vision. En dégustant le breuvage, je contemplerais avec ostentation son phallus ce qui le ferait défaillir. Mon café fini, je me lèverais, prendrais congé. Un bisou sur ses joues, une main qui frôle sa verge affolée. Je le quitterais, le laissant seul face à l'explosion de ses sentiments.
J'avais lu dans une revue que toutes les femmes rêvaient d'une telle situation. Voir l'objet de leur désir sans habits.
Mon récit frisait la provocation. Je prenais un risque. L'homme est un animal. Il peut réagir brutalement. Rien ne semblait vouloir se dérouler comme dans mon schéma.
Il ne bougeait pas. Il ne disait rien. Son silence m'envahissait, me bloquait. Avec mon calepin à la main, je paraissais incongrue sur le palier. Lui derrière la porte ouverte me dévisageait. Il ne montrait aucune attitude. Le bas de son peignoir restait calme. Il ne bandait pas. Je ressentais de la vexation. C'est tout juste s'il considérait mon corps ! Ma poitrine attirait les mâles habituellement. Mes seins baladeurs sous le corsage happaient les regards. Sans soutien-gorge, ils vagabondaient au gré de mes gestes, de mes pas. Mes cuisses moulées déclenchaient l'incendie.
L'inconnu paraissait indifférent. Devais-je changer mon récit ? Ouvrir mon chemisier et abandonner mes mamelons libérés à sa concupiscence ? Perplexe, je n'avais pas envisagé un tel comportement. Dans mon ébauche, je devais rester tirée à quatre épingles, en aucun cas céder aux pulsions sexuelles du personnage, seulement le provoquer. Je n'avais plus le choix. Une main remonta vers le haut du chemisier. Je dégrafai un bouton, puis le deuxième. Le tissu s'écarta, laissant deviner la forme des seins. Pourtant, immobile, indifférent, il ne remarquait pas mon déshabillage amorcé de mon buste ! J'étais vexée. Le mufle refusait mon scénario. Cet imbécile ne gâcherait pas ma nouvelle élaborée depuis plusieurs jours. Mon enquête effectuée ne tomberait pas à l'eau à cause de ce salaud. Ce malotru, lorsqu'il apercevra ma poitrine, sortira de son mépris. Il s'empourprera, tentera une approche. Je dirai non ! Je reprendrai mon récit initial en y ajoutant deux ou trois phrases pas plus. Mes doigts s'attaquèrent au troisième bouton du chemisier. Mes seins gonflés commençaient à laisser entrevoir aréoles et tétons. Soudain un bruit dans l'appartement, j'arrêtais mon geste. Il n'était pas seul. Je n'avais pas imaginé la venue d'une autre femme dans mon scénario. J'avais pourtant bien surveillé son existence sur plusieurs semaines. Il n'était jamais accompagné dans ses sorties. Ce type d'apparence insignifiante cachait bien son jeu. Par la fenêtre de mon appartement, j'avais pris soin d'observer sa vie grâce aux jumelles de mon mari. Je n'avais rien vu de particulier. Je ne pouvais pas réécrire tout mon scénario. Mes fantasmes ne concernaient pas le sexe féminin, encore moins un partage à trois. Cet impondérable m'agaça. Je fus sur le pont d'engueuler le type toujours plongé dans son silence. Je fulminai. Je reboutonnai mon chemisier. Je m'apprêtai à faire demi-tour lorsqu'une troisième personne apparut. Mon visage brûla. Mes jambes s'entrechoquèrent.
— Qui est-ce mon amour ?
Je m'effondrai.
Ceint d'une serviette autour de la taille, se tenait un autre homme, à moitié nu lui aussi.
À toute allure je m'éclipsai, dévalant les deux étages. Dehors, je repris mon souffle. L'air me fit du bien. Chez moi, je rédigeais au propre ma nouvelle, tout en rigolant du quiproquo. J'espérais ne jamais croiser ce voisin. Je garderais pour moi le récit sans jamais le mettre en pratique !
CONCOURS-2026-017
Montée en désir
Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Deux secondes et trois cheveux. Trois cheveux seulement. Il n'aura fallu que trois cheveux coincés dans ma barbe naissante pour que mon corps s'éveille, laissant loin derrière lui, les souvenirs torrides de mes doigts trempés entre des cuisses encore inconnues la veille, quelques minutes avant que le réveil ne sonne ce matin.
Si on me le demandait, je dirais que la femme qui vient de rentrer dans l'ascenseur devant moi n'est pas mon style de femme. Au moment où la porte s'est ouverte, l'habit a fait le moine. Une pochette dont elle cache le nom de dossier de ses doigts manucurés, un stylo noir dont le capuchon est fortement mâchouillé et un téléphone dernière génération qui doit certainement prendre des photos incroyables. Une tenue classique pour uniforme, elle pourrait exercer tellement de professions.
La naissance de sa nuque cachée par de longs cheveux tombant jusqu'à son épaule dénudée mettant en avant la rondeur de sa poitrine sont autant de raisons pour ne pas baisser le regard. Menant une lutte infernale pour ne pas sortir de leur fourreau, ses deux seins évoluent au rythme des étages passés. Un… Deux… . Nous allons tous les deux au 7ème. C'est la première fois que nous nous croisons. Je travaille ici depuis douze ans.
Son pouls dont la cadence s'accélère fait sautiller un grain de beauté près de sa clavicule. L'embrasser dans le cou et caresser son bras afin de contrer la chair de poule naissante sur sa peau est facile à imaginer. Le néon défectueux de l'ascenseur bat au rythme de mon cœur qui s'agite.
Elle passe, encore une fois, plus lentement pourtant, ses cheveux derrière son oreille. Même cause, mêmes conséquences. Ses cheveux dans ma barbe une nouvelle fois, mon désir de plus en plus criant.
Je transpire. Je ne transpire jamais. Mes mains sont moites. Je ne transpire jamais.
— Il fait chaud ici non ?
— Pardon ?
— Je disais qu'il fait chaud, vous ne trouvez pas ?
— Oui … c'est vrai qu'il fait chaud … très chaud…
— Vos pupilles, la couleur de vos lèvres, la forme que dessine
Ce sont mes mains qui entourent sa nuque pour l'une et glisse le long de ses reins de l'autre. Ses pupilles dilatées, ses lèvres gonflées et humides, la forme grandissante de ses tétons tendus, tentant de déchirer le tissu de sa chemise, à travers un soutien-gorge dont la taille semble, maintenant, ridicule ; voilà le trajet incessant que font mes yeux, incapables de se poser.
Elle plaque sa paume sur le bouton STOP de l'ascenseur. Il arrête net sa course.
Ses lèvres déposées parfaitement contre les miennes paraissent être faites pour elles. Une première fois comme une évidence, comme si cela avait toujours été là. Ne pas parler et pourtant se connaitre parfaitement.
Reculant, aidée par le poids de tout mon corps décidé, jusqu'au miroir latéral, elle desserre ma ceinture habilement et fait sauter en une seule fois les boutons de mon jean bien trop serré jusqu'à présent. Ses deux seins lourds sont rapidement entre mes mains alors que nos langues dansent. Ses ongles pénètrent ma peau.
Au loin, un écho, quelqu'un frappe à la paroi. L'ascenseur est occupé et le restera. Un léger doute. Furtif, comme ce pouce le long de mon sexe tendu, ne désirant que la liberté et l'idée du contact chaud et humide de ce corps qui me rend fou.
La retourner, maintenant, sans rien dire. Elle soupire au contact de sa poitrine enflammée contre la glace froide et de mes mains déroulant sa culotte le long de ses jambes ouvertes. Les gouttes perlent le long de mon front tout autant que sur le miroir.
Dévorant son cou et titillant ses tétons entre mes doigts, mon sexe se promène entre ses lèvres humides, aidé par la cambrure de ses reins et mes doigts tournant autour de son clitoris gonflé.
Sans protection, impossible d'aller plus loin. La frustration est partagée. Elle se retourne puis me repousse. Un moment de lucidité ? Furtif ! Comme le temps qu'elle met à attacher ses cheveux autour d'un élastique sorti de nulle part. Hésitant quant à la suite des événements, les bruits dans la cage d'ascenseur se faisant de plus en plus pressants, elle se colle à mon oreille pour murmurer.
— La prochaine fois, ce sera entre mes cuisses !
Une promesse, un ordre ? Peu importe, elle glisse le long de mon corps à sa merci pour se retrouver à genoux.
La sensation de sa langue et de ses lèvres chaudes autour de mes testicules parcourt ma colonne vertébrale en un frisson, laissant sa main coulisser autour de ma verge dressée à faire mal et embrase le feu qui me dévore dans ce minuscule ascenseur des années 1950. Alors qu'elle fait disparaitre chaque centimètre de mon sexe au fond de sa gorge, elle dépose sa culotte lancée au sol contre mon torse transpirant. Je la porte à mes narines avant de la glisser dans ma poche.
La sentence est immédiate, ses yeux plantés dans les miens que j'ai tant de mal à garder ouverts, elle relance l'ascenseur.
Les yeux fermés quelques instants, elle est déjà debout, ses cheveux détachés, sa chemise reboutonnée. L'ascenseur ralentit au 6ème étage. Elle rigole. Ses yeux m'invitent à rentrer ce qu'il reste de ma vigueur achevée. Très rapidement, les portes s'ouvrent. Un bouton seulement de fait. Par réflexe et par pudeur, je tire sur mon t-shirt. Personne.
— Bonne journée à vous. Pour la culotte, gardez-la pour l'instant, je viendrai la récupérer.
— Vous n'allez pas au 7ème finalement ?
— Non, j'ai une réunion qui commence dans dix minutes.
C'est également le temps qu'il me reste avant de débuter la mienne. Je ne peux pas y aller dans cet état. Heureusement, j'ai des habits de rechange dans mon bureau et une douche personnelle.
Les souvenirs plein la tête de ce moment suspendu de plaisir et de désir inattendus, je rentre dans la salle de réunion, après avoir descendu les marches trois à trois, en m'excusant pour mon léger retard, sans lever la tête. Le thème du jour est « comment renforcer les liens au sein d'une équipe de travail ». Encore un séminaire interminable financé par la boite, auquel nous sommes obligés de participer. L'année dernière il s'agissait de bien choisir les meilleures mises en pages et polices d'écriture selon les clients avec qui nous échangeons. Je m'étais endormi l'après-midi.
A ma place, une feuille d'émargement. C'est la première fois qu'on nous demande de mettre notre numéro de téléphone. Tout le monde a joué le jeu, je ne peux pas ne pas le mettre. Ce document rempli, je me redresse et m'arrête net, au moment de connecter l'image et le son. C'est elle. Ses dents, pinçant ses lèvres inférieures, elle prend la parole.
— Ah, voici mon compagnon de galère dans cet ascenseur exigu. Je vois que vous avez eu le temps de vous changer. Il faisait tellement chaud. Si j'avais su, j'aurais été plus prévenante. J'ai l'impression de n'avoir pas été très agréable. La chaleur sans doute.
— Non, ça va, je vous rassure.
— Ah bien, merci, parce que le stress me fait souvent faire n'importe quoi. Bon, puisque nous sommes tous là, nous pouvons commencer.
Je retourne m'assoir et la réunion se poursuit comme indiqué par l'ordre du jour.
La prochaine fois ? De quoi parlait-elle ? Impossible de croiser son regard. Pendant que les autres parlent, elle pianote sur son téléphone, les mains cachées sous la table. Une autre réunion ? Un autre « compagnon de galère » sûrement.
Perdu dans mes pensées, mon téléphone vibre trois fois. Trois photos. Effectivement, je ne lui ai pas rendu sa culotte, l'odeur envahissant encore mes narines et il y aura bien une prochaine fois, tant ses lèvres sont ouvertes et trempées. Son téléphone fait réellement de superbes photos.
Je transpire. Je ne transpire jamais normalement.
Irkom TheSeb
CONCOURS-2026-022
Cache-Cache
Sous l'excitation, la fatigue. Le rythme de la pluie sur la cime des arbres me maintient éveillé, presque autant que les traînées de givre éphémère que les gouttes laissent sur mes joues.
Et je compte.
Les yeux bien fermés, je compte.
Les oiseaux ne chantent plus depuis que le déluge a commencé à s'abattre, ou peut-être qu'il couvre tout simplement leurs cris. Je ne sais pas.
Et je compte.
C'est la nuit, et je compte.
Quelques minutes de plus et je ne pourrai plus résister à l'appel de mes songes, alors je compte de plus en plus vite en invitant la pluie à me fouetter la nuque.
Il est dorénavant temps d'ouvrir les yeux pour aller la chercher.
Si la tempête gronde avec toujours plus d'intensité au cœur de la forêt, elle m'apparaît toutefois moins oppressante que lorsque j'étais aveugle. Je pourrais me servir de cela pour la retrouver. Oppresser mes sens pour mieux la saisir. Car il faut que je la saisisse, il faut que je la retrouve.
Il faut qu'elle soit trouvée.
Elle pourrait être n'importe où sur Terre, et elle a choisi d'être là, avec moi.
Je ferme de nouveau les yeux en espérant l'entendre à travers la cacophonie, ne récoltant hélas qu'une âpre frustration. Il y a des choses en trop parmi les arbres, à commencer par les futilités humaines.
Dans un accès de folie, j'éparpille mes vêtements et me retrouve nu.
Le parterre de brindilles et les racines m'excorient douloureusement les pieds, au point où j'en viens à halluciner le bruit des gouttes de sang que je sème sur mon passage. Ce mal est nécessaire pour ne faire plus qu'un avec la nature.
Au fil de la nuit, son parfum devient de plus en plus perceptible. Il me caresse les narines avant de danser sur le reste de mon corps.
Je me laisse guider, les yeux toujours clos.
Mon corps doit disparaître. Je fonds dans cette nature humide et crasse pour en devenir le prolongement. Je marche et marche encore des heures durant, passe des jours entiers d'errance dans ce rêve vaporeux. Les formes du temps se contractent après chaque inspiration, puis me relâchent pendant l'expiration.
La source de l'arôme est proche, si proche que je la ressens sous ma peau.
Elle est là, enfin, terrée derrière un buisson. Elle a froid. C'est à moi de la réchauffer et de la rassurer. Je ne m'étonne pas que ma présence soit insoupçonnée, car je sais bien que derrière ma peau ruinée par les flots, je n'existe plus vraiment. Sous la pluie, il n'y a qu'elle et la forêt qui méritent d'exister.
Elle est frigorifiée par la peur de mourir seule dans ce dédale. Jamais.
Je m'approche. Elle ne me voit toujours pas. Ne me sent toujours pas. En silence, j'autorise mes yeux à s'ouvrir pour la contempler. Elle aussi est trempée de la tête aux pieds, sa longue chevelure auburn reposant sur ses épaules. Je dégage sa nuque avec ma main gauche – elle ne sursaute pas – et appose mes lèvres à l'intérieur de son cou.
L'intégralité de son corps se répand en frissons.
Je lui enlève son lourd gilet et laisse mes doigts courir le long de ses bras. Mes lèvres n'ont toujours pas quitté sa peau lorsque sa tête bascule légèrement en arrière, comme pour s'abreuver du chagrin céleste.
J'observe ses pupilles disparaître à l'instant où ma main droite effleure le bas de son ventre. Sa modestie s'échappe et offre aux cieux le présent de ses volutes, chaque perle d'eau venant mourir au creux de ses seins et se gorger de son parfum.
Tout en me nourrissant de ce noble buste, j'ôte ce qui reste de sa parure. Nous voilà entièrement dévêtus, reliés à nous et à la Terre. Elle finit par coller ses lèvres contre les miennes, invitant nos langues à danser l'une contre l'autre.
La sensualité de nos contorsions me fragilise les jambes et me voilà bien vite à genoux devant sa grâce, nez à nez avec la luxuriante origine du monde. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Les larmes d'Eros l'ont rendue si humide qu'il m'est impossible de résister une seconde de plus. J'y plonge la bouche sans retenue, pénétrant ainsi dans les vallées interdites jusqu'aux tréfonds du berceau de la vie.
Mon voyage s'achève lorsqu'elle me rejoint au sol. Je m'allonge alors contre elle, prêt à mêler nos essences dans une friction automnale.
Elle est complètement assujettie à mes désirs, et moi aux siens. La chaude vapeur qui s'échappe de nos corps nous protège de l'orage, comme dans un rêve, pendant que l'éternité nous contemple, là, plongés dans la terre.
Le ciel nous jalouse.
Pour plaire aux dieux, je décide de sortir du paradis afin de leur offrir la contemplation de ma jouissance. Elle se mêle au déluge. Nous restons collés l'un à l'autre jusqu'à ce que la forêt accepte de nous laisser repartir. Au petit matin, les rayons du soleil percent la toile naturelle et nous offrent le komorebi.
Je n'ai jamais eu envie de m'extirper du rêve, mais elle ne m'a pas laissé le choix, car elle est partie et je suis resté caché. Désormais seul dans la forêt, j'attends qu'elle me cherche.
J'espère que la pluie va s'arrêter.
J'espère qu'elle a déjà commencé à compter.
Tom Hennequin
CONCOURS-2026-026
Le pôle magnétique
Appuyé à un mur de briques, se tient José, un homme d'âge mûr au visage bon, mais à ce moment d'une mine soucieuse, en proie à quelques troubles comme en atteste sa voix, et un portable qu'il applique davantage au front qu'à l'oreille : « je ne sais pas, je ne sais pas… répète-t-il dans un accent andalou… c'est difficile à dire… comme une vision… oui, oui, du feu… avec des femmes qui me… » Tout à coup, avançant d'un pas au soleil, quelque chose au loin attire son regard, et aussitôt il se redresse, reprend du maintien, et abandonne le fil comme à quitter les lieux.
Non loin, dans une cour, au milieu d'une famille de baraques, sont alignés à la vente nombre d'appareils ménagers ayant en commun disons-le un aspect usagé, et c'est à portée d'un frigo que se trouve une jeune femme brune aux yeux prenants, et qui d'un air tranquille, ausculte le matériel en vue d'un achat.
S'achemine vers le lieu José, qui bloqué à courte distance derrière l'enclos, s'adresse à elle sur un ton courtois :
– C'est fermé mademoiselle, on est dimanche.
– Oui oui, je sais, répond la fille, après un délai, sans même tourner la tête.
– Ne restez pas là s'il vous plaît, dit-il, tournant les talons.
Mais l'écho lui force d'insister, et plus précisément, longeant l'enceinte grillagée qui les sépare, il renouvelle sa recommandation.
– Vous n'avez pas vu l'écriteau à l'entrée ?
– Si si, jette la fille, occupée ailleurs à l'inspection d'un frigo.
Mais José, à la fin de son élan, referme la porte qu'elle maintenait ouverte, puis, pas encore fâché, décrète : « respectez les horaires, vous voulez ? ! »
Que fait la fille, disparaît-elle ? Eh bien, non. Simplement muette, au mépris charmant de toute politesse, elle s'intéresse aux modèles voisins. Au surplus, d'un geste insolent, elle ouvre un autre frigo – comme à faire barrage entre eux – et sans même y jeter un œil, lance d'une moue à peine dégoûtée :
– Tout est vieux ici.
– Vieux et déformé, mademoiselle, comme moi.
– Je sais, souffle-t-elle, de vague ironie.
« Qu'est-ce tu sais ? » a envie de répondre José, excité d'une torture intérieure. Car encore et toujours, la résistance des femmes – les plus jeunes en particulier – a cet effet de lui faire perdre le contrôle ; le désir est parfois incompris, même pour soi-même, et désir dont l'expansion (pas désagréable au fond) va nous être décrit.
Ainsi, au lieu de pousser la porte comme précédemment, et laisser un écart nu entre eux, il fait mine de sourire et dans un jeu, appuie le menton sur la baie. Pour la fille, il n'est plus qu'une tête qui parle, le corps escamoté derrière les clayettes.
Il annonce ceci, calme comme un docteur :
– Alors, sachez que je suis un coquin. Et que là, en ce moment, je calcule votre joli derrière.
Puis il aligne la porte d'un mouvement vif du bassin, et reçoit en échange, à l'endroit enrichi du contact, un regard trop long.
– Ça vous excite les frigos ? provoque la fille, changeant d'allée aux gazinières, imprimant au discours une note tout à fait précise.
Et là, quelque chose se met à tourner, quelque chose qui siffle et brûle les tempes. Un manège, un manège qui s'ébranle dans une tête. Et José, dont le discernement commence à vaciller, entend ceci : « moi c'est les fours qui me chavirent, cette chaleur. On pousse un bouton, et hop ! » Et la fille termine d'une caresse en l'air.
L'instant d'après, dans une réalité confuse à l'échelle du trouble qui s'accentue, José a ce don de nous transporter à un autre lieu, dans une maison sans toit, où posté au mi-lieu de la dalle, indéchiffrable, il attend d'accueillir son étrange visiteuse. Il la suit du regard, voilà qu'elle s'approche. Voilà qu'elle entre, d'un pas charmeur et velouté, un pas et un sourire de chlorophylle. Elle lève un bras et pose une main sur le mur. Mais bientôt, le mur n'est plus un mur, le mur est un voile blanc, une chemise, la chemise que José porte sur lui. Et le mouvement tendre se poursuit et se poursuit, et le bout des doigts s'abritent sous les échancrures du boutonnage, imitant des ciseaux à lames de chair, coupant degré à degré vers le nombril, mais soudain, alors que le cuir gradué cédait à l'insistance, la main de José se projette et assujettit l'intrus à cette cote là et pas plus loin, en même temps que la fille lui chuchote à l'oreille, d'une gorge suffisamment chaude à lui faire lâcher prise : « moi c'est les fous qui me chavirent, ce besoin. »
Mais l'émotion est trop forte.
Et la chemise n'est plus une chemise, la chemise est une plaque. Une plaque froide et blanche comme une gazinière. Et la fille enchaîne dans une familiarité si offensante et si extrême à cisailler l'autre et le laisser figé dans une douleur d'admiration.
« On se connaît bien pourtant, dit-elle, arrogante, et d'ajouter ceci, d'un faux effort de mémoire, monsieur quatre ? c'est bien ça ? »
Impérieuse, renforcée du silence, l'étrange visiteuse se met à parader le long des cubes de fer, frottant son index à tracer un sillon sur les plaques d'émail poussiéreuses.
Elle dit en trajet, amusée :
– Quatre ou cinq, je sais plus…
Et comme José n'a pas de réaction, elle interroge :
– Quatre ou cinq ?… tu sais compter ?
Au comble de l'insolence, elle darde un poing mou et commence à déplier les doigts :
– Un… deux… oups ! ça colle… je reprends : un, deux, trois… tu me dis quand c'est bon… quatre… ssss
Mais excédé, se maîtrisant à peine, José la coupe :
– Arrête ton numéro, fillette ! réplique-t-il, un rien agressif.
Et de compléter du même ton :
– Tu cherches quoi au juste ?
Des mots clés sans doute car curieusement, voilà que la fille s'éteint, ni mots ni gestes, une poupée inerte, et soudain, à la conclusion d'une transe prolongée, celle-ci inverse le cours et s'esclaffe à la renverse, exhibant çà et là en tous sens une bouille hilare jusqu'à l'obscénité, imitant la question d'une voix rauque à faire bouillir d'une certaine colère l'heureux homme. « Tu cherches quoi ?… quoi donc ? un slip ! » Et tandis qu'il entend ce chant odieux se décliner dans une chair de poule, la fille lui apparaît lascive sur un flocon de clarté, offrant aux yeux un simulacre d'étreinte, et ainsi, serpente-t-elle tantôt le ventre tantôt le dos, sur la banquise brûlante que forment les couvercles d'émail léchés au soleil.
Mais ensuite, tout se trouble, et la douce personne qui la seconde précédente s'étirait choquante sur le glacis, à présent se perd dans la profondeur d'un rêve nuageux. Et le temps, toujours vainqueur, vient au réveil du solitaire qui n'avait pas quitté son abri, et se tourne à l'appel d'une voix que le vent lui apporte au travers une entaille dans les murs : « je repasserai ! », s'écrie la cliente qui s'éloigne jusqu'au bout de l'allée, et au seul objet visible dans le décor, se lave les mains à un robinet avant de disparaître.
Mais le temps nous joue encore un tour, et voilà que José se met à sourire. Un sourire qui ne change pas. Un sourire qui lui monte aux yeux à chaque fois qu'il l'aperçoit au loin, sortant de sa caravane, un panier à linge sous le bras, remuant adroitement les hanches jusqu'à l'étendoir où elle se dévêtit peu à peu sur la corde libre.
FIN
Alexandre Lesniak
CONCOURS-2026-029
Sous le ciel bleu pâle d'hiver, le pont-canal de Briare…
Une heure supplémentaire… Une heure supplémentaire ! Elle venait de s'arrêter sur le bas-côté pour réinitialiser son GPS. Un accident signalé sur l'A.77, un important ralentissement, et l'idée incongrue d'avoir pris la première sortie…
Elle n'était pas pressée au fond. Elle était juste agacée d'être partie de bonne heure pour retrouver son chez elle après une semaine de formation. Elle s'était levée à l'aube. Le ciel bleu pâle de janvier lui avait fait craindre de fortes gelées. Rien de bien méchant, pas de chaussées glissantes, juste un brin de poésie que ces filaments gris sur la végétation.
Elle avait bien roulé jusqu'à cet imprévu. Une heure perdue à cause de ce détour dans la campagne. Et ce GPS qui ne voulait rien entendre ! Elle savait simplement qu'elle se rapprochait de Gien, qu'elle enquillait des départementales au milieu de nulle-part…
Elle redémarra. Au bout de quelques kilomètres, le signal du réseau devint désespérément faible de nouveau. La voix métallique du GPS donna des informations contradictoires : « tournez à… » « tournez à… » « faites demi-tour dès que possible, » et ce bruit agaçant de la réinitialisation…
Elle se dit alors qu'il fallait qu'elle conduise à l'ancienne, sans cette béquille, en se tenant à la cartographie approximative qu'elle avait dans sa tête et en recherchant les panneaux de signalisation. Elle traversa des bois, des hameaux, tourna à droite, à gauche, à gauche, à droite…
Au bout d'un certain temps, elle n'était plus tout à fait sûre que tous ces changements de direction ne lui fassent pas faire du surplace.
Le panneau à l'entrée du village lui occasionna une pointe au cœur. Il y avait deux ans… Deux ans qu'elle était là sous ce même ciel bleu pâle d'hiver avec son amoureux du moment. Un Loirétain qui avait voulu lui faire connaître sa région. Lui ayant promis une féérie, le petit parking où il lui avait demandé de fermer les yeux jusqu'à l'entrée du pont-Canal de Briare, se matérialisa devant elle. Perdue pour perdue, elle décida de s'arrêter dans ce lieu désert qui avait fait émerger cette bouffée d'émotions.
Comment en étaient-ils arrivés là ? Comment ce feu de paille amoureux avait-il pu se consumer si vite ? Elle y avait cru, elle avait peut-être seulement voulu y croire, à ses gestes tendres, à ses SMS poignants, à la sensualité de ses caresses et de la jouissance partagée. Mais peut-être qu'au-delà de leurs jeux érotiques et de l'emboitement de leurs corps, le désir n'avait pas été suffisant. Il manquait très certainement la profondeur de ce qui peut durer. Il lui avait reproché sans vraiment le dire d'ailleurs, sa froideur, sa difficulté à lâcher-prise, son manque d'extravagance. Elle lui avait demandé d'être moins excessif, moins dans l'idéalisation d'elle et de leur relation… d'être moins vampirisant aussi, et elle avait senti qu'elle l'avait meurtri.
Ces divergences leur avaient sauté à la gueule, une fin de week-end, se terminant par une gaucherie dans les gestes, dans le baiser du départ qui était tacitement devenu un baiser d'adieu.
Plus de nouvelles depuis. Elle avait appris à vivre avec ce manque qui la réveillait parfois la nuit, le manque de sa bouche impudique et de ses cris rauques lorsqu'il se perdait en elle. Elle regrettait ses messages insistants sur son insatiable envie d'elle, qui la déstabilisaient parfois par leur mièvrerie, lui pourtant si brillant. L'ambivalence… Le cœur a ses raisons… et le désir aussi, enfin ce qu'on en décide, ce qu'on en dompte. Peut-être que son désir à lui était trop grand pour son cœur étriqué…Le désir est parfois incompris, même pour soi-même…
Pensait-il à elle de temps en temps ?
Elle n'était pas sûre d'avoir le désir de descendre de sa voiture sous ce même ciel bleu pâle d'hiver, d'ouvrir les yeux sur l'eau dormante harmonieusement encadrée par l'allée de lampadaires. Elle n'avait pas envie de croiser des amoureux main dans la main, comme eux quelques mois plus tôt… Elle n'avait certainement pas la force d'être confrontée seule à la froidure de janvier, sans ce geste protecteur de lui maintenir son étole. Et pourtant, lorsqu'elle avait ouvert les yeux à l'entrée du pont-canal deux ans plus tôt, elle avait été subjuguée par la beauté du lieu, ces chimères des pilastres porte-lumière du même vert que la végétation alentour, la ferronnerie qui se mirait dans l'eau stagnante. L'absence de mouvement donnait une réalité presque tangible au reflet, une véritable poésie, comme dans un film de Cocteau…
Dans d'autres circonstances, elle aurait aimé longer le chemin pavé, très certainement désert en ce début de matinée, respirer les odeurs sensuelles d'eau et de chlorophylle. Elle se serait complu dans le pépiement des moineaux venus se désaltérer. Des images de leurs ébats amoureux se seraient sûrement imposées… Elle aurait été émue de voir dans le malicieux accident qui l'avait amenée à se perdre près du pont-canal, le signe d'un renouveau, comme le symbole d'un possible impossible…
Elle attendit, respira profondément, réprima son envie de lui. Elle ne voulait surtout pas altérer ce moment de féérie qu'elle avait consigné dans sa mémoire, ni se complaire dans des chimères…
Elle savait au fond qu'elle ne retrouverait plus le chamboulement émotionnel de ce joli petit feu de paille qui s'était bien vite consumé. Elle n'était pas sûre que son cœur meurtri ait envie de l'être de nouveau…
Malgré la larme sous la paupière, malgré l'ambivalence de son désir, elle redémarra.
Bien cordialement.
C. Davoust-Graffard
CONCOURS-2026-037
La fille du tram
D'habitude, on se dit bonjour poliment, comme on le fait pour tous les usagers qui empreintent le même tram à la même heure. La routine a cette capacité à forcer le rapprochement. On ne connaît même pas le nom des autres. Pourtant, on sait des choses. On sait que le jeune trentenaire barbu va descendre dans deux arrêts. On n'a aucune idée de son métier, mais il a des rendez-vous importants le lundi et le jeudi. Clients, fournisseurs, confrères et consœurs ? En tout cas, sa tenue parle pour lui. On sait que la cinquantenaire aux cheveux noirs bouclés va s'asseoir à l'avant, derrière le conducteur. On n'a aucune idée de l'organisation de son temps libre, mais elle veille tous les mardis. Loisirs tardifs, déplacements à rallonge, soirées torrides ? En tout cas, ses baillements répétés parlent pour elle. Quant au groupe d'étudiants qui brise le silence poli de la rame en montant, on se doute qu'il sortent le jeudi soir. En tout cas, on ne les voit pas le vendredi matin.
Lui, je le vois tous les matins depuis un an environ. La première fois, je m'en souviens très bien. Pas parce qu'il me plaisait. Plutôt parce que je lui plaisais, d'après le nombre de ses regards en coin. Il devait se penser discret, mais il a été vite repéré. Je m'attendais à ce qu'il m'aborde, que ce soit lourd. Et gênant en plus. Il doit avoir vingt-sept ou vingt-huit ans, au plus. J'en ai quarante-quatre. Je ne les fais pas tout à fait. S'il savait, cela le calmerait peut-être… Heureusement, metoo est passé par là. Il m'a laissée tranquille, et à partir du lendemain il s'est comporté normalement avec moi. Je le regrette un peu, parce qu'au fil du temps je l'ai trouvé de plus en plus mignon. Je me raisonnais en me disant que j'avais — presque — l'âge d'être sa mère, et que ce n'était pas sérieux. Je pensais qu'on en resterait là.
*
Elle est toujours aussi ravissante. J'aime son sourire. Je ne le lui ai jamais dit. Ce serait d'un banal. De toute façon, le tram du matin n'est pas le lieu pour. Mais là c'est la soirée de Max, c'est le moment ou jamais. C'est même un signe du destin, mais non. Deux heures que nous sommes dans la même maison et mon cerveau refuse d'entreprendre quoi que ce soit, de réfléchir à une quelconque approche. Réagis, mon Flo, réagis ! Ce n'est pas possible d'être aussi empoté. Deux ans que j'ai cassé avec Clara, faut dire. Une relation de trois ans. Donc cinq ans de rouille de la drague. Si j'avais su, aussi, que Max organisait la soirée conjointement avec sa sœur de dix ans son aînée, et qu'elle la connaissait, et qu'elle l'inviterait, j'aurais fait autrement. Je lui aurais demandé à être présenté. Ou des infos au moins. Là, je ne sais même pas si elle est célibataire.
— Tu me snobes ?
Mon cœur rate un battement.
*
Je suis arrivée dans son dos. Il a failli renverser son verre. Il rougit, perturbé. Alors, il baisse les yeux et tombe sur le décolleté de ma robe d'été. Il rebrousse chemin et me regarde dans les yeux, les joues cramoisies. S'il avait refoulé son crush pour moi, il revient comme un boomerang.
Sa gêne et son émoi me touchent. Il a l'air encore plus jeune, de près et hors du train-train quotidien. A-t-il vingt-cinq ans ? Vingt-quatre ? Il est timide, et encore plus beau gosse de près. Il coche toutes les cases. Il a un peu bu, moi aussi. Son parfum me plaît. Cela fait longtemps que je ne me suis pas amusée à une soirée. Et plusieurs mois que je n'ai pas pris de plaisir, même seule.
— La maison est grande. Et je la connais un peu. Tu veux visiter ?
Sans attendre sa réponse, je prends sa main et l'emmène avec moi.
*
Elle entre dans une chambre de l'étage un peu à l'écart. Elle claque la porte derrière moi. Je n'ai pas le temps de réaliser ce qui nous arrive que je me retrouve allongé sur le lit. Elle m'a poussé avec une force qui me surprend. J'ouvre la bouche pour dire quelque chose, mais elle se jette sur moi et me plaque la main sur la bouche.
— Tais-toi.
D'un geste, elle m'intime de ne pas bouger. Elle est à califourchon sur moi, à hauteur de mon bassin. Elle remonte. Sur mon ventre, puis mon torse. Mes bras la bloque. Elle s'en saisit pour les coller le long de mon corps. Je suis raide comme un Playmobil. Je suis son jouet. Elle arrive à hauteur de mes épaules. Elle plante son regard dans le mien. Elle veut s'assurer que j'ai bien compris ce qui allait se passer. Elle va mener la danse.
Ses cuisses frôlent mes oreilles, le tissu de sa robe entoure mon visage. Elle descend. Je ferme les yeux, attendant le contact. Rien ne se passe. Elle s'amuse de ma fébrilité, à deux centimètres de mes lèvres. Je sens l'odeur de son excitation, ce qui provoque la mienne. J'ai toujours préféré les femmes plus jeunes et je me voyais plutôt dominateur, et finalement… Le désir est parfois incompris, même pour soi-même.
Alors que je me perds dans ce considérations, elle franchit le dernier cap.
*
Ses lèvres touchent les miennes. Inerte, il se laisse faire. Il ne paraît pas surpris de l'absence de tissu. Est-ce que j'ai une tête à ne jamais porter de culotte ? J'ai honte un instant, puis me reprends. Qui est ce salopard pour me juger ? Il va bien voir ce qu'il va voir.
*
Elle commence à onduler sur moi. Doucement, avec une faible amplitude. Son excitation monte progressivement, je le sens à la mouille qui imbibe progressivement sa chatte, puis migre vers ma bouche. Son goût me rend fou, mais je ne vais pas lui donner ce qu'elle veut si facilement. Il faudra qu'elle me convainque de m'activer… Elle le comprend vite. Alors elle accélère le mouvement. Sa pression sur mon visage augmente. Ma bouche ne lui suffit plus. Elle passe sur mon menton, remonte au-dessus de ma bouche…
*
Je fais une pause. Je relâche la tension de mes cuisses pour me reposer sur lui. Je suis littéralement assise sur son visage. Son nez s'enfonce en moi. Je le fais rouler contre ma chatte pour stimuler mon clito. Je manque de soupirer avec cette nouvelle stimulation mais je dois rester dans mon rôle, il ne doit pas se rendre compte que j'adore ça.
*
Elle me tartine le visage. J'en ai partout, presque jusqu'aux yeux. Ses gestes précis témoignent de son expérience. Elle est ma maîtresse, je suis son élève. Je meurs d'envie de me toucher en même temps mais je ne prends aucune initiative. Elle devra me donner des ordres.
*
— Au travail.
À croire qu'il n'attendait que ça. Sa langue longue et lisse sort pour s'enfouir immédiatement en moi. Je prends l'angle parfait pour lui permettre de s'insérer le plus loin possible, tout en continuant à faire rouler mon clito sur le bout de son nez. J'atteins un nouveau palier d'extase. Je ne vais pas tarder à jouir.
*
Ses cuisses tremblent contre mes tempes et mes oreilles. Elle peut jouer les maîtresses froides autant qu'elle le veut, il y a des signes qui ne trompent pas. Elle se fige soudainement.
— Lèche. Et applique-toi.
Je sors de sa chatte. Des filets de cyprine et de salive mêlées nous maintiennent connectés. Je l'attaque frontalement. Je passe ma langue entre ses grandes lèvres et ses petites lèvres. Plusieurs fois, avec force. Elle geint. Je répète l'opération une dizaine de fois. Le volume sonore augmente. Je passe au centre. Je la lape avidement.
*
Il part du bas de ma chatte, presque de mon cul, il remonte par l'entrée de mon vagin, et finit par mon clito gonflé. Il l'effleure à peine, avec une légère pression vers le haut, comme s'il voulait le redresser. J'ai chaud, putain. J'aurais voulu enlever ma robe il y a déjà deux minutes, mais ça casserait tout le jeu. Je me contente de faire tomber les bretelles de ma robe et de la descendre sous ma poitrine.
*
C'est tellement beau que j'en pleurerais. Je me délecte du spectacle. Mes bras forcent une sortie de leur position Playmobil. J'empoigne son sein gauche. Il est doux et lourd. Je n'ai pas le temps de saisir le deuxième.
*
Ses mains sont redescendues illico. Je crois qu'il ne l'a pas vue venir, cette claque. Il a l'air sonné l'espace d'un instant. Je lui caresse la joue pour le rassurer, comme un petit animal. En me penchant en arrière, j'effleure son sexe de l'autre main, à travers son pantalon. Mon index parcourt la forme de sa verge de bas en haut, jusqu'à son gland. Lui aussi mouille. Son liquide pré-séminal a traversé ses vêtements. Je repars en avant. Je plante mes yeux dans les siens. Il me supplie du regard. Je sais ce qu'il veut. Je le regarde avec pitié.
— Ne compte pas sur moi pour te faire jouir. Maintenant, finis ton travail.
*
Elle prend mes cheveux d'une main pour me plaquer la tête avec force sur sa chatte. Son geste précis a mené mes lèvres exactement où elle le souhaitait. Je commence à sucer son gland. De sa main libre, elle se caresse la poitrine. Elle tire sur ses mamelons. Elle malaxe ses seins l'un après l'autre. La vue de cette danse ajoute encore à l'afflux sanguin dans le bas de mon corps. J'augmente la puissance de ma succion. Elle gémit de plus belle. On va nous entendre. Son bouton entre et sort de moi de plus en plus rapidement. Son corps se prend de spasmes. Elle étouffe un cri.
*
Je pousse un long soupir. J'ai l'impression d'avoir couru un marathon sans avoir bougé du lit. Je me dégage et remets ma robe en place.
— Allez, branle-toi maintenant.
Je la remercie intérieurement. Je bandais si fort que cela me faisait mal. Je baisse mon pantalon souillé. Elle me regarde avec mépris pendant que je m'astique. Mon orgasme va venir vite, très vite.
*
Son visage luisant m'excite. J'ai déjà envie de recommencer, mais on verra ça plus tard. Pour l'instant, je le regarde en train d'éjaculer dans une violente convulsion. La quantité de liquide blanc sur son ventre montre qu'il a dû apprécier la séance. Sans un mot et sans un regard, je sors de la pièce.
En repartant, je fais un détour par la cuisine, où il a laissé son sac à dos. Je griffonne mon numéro sur un bout de papier et le glisse dans la poche avant. La poche où j'ai déjà laissée ma culotte, une heure plus tôt.
Rémi Durand
CONCOURS-2026-038
Élise
Chère Élise
Lorsque vous m'avez engagé comme second dans votre établissement étoilé, je n'en menais pas large. Votre réputation vous avait précédée. J'avais connu plusieurs chefs qui, s'ils m'avaient bien formé, m'avaient également tyrannisé comme le reste de leur équipe. Le travail en cuisine ne s'effectuait jamais sans humiliations et cris incessants. Mais vous, il était connu que vous meniez votre brigade au poids du regard et du silence, de sorte que nul ne savait ce qu'il allait advenir.
J'ai commencé chez vous avec autant d'appréhension que d'enthousiasme. Vous étiez bien à la hauteur de votre réputation. Les chefs de partie s'activaient en silence, les commis couraient sans répit, vous étiez au piano et au passe-plat tout à la fois. Vos remarques ou vos ordres, avec une grande économie de mots, sonnaient comme des sentences. Pas un d'entre nous n'osait soutenir votre regard fauve dans ces moments-là. Pourtant, dans votre laboratoire, la fête était permanente car vous étiez d'une créativité sans pareille. La curiosité nous tenaillait et nous jetait dans votre cuisine chaque jour, dès l'aube, les yeux encore ensommeillés. Et quand vous colliez votre corps d'une animale sensualité contre le dos d'un chef de partie, humant par-dessus son épaule le fumet de sa casserole, et que vous murmuriez « pas mal », toute la brigade se figeait, frissonnait de plaisir et de jalousie.
Je ne pouvais imaginer alors à quel point vous alliez changer ma vie. Vous m'avez révélé à la grande cuisine ; la qualité des produits, l'alchimie des épices, ces combinaisons infinies qui affolent nos sens et logent nos âmes au creux de notre ventre. Ainsi je n'oublierai jamais le jour où vous m'avez intimé « Ce soir, cours particulier. »
Une fois le restaurant fermé et l'équipe partie, j'étais à votre merci. Votre toque rangée, votre chevelure flamboyante tombait en boucles sur votre veste que vous aviez entrouverte. À chacun de vos gestes, elle laissait entrevoir vos seins nus qui s'agitaient doucement. Mon cœur cognait mais votre regard glacé lui intimait l'ordre de se calmer. « Aujourd'hui, saveur boisée » Ce furent vos seules paroles devant les produits rassemblés sur le comptoir : cannelle, Chiroubles, viandes fumées, noisette, palourdes, fève de tonka, grondin, chocolat de Cordoba, poudre d'épinette. D'un geste, l'ordre me fut donné de passer par votre bouche afin de tout goûter. Sucer vos lèvres, lécher vos dents, forcer votre langue, lentement. Quelques gouttes de vin échappées filèrent dans l'ouverture de votre veste, je les suivis des yeux, en transe. Votre main sur ma nuque m'y fit plonger la tête. À peine le millésime aspiré, ma bouche trouvait vos seins. Aussitôt je tétai avec avidité le chocolat saupoudré sur vos mamelons dressés. La verge dressée, incapable de me contrôler, je malmenai votre veste mais vous m'avez repoussé. J'étais loin de gagner. Ma progression vers votre intimité dépendait de mes réponses. Si j'ignorais ce que je goûtais, si je me trompais, vous mettiez brutalement fin à votre leçon et la veste reboutonnée, vous quittiez la cuisine en me rappelant de tout ranger et de verrouiller la porte.
Mon assiduité aux cours du soir n'y suffit pas. Des mois passèrent, je n'étais pas si doué.
Vous m'avez tout appris Élise. Mais à quel prix ! Pour arriver à découvrir enfin les saveurs de votre ventre, j'ai souffert mille morts. Mon excitation était le poison de mes jours. Ma tête bourdonnait, je ne pouvais penser à rien d'autre qu'à vos seins fruités, votre nombril iodé, vos reins musqués. Mon travail s'en ressentait et vous étiez là, plus exigeante que jamais, d'une froideur sans pareil. Mais j'ai fini par progresser, ma mémoire aiguillonnée par le désir, jusqu'à ce fameux soir.
Quelques émulsions, des pommes, du champagne, de la cardamome sur le comptoir et vous, entièrement nue, allongée, qui me regardiez avancer. Vous avez ouvert vos cuisses découvrant votre sexe gonflé, avec entre ses lèvres humides, un coquelicot froissé. Il me fallait encore le saisir délicatement entre mes dents et le déguster sous vos yeux inquisiteurs. J'étais terrifié à l'idée de me tromper et de voir votre paradis se refermer. « Fleur de coquelicot, gelée de concombre kiwano, cristaux de sel rose de Bolivie » Ce fut mon Sésame, celui qui me permit de fouiller chaque centimètre carré de votre peau, la saveur de vos cuisses, la profondeur mouillée de votre sexe, la moiteur de vos fesses, votre langue assoiffée. J'étais insatiable, asservi à votre plaisir, vous m'avez guidé vers des orgasmes qui auraient pu s'appeler massalé, baies de Sichuan, sumac, carvi.
Durant cette période, votre inventivité culinaire redoubla. Chaque jour, vos suggestions nous étonnaient, nous galvanisaient. Ma maigre consolation était de penser que c'étaient nos cours du soir qui nourrissaient votre talent. Alors je donnais de ma personne pour vous entendre crier, pour vous couper le souffle, me demander grâce. Si seulement, seulement, j'avais pu apercevoir une simple lueur dans vos yeux ! je pensais que vous faire jouir ainsi m'ouvrirait votre cœur alors que chaque jour davantage, je m'enfonçais dans votre indifférence. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même.
Hier, je suis arrivé au comble de l'excitation, hors de moi, comme souvent, mais la cuisine était vide. Aucune préparation, aucune épice ou vin débouché sur la table de travail. Vous étiez absente. J'ai compris que les leçons étaient terminées, le moment était venu de vous quitter.
J'ose croire que vous me pensez prêt à montrer ce dont je suis capable dans un grand établissement. Je vous dis adieu Cheffe, vous avez révélé tous mes sens. Avant de vous connaître, j'étais un scaphandre. Aujourd'hui je suis vivant. Je tenais à vous dire que vous êtes une ogresse des plus généreuses. Vous dévorez votre brigade pour mieux servir celles et ceux qui, à votre table, jouissent sans le savoir de plats qui ont la saveur de vos ébats.
Pour toutes ces raisons, quand, à mon tour je serai chef, je resterai au fond de moi votre éternel second. Car jamais je ne pourrai m'empêcher de guetter les nouveautés de votre carte et céder à la jalousie envers celui qui vous les a inspirées.
Votre dévoué élève
Dominique Greiner (Petra Sardo)
CONCOURS-2026-039
Un soir de juin
Sur une allée du parc de l'hôpital, un homme attendait une femme qui semblait hésiter à le suivre. Il voulait l'emmener marcher, selon leur rituel quotidien, mais elle restait immobile, assise sur le banc, les yeux plissés.
– Je ne me souviens pas de vous, lui souffla-t-elle.
Il ne corrigeait même plus le vouvoiement.
– Je suis ton mari.
– Mon mari ? Nous sommes mariés ?
– Oui. Toi et moi.
Voilà deux ans qu'il recommençait chaque jour leur histoire. Il fallait lui expliquer les raisons de son séjour hospitalier, lui rappeler qu'il était vendeur de voitures et qu'ils avaient eu, ensemble, deux enfants qui l'aimaient et venaient la voir régulièrement. Et nous aussi, nous nous aimons ? Enfin, sommes-nous amoureux ? finissait-elle toujours par lui demander. Tout cela lui semblait, pour ainsi dire, rapide. Il fallait qu'elle prenne le temps d'y penser.
Mais cet après-midi-là, elle l'interrompit avant qu'il ne termine son récit :
– Puisque vous êtes mon mari, avons-nous déjà fait l'amour ?
– Évidemment.
– Je n'arrive pas à imaginer ça.
L'homme détourna les yeux, incapable de retenir un sourire.
– Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Et pourtant, tu en avais très envie !
– Vous en êtes sûr ?
– J'en suis sûr.
– Pourriez-vous me raconter ?
– Tu ne te rappelles pas…
– Non.
– Nous passions des journées entières à nous écrire…
– Et ?
L'homme se demanda jusqu'où il pouvait la conduire sans la trahir.
– Je crois qu'il m'en faut plus…, insista-t-elle. Puis elle se rapprocha de lui. D'une voix basse, presque chuchotante, elle lui demanda de poursuivre.
Alors l'homme continua :
– Tu m'invitais parfois à t'imaginer, à mon travail…
– A m'imaginer nue ?
– A t'imaginer cachée derrière le comptoir de vente.
– Cela m'étonne… Que pouvais-je bien y faire ?
– Si mes souvenirs sont bons, tu voulais que je te voie assise à même le sol. Tu disais qu'ainsi, tu étais à la bonne hauteur pour que je sente, juste là, ton souffle chargé de désir…
– Que ressentiez-vous alors ?
– Mon pantalon me semblait soudain trop étroit. Je n'avais plus qu'une idée : te retrouver. J'arrivais jusqu'à toi, impatient.
– Que faisions-nous alors ?
Il baissa les yeux.
– Nous nous retrouvions.
– Partagez avec moi l'un de vos souvenirs, lui glissa-t-elle avec un regard complice.
– Je crois que c'était un soir de juin… peut-être de juillet. Tu portais ta robe jaune. Enfin, je t'imagine souvent avec cette robe-là. Tu m'attendais sur le canapé de l'entrée. Tu étais affalée et tu me regardais de tes yeux immenses. Je crois que tu touchais tes clavicules nerveusement. Ou l'ai-je ajouté aujourd'hui ? Je ne sais plus… Je me souviens surtout que tu me suppliais de retirer ta culotte. Tu voulais que je respire tes poils et ta moiteur. Alors je l'arrachai d'une main fiévreuse et je dépliai tes jambes avec douceur. Tes cuisses s'ouvrirent sous mes mains. Je te couchai sur le dos. Tes lèvres étaient gonflées. Tu haletais sous mon regard et je te léchais avec une lenteur obstinée. Je m'accrochais, m'enroulais dans ton odeur. Tu te tordais. Pour sentir les petites vagues qui traversaient ton sexe, j'y fis entrer mon index centimètre par centimètre. Tes râles devinrent plus profonds et tes murmures plus rares jusqu'à ce que le plaisir te laisse sans voix, suffocante. Tu voulais pourtant que je sois témoin de ta jouissance. C'est à cette occasion-là, il me semble, que tu m'as demandé si les hommes ne le savent jamais vraiment. Aurais-je inventé ces mots qui te ressemblent ? Je n'ai pas répondu. Je me rappelle seulement de ton goût, et en te parlant, j'ai comme l'impression de le retrouver. »
L'homme se tut et il lui prit la main. La femme sentit un léger frisson la parcourir. Une chaleur discrète remonta de ses doigts jusqu'au creux de son ventre. Elle vint contre lui. Ils quittèrent le banc, marchèrent un instant les doigts enlacés. Puis il la ramena dans sa chambre. Les volets étaient tirés à demi. Les draps bleu clair étaient propres, amidonnés. La femme s'assit dessus et après un moment, elle rompit le silence :
« – Les murs sont si blancs ici…
– On pourrait peut-être les recouvrir demain ?
– Oui, demain… Disons-nous à demain » balbutia-t-elle.
L'homme se leva et la quitta en lui offrant un baiser à l'odeur de tabac froid. La porte à peine passée, elle ferma les yeux. Des images fugitives lui revinrent une à une. Une lumière d'été. Une robe jaune. Un canapé. Des fragments d'un bonheur oublié. Elle s'y accrocha sans savoir si elles appartenaient aux mots qu'il venait de lui offrir ou à leur vie d'avant. De cet après-midi du moins, elle se souvint.
Sophie Chetrit
CONCOURS-2026-044
Antoine et Gisèle
Je me réveille, il n'y a personne dans la chambre. Baignée par la lumière naturelle, une douce brise se fraie un chemin à travers les volets, caressant lentement ma peau nue. Un frisson parcourt mon dos. J'ai beaucoup moins chaud. C'est délicat de dormir à côté d'une bouillotte humaine tous les soirs (rires).
Les soucis du quotidien, se mêlant à mes angoisses, me hantent sans cesse et me laissent sans repos. Je laisse échapper un soupir, mets un oreiller sur ma tête puis en pousse un cri. Il arrive en courant, tout haletant il me demande :
– Qu'est-ce qu'il y a ?
– Rien, dis-je.
Sa mine se froisse.
Je fais semblant de ne pas remarquer son pantalon de pyjama taille basse. Sa silhouette athlétique sans être excessive. Ses poignées d'amour discrètes. Sa respiration. Son inquiétude. Il se rapproche et me tient le menton. Son sourire malicieux atteint mes yeux et je les baisse. Il me relève la tête légèrement. Le pourpre de mes joues trahit l'intimidation que me suscite cet homme même après deux ans en couple.
Il me regarde intensément. Ses lèvres effleurent ma mâchoire avant d'en suivre lentement la courbe. Puis, il revient vers ma bouche. Mes lèvres se séparent. Il se rapproche de plus en plus. Sa bouche sent l'arabica, un parfum intense et chaud qui m'enveloppe aussitôt. Ces notes aromatiques, riches, ne me laissent pas indifférente. Les mélodies qu'il chante à mon oreille me rassurent, ses mots se rejoignent pour me dire qu'il m'aime et me préfère.
Je ferme les yeux un instant. Comme si entendre ces mots rendait tout moins compliqué. Comme si ces trois mots avaient le pouvoir d'apaiser le tumulte qui me ronge depuis toutes ces années. Je peux sentir l'odeur de sa peau magnétique. La douceur de ses gestes. Et les intentions saines de son âme.
– Tu réfléchis trop, murmure-t-il avec un sourire tendre.
– C'est plus fort que moi.
– Alors laisse-moi porter tout ça quelques minutes.
Mon cœur se serre. Il se serre tellement fort que je ne respire plus. Il dépose enfin un baiser sur mes lèvres. Puis, d'un geste franc, sa langue avide s'enfonce dans ma bouche, subtilement hésitante ; comme s'il me demandait la permission de s'approcher davantage des ténèbres qui m'envahissent. Je souris malgré moi quand il arrête de m'embrasser et que ma culotte trahit son effet.
– Ça a marché ? se rassure-t-il, taquin.
– Pas tout à fait…
Son regard s'illumine. Il glisse sous les draps, me saisit par la taille avant de déposer un autre baiser sur mon ventre, mes poils naissants, mon entre-cuisse.
Le corps de cet homme s'impose en lumière. Il se doute de toutes les noirceurs que je simule mais reste trop élégant pour s'en vanter. Il revient contre mes lèvres, je laisse finalement ma tête reposer sur son épaule. Sa chaleur m'enveloppe aussitôt quand mes jambes s'ouvrent pour l'accueillir et le garder.
– Reste avec moi un moment, lui chuchoté-je à l'oreille.
– Je ne comptais aller nulle part.
Pendant quelques secondes, j'oublie tout. Avant que je ne m'en rende compte, ses mains remontent lentement le long de ma cuisse et saisissent ma chatte.
– Tu fais quoi ? murmuré-je.
Un sourire apparaît au coin de ses lèvres.
– Je te donne ton traitement, maintenant.
Il se redresse. Son regard fixe mon visage comme s'il cherchait à mémoriser chacun de mes traits excités. Cette attention me trouble. C'est autour de mes fesses, ses caresses, griffures…
– Que se passe-t-il dans cette tête ? demande-t-il doucement.
Je commence à ressentir les frissons de la douceur de ses doigts.
– Un peu trop de choses, dis-je dans un souffle. En revanche ne me regarde pas comme ça.
– Je ne fais que te regarder, secouant légèrement la tête, amusée.
Un baiser sur le front, je finis par me serrer un peu plus contre. Les deux doigts agiles qui s'agitent en moi, me font gémir. Je respire fort. Et au moment où je veux tout relâcher, il s'arrête.
– Pourquoi ? je lance, surprise…
– Tu portes trop de choses….
Je ne réponds pas. Je suis trop fatiguée pour le faire. Son regard ne me quitte pas. Il continue :
– Je ne te demande pas d'arrêter de réfléchir ou de penser, je te propose de ne plus le faire seule.
Il descend brusquement vers mon bassin, empoigne mes fesses et commence à me lécher… Mon clitoris cède sous ses coups de langue. Il est dense, vivant, enivrant…
Il s'arrête… Puis il reprend. Il ne force rien. Il suit la cadence de mon bassin… Je cède. Je veux jouir…
– Tu es à moi… murmure-t-il contre mes grosses lèvres, comme une promesse.
Je reviens à moi, je résiste, j'ai peur. Je relâche mes jambes, je détourne ma face.
– Qu'est-ce qu'il y a ? Tu n'aimes pas ?
Des hésitations me submergent, des non-dits réapparaissent. Ces odeurs. Cette chaleur. Le bruit d'une respiration, une lumière particulière. Cette main qui n'hésite pas. Jamais. Ce regard vide qui cherche à finir. Tout me revient en mémoire. Alors je simule. Je le renverse sur le lit, le chevauche et m'oublie. Il doit jouir. Elle est bonne, lorsqu'il s'introduit en moi. J'accélère la cadence, je ne l'entends plus. Je veux que cela finisse, je veux que cela se termine. Mon esprit reste conscient. Mon désir s'évanouit. Il doit jouir, oui, jouis. Figée dans une posture où d'autres hommes seraient fous de plaisir, je veux juste finir.
Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. C'est mon paradoxe. Quand je l'ai, je le fuis, et quand je ne l'ai pas, je le supplie. Une larme coule sur ma joue. Cet homme fait tout ce qu'il peut, il donne tout ce qu'il a, mais il est trop tard pour moi.
Jouis. Allez, jouis comme les autres fois, comme les autres. Il ne parle plus. Il ne gémit pas. Je ne l'entends plus. Je le chevauche. Ça y est, je me suis muré dans un silence, celui-là même qui me protège, celui où je laissais les hommes faire et se libérer. Je ne le sens plus, qu'est-ce qu'il fait ? C'est différent. Pourquoi suis-je assise dans cette douche ? L'eau froide, très froide. Mes pensées deviennent claires, il est devant moi. Pourquoi m'a-t-il arrêtée ? Il devait jouir, comme les autres fois, comme les autres. La fraîcheur me traverse le cœur. Je connais ce désir de vouloir être libre, libre de partir, de venir, de rester, d'aimer. Mais aussi d'être faible et juste désirée.
Je l'attire vers moi, je l'embrasse.
– Étrangle-moi d'amour maintenant. Laisse-moi me mettre à genoux et avaler, madame, elle est dure, brute et tendue devant moi. Verge brillante et harmonieuse.
– Non…
Il me repousse.
– Laisse-moi faire, laisse-moi être aimée comme ça, c'est la seule chose que je sais, que je connais, j'ai trop peur d'en apprendre d'autres.
– Arrête…
J'insiste.
– J'ai dit STOP !
La résonance dominante de sa voix envahit la douche donnant sur la chambre. Son regard sombre me freine. Je ressens maintenant le froid quand ses mains se resserrent autour de mon cou pour m'immobiliser.
– Tu n'es pas un objet d'assouvissement, je tuerais ceux qui te l'ont enseigné. Je tuerais les dieux attardés qui ont osé souiller ton corps.
Heureusement que je suis sous cette cascade d'eau froide. Ma dignité lui dit merci du fait qu'il ne voie pas mes larmes. Il me serre dans ses bras, m'invite avec sa bouche à l'embrasser. Je ressens la chaleur de son corps différemment. Elle n'envahit plus mon espace, elle me rassure. Je me laisse aller. Je me laisse tellement aller que je ne ressens plus que de l'attirance pour cet homme que je ne connaissais pas et que je découvre.
Il se baisse pour avaler tout ce qu'il peut entre mes cuisses. Il remonte vers mes seins et les mordilles. Un désir monte et je ne peux pas l'arrêter comme les autres fois. Qu'est-ce donc que cette musique dans ma tête, qu'est-ce donc que cette légèreté dans mon être. Il me plaque sur la paroi de la douche et s'introduit d'un coup en moi. Son rugissement grave et sonore masque mes bruits puissants. Est-ce donc cela le plaisir ?
Enfin je n'ai plus ce que je désire, mais ce dont j'avais besoin. Nous nous exprimons avec force et violence, d'un cri je jouis pour la première fois. Nous nous laissons tomber sur le sol froid de la douche, haletants et épuisés. Un exorcisme, me diriez-vous. Une découverte. Un début. Le plaisir. Enfin. Ces yeux pétillent. Je souris.
– Enchanté, je m'appelle Antoine.
– Enchantée, Gisèle.
CONCOURS-2026-045
La femme parfaite…
Il n'a jamais vraiment compris l'attrait qu'éprouvaient pour lui, les deux sexes. Était-ce son regard doux, sa voix profonde, quelque chose de plus intime?… À vrai dire, il s'en fichait.
Son corps avait été celui d'un athlète… A présent, c'est le sien.
Il est beau… Il l'ignore.
Il sait qu'Elle ne s'autorisera aucune pensée tendancieuse à son égard. Elle tient son stand avec le plus grand sérieux.
Partagé entre excitation et nervosité, il arpente les allées de la brocante, à sa recherche… Il la croise chaque année, depuis cinq ans, sans jamais parvenir à lui faire part de ses sentiments… D'ailleurs comment pourrait-il expliquer à une inconnue que son corps éveil en lui des désirs d'une telle intensité?… Qu'elle le fascine, au point d'accaparer ses nuits, d'un été sur l'autre…
Il nourrit avec soin le souvenir de leur dernière rencontre.
Grande, peut-être un peu plus que lui… De jolis yeux noisette mi-sévères, mi-rieurs, l'observant par dessus de fines lunettes. Une chevelure luxuriante, rassemblée à la va-vite en un chignon improbable. L'énorme poitrine sertie dans un chemisier à carreaux n'avait pas vocation à séduire. Pourtant son image suscite encore un frémissement dans son bas ventre. Il revoit les cuisses épaisses et harmonieuses, surmontées d'un impressionnant fessier, moulé dans un short rose qui lui avait semblé prêt à exploser, lorsqu'elle s'était accroupie pour emballer un cierge de dimension tout à fait… spectaculaire.
Oh bien sûr, il en avait échafaudé des scénarios pour l'aborder… Tous plus excitants les uns que les autres. Mais il sait déjà que celui qu'il a soigneusement imaginé, pour ce jour spécial, est voué à l'échec…
Les choses ne se déroulent jamais comme on le voudrait, du moins c'est…
-Ah vous voilà! J'espérais bien vous revoir cette année…
La voix qui l'interpellait chaude et bienveillante. Il la reconnut si facilement… Perdu dans ses réflexions, tentant de remettre de l'ordre dans ses pensées… et dans son slip, il avait failli passer à côté d'elle sans s'en apercevoir…
-Oh… Bonjour, Madame…
"Dieu qu'elle est belle!!!" songea-t-il.
Mains sur les hanches, elle l'observait. Ses yeux espiègles brillaient d'un éclat intense, derrière de grandes lunettes en écaille. Une touche de rouge à lèvres rehaussait sa bouche délicate. Quelques mèches échappées de son chignon venaient délicatement effleurer ses joues.
-Je me souviens très bien de vous, Monsieur…
Il lui semble percevoir une forme d'ambiguïté dans son intonation…
Tout en se demandant comment elle pouvait se souvenir de lui, il ne peut s'empêcher de contempler ses formes, mises en valeur par une robe courte, manifestement et merveilleusement trop petite pour elle. Il refrène un soupir d'admiration en contemplant ses hanches à damner un curé… Les cuisses luisantes sont encore plus sensuelles que dans son souvenir…
-La dernière fois que nous nous sommes vu, vous étiez en quête d'outils anciens…
Bon sang! Tout lui revenait à présent… Comment avait-il pu occulter cette partie de leur échange?…
-Vous cherchiez également de la lingerie pour dames, d'occasion…
Avec une clarté déconcertante, le souvenir explosait dans son esprit…
Il avait voulu lui parler… Il aurait voulu lui parler pendant des heures… Juste pour être près d'elle, entendre sa voix, la sentir près de lui…
Pour prolonger la conversation, il avait prétendu être en quête de tout ce qui lui été passé par la tête… Tout…
-Je n'ai malheureusement plus d'outils anciens…
Quelques badauds tendant l'oreille, le toisaient à présent d'un air goguenard…
-En revanche, j'ai pensé à vous et j'ai mis la main sur un lot qui pourrait vous intéresser…
Elle l'invite d'un index agile à la suivre vers l'arrière de sa camionnette, garée en retrait.
"Ah… D'accord, euh… je veux bien voir de quoi il s'agit." répond-il d'un ton laborieusement détaché.
Devant lui, les fesses de la muse se dandinent à bouche que veux-tu sous l'étoffe légère…
"Voilà! C'est un stock de lingerie "grande taille" d'exposition, que j'ai sauvé de la déchetterie. Je vous fais le carton à cent-vingt Euros" dit-elle d'un ton neutre, en jetant un œil sur son stand.
L'homme ne sait que dire. Cette froideur le décontenance… Il parvient toutefois à articuler…
-Madame… Vous êtes choquée par ma recherche?
Elle le fixe à présent. Visiblement troublée par la question…
-Je… Je ne sais pas. Oui, c'est un peu bizarre… Et en même temps…
-Je ne vais pas tout prendre. J'aimerais que vous m'aidiez à choisir… Euh… Peut-être, pourriez-vous… Essayer un modèle pour moi?…
-Quoi!!! Mais pour qui me prenez-vous??!!!… Vous croyez vraiment que je vais me déshabiller devant le premier inconnu!!! J'ai soixante-cinq ans au cas où vous ne l'auriez pas remarqué!!!… En plus, ça vous a peut-être échappé mais je n'ai pas une taille mannequin!!!
-Je suis désolé, Madame, si ma demande vous incommode… Pour moi, vous n'êtes pas une inconnue, vous habitez mes nuits depuis si longtemps… Je me fiche de votre âge. J'aime inconditionnellement la marque du temps sur votre corps… J'aime aussi la façon dont vous savez la faire oublier… J'aime votre autorité, votre douceur. J'aime vos yeux malicieux… C'est vrai, vous n'êtes pas toute jeune… Et vous avez des formes. Mais je vous aime exactement, comme vous êtes… J'ignore pourquoi. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même… A mes yeux, vous êtes la plus belle des femmes…
…
-Bernadette!!!! Tu surveilles mon stand? Je montre un truc au Monsieur…
Elle dégage un espace à l'arrière du fourgon…
-On commence par quoi?
-Oh Madame! Euh… Pourquoi pas ce joli petit ensemble avec le shorty violet, et les bas…
-Appelez moi Annie…
Elle retire prestement sa robe et révèle une culotte en coton noire, étonnamment échancrée, associée négligemment à une solide brassière rouge. Il en salive déjà… Le grain de sa peau, ses cuisses charnues, le joli ventre rond qui accentue sa cambrure et offre une vue panoramique sur sa poitrine. Elle n'éprouve pas de gêne… Elle sait qu'elle est exactement celle qu'il veut voire…
-…
-Bon, maintenant, retournez vous, je vous prie…
Le regard perdu au loin, il perçoit seulement le chuchotement des sous-vêtements, qui se mettent à l'oeuvre, derrière lui.
…
-Voilà, je… je pense que c'est bon…
-Par tous les Saints!!!!!!
Elle tourne sur elle-même en sautillant. Faisant onduler sa masse gracieuse dans la soie délicate.
-Vous… Vous êtes tellement… parfaite!!!
Il sait combien, contrairement aux collants qui aseptisent les formes, les bas les subliment. Il les voit galber le mollet, affiner le genou et s'évaser sur la cuisse, pour finalement la révéler sans fard, dans sa vérité nue, jusqu'au pli de la fesse.
-Annie, je vais défaillir!… Votre opulence me transporte. Vos cuisses puissantes sont une merveille…
-Rhooo, vous croyez?…
-Ces petites marques de cellulite sont tellement… authentiques.
-Doux Jésus! Ce qu'il ne faut pas entendre!…
-La culotte parvient à peine à contenir l'ensemble de votre sensualité. Elle disparaît entre vos fesses pour rejaillir sur le devant et marquer les bordures de votre intimité charnue. C'est divin!!!
-Dieu du ciel! Vous me gênez…
-Votre ventre rond et vos bourrelets sont une invitation au voyage, je voudrais vous parcourir, vous explorer dans les moindres replis…
-Flatteur! "Et mes seins, tu les aime?"
-Vos seins!!! Ah, vos seins, leur poids me fascine… Regardez la façon dont ils emplissent le soutien gorge sans modération. Voyez ce petit creux marqué par la bretelle, sur la peau de votre épaule. Il me bouleverse.
Elle étouffe un fou rire.
-Vos biceps charnus et leur peau décomplexée. J'aimerais tellement les peloter, les baiser longuement…
-Juste ciel! Vous plaisantez j'espère…
-Les petites rides qui ornent votre visage sont tellement… touchantes…
-Vous me troublez…
-Votre corps tout entier, me parle de vous, Annie… Chaque repli, chaque rondeur est un mot sur le parchemin de votre vie. Je peux le lire. Il raconte votre histoire, c'est une belle histoire… MAIS VOS YEUX DISENT QUE L'HISTOIRE N'EST PAS TERMINÉE… SOYONS FOUS, MA MIE! FAISONS FI DES PRÉJUGÉS, MÉLANGEONS NOS FLUIDES!
-OH OUI, MON TOUT BEAU! EMBRASSE MOI ET LAISSE TES MAINS PARCOURIR MON MONDE JUSQUE DANS SES MOINDRES RECOINS. VIENS T'ABREUVER À LA SOURCE, DE MON NECTAR DE JEUNESSE ÉTERNELLE…
-OH ANNIE, PERMETTEZ QUE JE VOUS…
-OOHHH OOOHHH OHH!!! TU COMPTES VIDER LE BALLON D'EAU CHAUDE OU QUOI!!! ÇA FAIT DEUX PLOMBES QUE TU RÊVASSES SOUS LA DOUCHE!!!!!!!!
-Euh oui, oui, ma chérie, j'arrive… Je… Je pensais à un truc…
-OUAI BEN GROUILLE TOI, ON VA ÊTRE EN RETARD À LA BROCANTE… TU CHERCHAIS QUOI DÉJÀ?
-Euh un cierge… Pour ma collec'…
CONCOURS-2026-048
Entre deux étages
Talons dans une main, Samantha attendait pieds nus devant l'ascenseur.
Cette journée ne devait pas se passer comme ça. Elle ne devait pas se planter lors de sa présentation, ni tacher son chemisier pastel. Encore moins annuler ce date qu'elle espérait depuis des jours avec ce mec canon rencontré sur les réseaux. Mais tout était allé de travers aujourd'hui. Même ses escarpins porte-bonheur l'avaient trahie, ses ampoules en étaient la preuve flagrante.
Ding.
Ouverture de la double porte, lumière crue et miroir du sol au plafond. Personne à l'intérieur de la cabine. Tant mieux, pensa-t-elle. Elle peinait déjà à se supporter elle-même, alors partager un espace exigu avec quelqu'un d'autre, elle n'était pas d'humeur.
Elle entra, appuya machinalement sur le bouton qui l'emmènerait au rez-de-chaussée. Son reflet s'afficha en 4k partout autour d'elle. Elle détestait l'image qu'elle renvoyait dans le miroir. Elle l'aimait rarement d'ailleurs, mais ce soir, plus particulièrement. Ses cheveux noir de jais lissés à l'extrême et maintenus dans un chignon strict. Ses yeux cernés de khôl, une habitude qu'elle gardait de l'adolescence, mais qui ne lui correspondait plus tout à fait. Son regard descendit, s'abattit même, sur le reste de sa tenue. Son chemisier échancré et sa jupe crayon, scindée d'une fente sur le côté, parce qu'elle trouvait ça à la fois sage et sexy. Idéale de jour comme de nuit, aurait-elle pu écrire sur une annonce Vinted.
Pourtant, là, tout de suite, plus elle se détaillait, moins elle se trouvait sage et sexy. Juste fatiguée. Ou imbaisable, elle hésitait encore. Elle s'arrêta au niveau de la tache près de son sein gauche…
— Quelle conne, murmura-t-elle.
C'était précisément ce qui l'avait amenée à reporter son date. Elle passa un doigt dessus, comme si ça suffisait à la faire disparaître. Peut-être que tout n'était pas perdu, que si elle ouvrait son col, ça ne se verrait pas…
Elle déboutonna un premier bouton et constata le résultat dans son reflet : ça ou rien, c'était pareil. Elle ne se sentait pas désirable ainsi. Un deuxième et un troisième suivirent, créant une ouverture assez profonde pour laisser apparaître la naissance de sa poitrine. Les dentelures de son soutien-gorge aussi. Ce matin, en se préparant, elle avait opté pour une lingerie fine, quelque chose qui la mettrait en valeur si son date se prolongeait. Elle avait oublié ce détail, au cours de cette journée merdique. Ces délicates arabesques de dentelles vert d'eau qui se mariaient à merveille avec sa peau dorée. Elle ouvrit encore un bouton, pour voir ce que ça donnerait. Ses doigts s'attardèrent, légers, sur son épiderme, à la lisière de son sous-vêtement. Elle revit Nathan, l'un de ses derniers dates, se tendre rien qu'en posant sa paume sur son sein. Il avait passé du temps à la titiller à cet endroit… Est-ce qu'elle avait aimé ça ? Et depuis quand n'avait-elle pas pris le temps de se toucher autrement que pour se laver ou s'habiller ?
Elle releva la tête pour s'observer à nouveau dans le miroir. Elle se regarda recommencer ce geste plus longuement, suivre la broderie jusqu'à frôler ses tétons… avant de s'arrêter à cause de cette brusque pensée :
« Et si quelqu'un entrait maintenant ? ».
Elle jeta un œil au plafond pour vérifier la présence de caméra. Sauf si elles étaient cachées, Samantha était le seul maître à bord. Une première pour elle qui avait tendance à faire en sorte que son partenaire s'épanouisse avec elle. Peut-être même plus qu'elle. Là, elle devenait soudain le centre de l'attention, de son attention, consciente que ça pourrait déraper à tout moment si quelqu'un appelait l'ascenseur. Elle avait quoi ? Trente secondes, une minute tout au plus ? Assez pour l'inciter à poursuivre. Dans l'urgence. Sans réfléchir.
Elle posa ses escarpins sur le sol et se redressa face à son reflet. Elle détacha ses cheveux, puis passa une main dedans pour se libérer d'un premier carcan. Elle s'aimait ainsi, au naturel, un peu brouillon. Elle fit courir la pulpe de ses doigts au bord de son cou dans une caresse qui lui soutira quelques frissons dès l'instant où elle effleura le creux entre ses seins. À ce moment-là, ce fut l'image de Clément qui lui revint en tête, sa façon de lui maintenir le cou, presque de l'étrangler quand il la pénétrait. À l'époque, elle gémissait en réponse. Elle croyait apprécier. Maintenant qu'elle y repensait, elle n'en était plus certaine.
Elle continua son exploration, sa lente descente douloureusement plaisante, le long de son ventre. Les secondes s'égrainaient.
« Et si quelqu'un entrait maintenant ? ».
Elle enfila ses escarpins au cas où, car désormais, elle devrait faire vite. Elle adorait comment ils galbaient ses mollets et offraient à sa silhouette quelques centimètres supplémentaires. Sa posture se cambra, ce qu'elle voyait dans le miroir lui plaisait énormément.
Elle sentit une vague de chaleur monter en elle. Tout s'accéléra alors, elle souleva la fente de sa jupe, survola le jasmin étoilé sur sa cuisse. Elle ressentit à nouveau la douleur du tatouage quand l'aiguille s'était insinuée dans sa chair. Elle entendit Mehdi lui cracher « baise-moi jusqu'à m'en faire mal », une autre fois. Une parmi tant d'autres. Ses doigts remontèrent en suivant l'intérieur de sa cuisse. Ils y trouvèrent une dentelle humide. Un tanga que Samantha savait assorti à son décolleté, un tanga qui épousait ses formes à la perfection.
« Et si quelqu'un entrait maintenant ? ».
Elle s'arrêta. Nathan, Clément, Mehdi… Combien de mains s'étaient déjà aventurées là ? Combien de bouches, de souffles ou de caresses ? Certains avaient pris leur temps quand d'autres l'avaient réclamée avec urgence. Elle avait appris à s'offrir, à suivre la cadence, à les laisser mener la danse. Mais elle… que désirait-elle vraiment ? Elle pouvait le découvrir dès à présent. Un doigt, puis deux, ce serait facile. Imprudent. Jouissif. Elle se défia de le faire dans le miroir. Il renvoyait une femme qu'elle reconnaissait sans reconnaître. Elle se trouvait belle, provocante. Pas vulgaire ou déplacée.
Son cœur tambourina, l'exhortant à soulager son excitation grandissante quand…
Ding.
L'ascenseur se figea. Ses doigts aussi.
Elle lâcha vite sa jupe. Se redressa encore plus vite pour affronter l'inconnu qui avait rompu son moment. Les portes s'ouvrirent sur… un hall froid et impersonnel. Elle était simplement arrivée à destination, au rez-de-chaussée.
Les jambes en coton, elle marcha maladroitement jusqu'à sa voiture. Elle croisa deux personnes dans le couloir, qui continuèrent leur chemin sans rien remarquer. Pourtant, Samantha savait que quelque chose avait changé. Elle s'installa derrière son volant, son visage juste illuminé par la lumière de son écran.
Allait-elle relancer son date, ou écouter enfin ce qui venait de naître en elle ?
Elle sourit à son reflet dans le rétroviseur, puis éteignit son téléphone.
Oui, elle prendrait son pied ce soir, mais peut-être pas comme elle l'envisageait au départ.
Le désir est parfois incompris, même pour soi-même.
Il était temps pour elle de faire connaissance avec le sien.
CONCOURS-2026-050
Vagues sensuelles
Une goutte de sueur perle à l'orée de ma poitrine. Elle laisse un sillon humide entre mes seins en poursuivant sa caresse lascive avant de s'échouer enfin sur mon ventre contracté. J'accentue encore la pression de mes cuisses autour de mes mains crispées sur le plastique doux de mon vibro, alors qu'une brûlure familière se répand en moi par vagues successives, métaphore du plaisir qui m'envahit. Encore, oui, encore. La succion de l'objet sur mon clitoris est un délice, mon dos se cambre et les dents serrées, je me concentre sur les vagues de chaleur qui grandissent en moi et s'intensifient. Encore, oui, allez.
Puis : plus rien. L'objet s'éteint sans crier gare, me laissant là, esseulée sur mon transat au bord de la piscine à la surface lisse. J'hésite à balancer ce traître sans vie, complètement vidé de sa batterie dans l'eau cristalline, frustrée de cet arrêt brutal aux portes de l'orgasme.
Je remets Cloclo dans sa boîte en carton, qui arbore la phrase en lettres rondes et roses « Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Je suis Cloclo, ton partenaire pour l'explorer. »
« Encore faudrait-il que tu finisses l'exploration avec moi, lâcheur ! » je bougonne en réajustant mon maillot de bain.
Les brins d'herbe jaunis par les chaleurs de ces dernières semaines se plantent dans mes pieds nus et me font accélérer le pas. La porte vitrée grince quand je la pousse et je suis happée par la fraîcheur de la maison qui m'enveloppe, provocant sur ma peau un frisson qui hérisse mon épiderme. Tous mes sens sont en éveil, la moindre stimulation réveille mon désir contrarié. Je me dirige vers ma chambre et fouille dans le tiroir de ma table de nuit pour brancher Cloclo avant de retourner à la piscine me rafraîchir. Ma vulve continue de palpiter, insatisfaite.
Je m'installe sur la première marche du bassin et étends mes jambes sur celles en contrebas. L'eau entre en contact avec mon entrejambe alors que je m'assieds. La fraîcheur de ce contact crée une sensation délicieuse. Je plonge mes doigts dans le bas de mon maillot et pose la pulpe de mon majeur sur le petit cercle de mon clitoris. J'appuie avec douceur tout en massant mon intimité avec doigté, tentant de retrouver ces vagues de plaisir qui m'emportaient il y a encore quelques minutes sur mon transat. Je m'agite, change de position, ferme les yeux, renverse la tête en arrière. Je me concentre mais rien n'y fait. Je ne lâche pas prise et ne perds pas pied. Je frappe l'eau de ma paume, retire l'autre de sous le tissu mouillé par les éclaboussures et me laisse glisser dans l'eau pour m'enfoncer dans les profondeurs de la piscine. Je savoure un instant le silence oppressant et la brûlure de mes poumons en manque d'air. Je remonte à la surface et me laisse flotter sur le liquide transparent, le visage tourné vers le ciel. J'ai le désir de jouir ancré entre mes jambes. Il focalise toutes mes pensées. J'observe les formes derrières mes paupières closes et laisse mon esprit s'évader.
Un corps entre dans le bassin et se rapproche de moi dans un léger clapotis. Des mains saisissent mes hanches et délicatement me ramènent au bord. Je me hisse sur la plus haute marche, à peine immergée et nos regards s'accrochent. Le feu de l'appétit sensuel que j'aperçois dans ses iris est le miroir du mien, dévorant, qui illumine mes prunelles.
« Est-ce que je peux t'aider ? » susurre sa voix sensuelle.
Je hoche la tête, avide de sentir ses caresses. Ses lèvres parcourent ma peau mouillée, léchant chaque goutte d'eau restée à sa surface. La culotte de mon maillot s'accroche à mes cuisses et s'enroule sur elle-même avant d'être jetée et de s'échouer sur une dalle beige. J'halète déjà alors que ses dents mordillent mes tétons et aspirent, dans une succion divine, la peau de mes seins tendus. Ses doigts se posent sur mon ventre et descendent avec volupté vers mon sexe afin d'en effleurer les chairs mouillées par mon excitation.
J'entends son souffle s'accélérer contre mon oreille alors que son majeur s'enfonce en moi, son index le rejoint rapidement pendant que sa paume appuie sur mon clitoris gonflé. Les vagues de plaisir s'animent de nouveau au rythme de ses va-et-vient. Mes ongles griffent la pierre de la terrasse. Encore, oui, encore.
Dans des battements erratiques, mon cœur pulse mon sang dans mes veines, je le sens palpiter au creux de mon ventre et répandre une chaleur progressive dans mes membres et sous mon crâne.
Le poids de son corps familier se détache du mien et le voyage de ses lèvres sur ma peau reprend. Elles quittent ma bouche et descendent dans mon cou, glissent sur mes seins avant de s'envoler vers mes jambes. La ligne de ses baisers reprend au creux de ma cuisse et s'approche toujours plus près du centre de mon désir dont les braises ravivées m'enflamment déjà.
Lorsque sa langue prend possession de ma vulve trempée, j'enfonce mes doigts dans ses mèches blondes et renverse mon buste en arrière. La margelle de la piscine blesse mon dos dans une morsure vive qui accentue un peu plus mon plaisir. La précision de la chorégraphie de sa langue m'invite à approfondir notre contact, mon bassin ondule contre son visage dans une danse indécente.
Je gémis. Encore, oui, encore. Sa langue me goûte, me titille, me quitte un instant pour revenir s'enfoncer en moi. La brise caresse ma peau brûlante, je ne suis plus que perceptions. Tous mes capteurs sensoriels sont en émoi. Mon cerveau, lui, n'est plus en état d'analyse. Il ressent, savoure et m'astreint à oublier tout le reste.
Un souffle sur mes chairs et quelques gouttes fraîches sur mes petites lèvres me sortent de ma bulle et je lâche un grognement rauque. Encore, je râle. La pression de sa bouche revient sur moi, m'emprisonne à nouveau et chaque connexion nerveuse m'envoie des salves de plaisir pur, à chaque coup de langue mon esprit s'éloigne un peu plus. Notre danse lascive renaît en un instant et les mouvements de mon bassin reprennent pour me coller toujours plus à son aspiration. J'inspire, emplissant mes poumons, sentant mon ventre se serrer dans une douce contraction signe d'un orgasme imminent.
Sa bouche s'active, suçant, léchant et mordillant, laissant place à deux doigts qui s'insinuent en moi, s'enfoncent et se retirent. Je souffle, inspire, m'essouffle dans une respiration irrégulière. Le ballet de ses doigts et de sa langue qui s'accordent me font oublier où je suis, qui je suis. Encore…
Enfin, une vague brûlante déferle en moi, crispant tous mes muscles dans un sursaut intense. Mon souffle se heurte pendant que des tremblements incontrôlables me secouent dans un orgasme tant attendu. La chaleur se répand en moi de la pointe de mes orteils au sommet de mon crâne. Un éclat de rire m'échappe dans un cri de plaisir. C'est tellement bon.
Un à un, mes muscles se détendent et le shoot d'endorphine me fait tourner la tête. Je repose mon crâne contre la pierre, les yeux clos face au soleil qui chauffe mes pommettes déjà rougies par l'orgasme. Je me concentre sur la caresse de la brise apaisante et sur les pulsations sonores de mon cœur au pouls encore rapide, mais régulier. Le clapotis des vaguelettes qui s'écrasent contre les parois me bercent, m'apaisent. Je pose ma main, ankylosée par l'effort, sur mon ventre afin de sentir mon rythme intérieur retrouver un tempo lent.
CONCOURS-2026-053
Compartiment 16
Le train quitte la Gare de Lyon à 18h22, avec cette hésitation des vieilles lignes de train de nuit. Je m'installe seule dans le compartiment avec un poncho sur mes épaules et la ferme intention de dormir jusqu'à Milan.
Cette intention ne dépassa pas Chambéry.
Un homme entre à l'arrêt, hisse sa valise sous son siège et s'assoit face à moi.
Je remarque ses mains : larges et rugueuses. Son regard s'attarde sur mes jambes avant de détourner son regard. Il ne reste que la veilleuse du bloc de secours, une lueur timide qui rend tout plus doux, plus nu.
Le train freine d'un coup sec, un de ces freinages saccadés.
Mon corps part en avant. Sa main se tend, se pose sur mon genou pour m'empêcher de tomber. Elle y reste alors que le danger est déjà passé … Ni lui, ni moi ne disons rien à cet instant-là.
Nous ne parlons presque plus.
Le train reprend de la vitesse et me plaque contre le dossier, puis une autre accélération qui me penche, malgré moi, contre lui. Je sens la chaleur de sa jambe traverser le tissu de ma robe, se loger contre ma peau comme une brûlure douce, puis remonter insidieusement entre mes cuisses.
Le désir est parfois incompris, même pour soi-même.
Je n'ai aucune explication à donner à cette urgence. J'ai seulement la certitude que mon corps, plus rapide et plus honnête que ma pensée et aussi indocile que ce train.
Je pourrais me lever, changer de compartiment. Je ne bouge pas. J'attends.
Il pose sa main sur mon genou et remonte très lentement le long de ma cuisse. Le train ralenti à son tour et entame un virage interminable. Sa main met une éternité pour atteindre le haut de ma cuisse. Je sens la pression de ses doigts.
Quand sa main atteint enfin le haut de ma cuisse là où mon bas s'arrête, il s'arrête. Ne bouge plus. C'est moi qui romps l'immobilité et réduis la distance de nos deux corps. Je me lève pour venir m'assoir contre lui. Sa bouche trouve la mienne avant même que je sois installée. Ses lèvres s'ouvrent contre les miennes et sa langue cherche la mienne. Je réponds avec une faim naturelle. Le train accélère de nouveau. Une secousse brutale me fait tomber sur lui. Il continue en me serrant de plus en plus fort contre lui, au moment précis ou ses doigts se perdent dans mes cheveux.
Sa bouche descend le long de mon cou pour se réfugier dans le creux de ma clavicule. Ses mains trouvent les boutons de ma robe. Nue en dessous, il explore le revers du tissu en flirtant avec ma peau, reine des saints. Quand le tissu s'écarte, un nouveau freinage, plus doux celui-là, puis un ralentissement avant un passage à niveau, fait glisser tout le poids de ma poitrine contre sa bouche humide de désir. Mes mains, indomptables, se glissent entre sa peau et le tissu de ses vêtements. Elles explorent chaque pli de son corps.
La scène se déroule, rideaux entre ouverts, entre la banquette et la vitre.
Nos vêtements à demi ôtés, orchestrent les mouvements de nos corps.
Il me soulève par les hanches pour m'installer sur ses genoux. Face à lui, je m'agrippe au porte bagage, situé au-dessus de nos têtes. Le balancement régulier du train impose déjà entre nous, une cadence naturelle que nos corps n'ont plus qu'à suivre.
C'est alors là que tout s'arrête.
Pas un simple ralentissement cette fois mais un arrêt sec, sans annonce.
Une panne quelque part, en pleine campagne. Le martèlement des roues qui couvrait nos murmures a disparu.
Il ne reste que nos soupirs et les claquements de nos corps amplifiés par leurs poids.
Mes mains s'accrochent autour de son cou, les siennes se ferment autour de mes hanches.
Des pas, raisonnent dans le couloir.
C'est le contrôleur.
Il s'arrête devant chaque compartiment pour vérifier que tout va bien après l'incident. Nous nous figeons sans nous détacher l'un de l'autre. Le rythme lent et chaud de nos corps continue malgré l'arrivée du contrôleur.
Il frappe.
— Tout va bien ici ? Une simple erreur de signalisation, ça ne devrait plus durer trop longtemps. La lumière devrait bientôt revenir.
Ma voix décorrélée de mon corps, me surprend.
— Tout va bien, merci.
Lui reste calme. Ses mouvements de plus en plus lents et ses doigts sur mes lèvres travaillent ma concentration.
Le contrôleur reprend sa ronde vers le compartiment suivant.
La tension monte comme une vague qui refuse de retomber, qui enfle à chaque mouvement de ses hanches contre les miennes.
Une pression de plus en plus grande, monte, presque douloureuse.
Je m'accroche désormais à ses épaules.
C'est à cet instant-là, alors que j'atteins le point culminant, le train redémarre très lentement.
Quelques secondes plus tard, un long soupir partagé se perd dans le son feutré du train.
Nos respirations reprennent leur rythme normal.
Nous restons ainsi assis face à l'autre pendant que le train avale les kilomètres vers l'Italie.
Il n'y a pas eu de promesse cette nuit-là, pas de mots, seulement nos deux corps rhabillés.
Certains élans ne s'explique pas, ils se laissent vivre, au rythme imprévisible d'un train de nuit qui ne sait jamais tout à fait s'il doit ralentir ou avancer.
CONCOURS-2026-054
Bas les masques !
Le ballottement soudain de l'habitacle me sortit de mes pensées. Je m'apprêtais à pester contre l'infortuné qui troublait ma quiétude, mais me retins à l'instant même où mes yeux se posèrent sur son frac d'un bleu roi singulier. Mon regard remonta lentement jusqu'aux revers de manches de sa veste, ornés d'une dorure finement brodée dont les motifs reprenaient ceux de son gilet de brocart. Le chapeau haut de forme qu'il tenait dans sa main affichait son statut de gentleman. Quand il quitta le marchepied pour entrer dans le fiacre, la voiture tangua encore un instant avant de se stabiliser. L'homme me faisait à présent face. Il retira délicatement ses gants blancs avant de les déposer sur la banquette capitonnée de velours pourpre qu'il caressa du bout des doigts. Ce geste me procura un frisson, comme des centaines de fourmillements remontant une à une les vertèbres de mon échine. Je sentais l'insistance de son regard posé sur moi. Derrière son masque couronné de majestueuses plumes de paon, ses yeux ébène me dévoraient. Ses lèvres rondes esquissaient un sourire coquin. Une vague de chaleur m'envahit. Une tension me saisit l'aine, irradiant entre mes cuisses, qui s'insinua si violemment dans mon bas-ventre qu'elle m'en coupa le souffle. Alors que j'essayais en vain de stopper cette bouffée de chaleur en agitant mon éventail, le bel inconnu se mit à rire. Son affront piqua mon égo. En plus d'importuner ma tranquillité, il osait se railler de ma personne sans même s'être présenté.
Le roulis s'accentua sous les secousses incessantes du chemin rocailleux qui ne faisait qu'accroître les cahots. Un soubresaut plus violent que le précédent me propulsa en avant et je dus me retenir pour ne point m'affaler de tout mon corps sur mon charmant moqueur. Ma main atterrit sur sa cuisse. Son muscle ferme se tendit sous mes doigts. Je ne sus pour quelle raison absurde je me retrouvais incapable de m'extirper d'une telle incommodante situation. Le sang dans mes veines pulsait contre mes tempes. Une boule dans ma gorge empêchait le moindre son de s'élever, ne serait-ce que pour me confondre en excuses. Je manquais d'air et la proximité de nos deux corps ne faisait qu'augmenter le malaise que je sentais poindre. Son souffle brûlant s'immisça dans mes narines. Je reconnus le parfum résineux et boisé de la baie de genièvre derrière laquelle se cachaient de subtiles notes d'agrumes. Cet homme avait très certainement bu un verre de gin avant de monter dans ce fiacre. J'adore le gin. Il enserra mon bras. Je restais impassible. Ses doigts étaient chauds, réconfortants. Il m'invita à me redresser dans un mouvement que j'associai davantage à une caresse qu'un simple coup de main. J'aurais voulu qu'il parcoure encore un peu le nu de ma peau.
D'où me venait donc cette inconvenante impudeur ?
Peut-être était-ce mon masque qui m'insufflait, à moi aussi, l'audace de soutenir ainsi son regard empli de convoitise. Comme s'il avait deviné mon intime requête, il laissa glisser ses doigts le long de mon bras. La fulgurance de son effleurement réveilla mon entre cuisses, provoquant un sursaut de ma part. Ma nuque se raidit sous la foudre qui me traversa faisant se dresser la pointe de mes seins que je ne pus m'empêcher de cacher comme un ultime acte de résistance. C'est à ce moment-là que la bretelle en mousseline de ma robe décida de glisser sur mon épaule. Nous nous regardâmes l'espace d'une seconde, puis il décida de remonter mon épiderme, s'amusant certainement de me voir trembler sous la pulpe de ses doigts. Je m'attendais à ce qu'il replace galamment mon vêtement quitte à recouvrir le nu de ma peau avec le volant de ma bretelle, mais voilà que sa main se fit baladeuse et vint se perdre à hauteur de mes seins. Le feu qui brûlait en moi dilata mes pupilles. Hypnotisée sous ses doigts. J'avais l'impression de lui appartenir déjà tout entière, comme si ses caresses m'étaient familières. D'un mouvement de tête, je l'invitais à poursuivre sa découverte. Il vint s'asseoir à côté de moi. Notre proximité charnelle m'inonda d'un feu incandescent alors que ses doigts glissaient sous la mousseline de ma robe. Ils se frayaient un chemin, parcourant mon corsage, jusqu'à ma poitrine. La pression de ses doigts contre ma peau acheva mon abandon. Je fis glisser le bas de ma jupe au-dessus de mon jupon, dévoilant une partie de ma cuisse. Ses yeux se jetèrent sur ma peau. L'intensité de ses pupilles s'illumina. Je le désirais. Je voulais qu'il me touche. Qu'il me goûte ! Je saisis sa main et la guidai à l'orée de ma pantalette qui s'arrêtait au-dessus de mes genoux, totalement fendue, pour lui offrir mon entrejambe. Il s'agenouilla devant moi, étirant ma jambe pour admirer le spectacle qui s'offrait à sa vue. Il leva la tête, un sourire étiré marquait le bas de son visage et me baisa la main avant de murmurer :
« Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. »
Je connaissais le timbre de cette voix. D'un mouvement brusque j'arrachais les liens de son masque. C'était lui. Mon gentleman, Lord Bergame, en chair et en os. Il ne m'en fallut pas davantage pour le sommer, un sourire complice au coin des lèvres, de ne point me laisser dans une telle posture. Il me dévorait de ses yeux noirs et diablement appétissants. Je voulais qu'il me consume toute entière. Sur le champ. Sans sommation sous les frasques de sa sauvagerie que je savais passionnée.
« Montrez-moi le chemin que je me découvre sous votre langue, mon tendre promis. »
Il attrapa ma chair entre ses mains et tira d'un coup sec. Mon bassin se colla contre son torse. J'agrippai sa nuque, plongeant mes doigts dans ses cheveux et enfonçant mes ongles dans son crâne. L'attente se faisait supplice. Ses doigts caressaient mon épiderme vulnérable. Ses lèvres assiégeaient ma peau. La friction de sa langue se fit discrète et légère, parcourant mon corps offert par la fente de mon sous-vêtement. Ma nuque se crispa à chacune de ses avancées. Mon bassin se cambra, ondulant de lui-même, cherchant à accentuer le frottement de mon sexe humide contre sa mâchoire inflexible. Quand enfin, il posa ses lèvres contre mon bouton qu'il baisa de sa bouche. Un baiser langoureux qui se mut en une bête indomptable. Ma main pressait sa nuque, l'invitant à s'aventurer plus loin encore. Sa langue s'enfonça à l'intérieur de ma vulve, remontant jusque sur mon clitoris. Ses lèvres s'en emparèrent. Elles l'aspiraient délicatement, avec lenteur d'abord, puis sa faim se fit féroce. Ses coups de langue appuyaient avec ferveur contre mon bouton gonflé. Les va-et-vient, tel un supplice délicieux, frustraient mon excitation. J'accentuai alors la tension de mes doigts autour de son cou, le forçant presque à m'avaler, jusqu'à ce qu'une onde de chaleur intense déferle en moi, me clouant contre le fond de mon assise. Les battements de mon cœur comprimèrent ma poitrine. La pression de sa bouche qui me dévorait procurait des spasmes dans le bas de ventre. Un cri d'exaltation jaillit de ma gorge en feu tout comme mon sexe qui laissa échapper un torrent de lave jubilatoire qu'il savoura en me léchant avec gourmandise, ses yeux éperdus dans les miens.
CONCOURS-2026-055
Matcha
J'avais rencontré Lætitia il y a quelques semaines. Pour la première fois, elle m'avait invité chez elle. Et pour la première, nous faisions l'amour. Enfin, nous tentions de faire l'amour. Elle semblait déjà y prendre du plaisir mais moi, ça ne venait pas.
— Τu veux pas le sortir ?
— Je préfère qu'il reste.
— Mais ça te gêne pas ? Moi je peux pas s'il reste planté là, à nous observer.
Matcha était un chat noir, tout mince, avec de grands yeux verts. Il m'avait vaguement snobé à notre arrivée mais j'avais bien vite senti que ma présence ne le laissait pas indifférent. Il semblait s'être amusé de ma réaction embarrassée quand il était venu plus tard se blottir contre Lætitia, assise mes côtés sur le canapé. Il y avait de l'insolence dans son regard et son ronronnement profond, obscène, sonnait à mes oreilles comme une véritable provocation.
— Il est vraiment obligé de rester là ?
— Je peux le mettre à côté si tu préfères. Mais je te préviens, il va pas être content. Il va miauler et gratter la porte.
— Reconnais que c'est gênant.
— Tu trouves ?
— Quand même ! Et puis je sais pas, ça m'a un peu coupé l'envie. Tu m'en veux pas si on arrête ?
Lætitia ferma les yeux. Son souffle ralenti peinait à soulever sa poitrine. Matcha, lui, nous fixait toujours aussi intensément dans un angle de la chambre, dressé sur son train arrière. Son regard vert et pénétrant comme plein de frustration et de colère froide.
— Tu prends quoi ? Un matcha glacé ?
— Je t'assure que je sais plus quoi faire. Je venais de retrouver mon ami Jean dans un café près de République. Je lui avais exposé au téléphone tous les détails de ma mésaventure. A deux reprises, la scène s'était répétée. La présence de Matcha m'avait refroidi et ma relation avec Lætitia était au point mort. J'étais vraiment paralysé à l'idée, humiliante, de ne pas me montrer capable une fois encore. Vaincu par un chat.
— C'est plus fort que moi, j'y arrive pas quand il est là. Il me fait vraiment flipper ce chat. Et pourtant j'ai fait des efforts. Mais il devient complètement fou si on l'éloigne. Insupportable.
— T'es quand même sacrément prude. C'est qu'un chat, tu t'en fous ! Tu me rappelles une copine que j'avais. Elle était tellement coincée que, quand nous faisons l'amour, il fallait qu'elle couvre l'aquarium dans sa chambre pour que les poissons ne regardent pas. Une fois elle a oublié et ça m'a complètement excité de me sentir observé par tout plein de monde ! Et puis cette autre fille qui détournait la tête quand elle voyait des animaux s'accoupler à l'écran… Oublie-le, ce chat ! Tu tiens à elle quand même ?
— Bien sûr.
— Alors voyez-vous chez toi. Problème réglé comme ça.
— Elle préfère chez elle…
— Elle peut faire des infidélités à son chat. Ils sont pas mariés ! Souris, c'est pas la fin du monde.
Le soir même, j'insistai pour que Lætitia passât chez moi. Nous ne nous étions pas revus depuis le dernier incident chez elle et j'étais nerveux à l'idée de la retrouver. Contrairement à mes attentes, elle se montra heureuse de me revoir, douce et engageante. Nous avions prévu de sortir dîner dans la soirée mais j'étais déjà en train de la caresser alors qu'elle était étendue nue sur mon lit. J'étais fasciné par la beauté de son corps svelte et musclé, par sa nuque si fine, ses belles épaules et son port de duchesse. Ancienne danseuse, elle avait cette grâce en toute chose qui me la rendait si désirable. Un simple mouvement de la tête, un bras tendu, une main abandonnée suffisaient à m'émouvoir et à faire naître le désir en moi. Cette fille me plaisait.
— Rooooonnnn… Moi aussi je suis ton chat, ton gros matou. Miaou ! A quatre au-dessus d'elle, j'avais commencé à donner des petits coups de langue sur ses cuisses galbées au goût légèrement salé. Ma langue humide parcourait lentement chaque centimètre carré de cette peau si douce entre les jambes. L'odeur de son sexe me grisait déjà et je goûtais le contact rugueux de sa toison contre ma peau.
— Arrête, tu me chatouilles !
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Tu me chatouilles, c'est tout… Et je sais pas si j'ai très envie.
Je me levai pour aller prendre un verre d'eau dans la cuisine.
— T'as soif ?
— Je peux pas.
— Comment ça tu peux pas ?
— Je veux dire, je peux pas s'il est pas dans la même pièce.
— Qui ça ?
— Matcha.
— Tu peux pas faire l'amour sans ton chat ?
— Je peux mais je ne jouis pas s'il ne regarde pas.
Long silence.
— Mais c'est n'importe quoi ! Comment t'expliques ça ?
— Je sais pas. C'est comme ça. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Je sentais de la mélancolie dans le ton résigné de sa voix.
— Et ça dure depuis longtemps ?
— Peu importe… Laisse tomber. J'ai pas envie d'en parler. Et de toute façon tu l'aimes pas mon chat. Ça t'ennuie si on sort dîner ?
Pendant le dîner, nous parlâmes de tout autre chose. Mais j'avais toujours en tête l'image d'un Matcha qui l'attendait à la maison, seul dans le noir, diabolique confident à qui elle ferait le récit de cette soirée regrettable. Partagé entre curiosité et dégoût, je ne savais plus quoi penser de Lætitia et de notre relation déjà si compliquée. S'agissait-il d'un simple « ajustement » comme il est souvent de mise dans un jeune couple qui apprend à se connaître ? Une drôle de facétie à laquelle je donnais trop d'importance ? Un fantasme comme un autre ? Je me montrai peut-être trop dur, égoïste et, en un sens, très conventionnel. Mais quand même, comment s'attacher à une fille qui prétend ne pas jouir sans son chat ? Encore une célibataire en couple depuis trop longtemps avec une sale bête jalouse et tyrannique ! Pas sûr de me sentir capable de m'engager dans cette histoire….
Deux jours plus tard, je devais retrouver Lætitia chez elle en fin de journée. Je ne savais plus quoi attendre de cette nouvelle rencontre. J'avais vaguement le projet de la quitter ou du moins de lui de proposer de faire une pause… Et en même temps… Je sonnai chez elle et c'est une Laetita en larmes qui m'ouvrit la porte. Elle semblait bouleversée.
— Qu'est-ce qui se passe ?
— On peut pas continuer à se voir…
— Mais attends, on peut discuter.
— Je peux pas, je dois te quitter, je dois partir.
— Mais laisse-moi t'expliquer… J'étais terrorisé à l'idée de perdre Lætitia. Elle était si touchante et si belle, les traits défigurés par la douleur. J'avais soudain envie de la prendre dans mes bras. J'avais envie qu'elle m'aime encore. Elle ne pouvait pas me quitter comme ça, pas maintenant…
— Ma mère est malade depuis longtemps et ça va mal depuis hier. Elle vient d'être hospitalisée. Il faut que j'aille la voir. Il faut que je la retrouve vite. De nouveau je sentis battre mon cœur.
— Ah ! je suis désolé.
— Et je sais même pas qui va garder Matcha quand je serai pas là.
— Si c'est que ça je peux m'occuper de lui… Pas de problème. Viens-là mon gros…
J'étais si soulagé que je me précipitai sur Matcha pour le prendre de mes bras et le câliner. C'est alors qu'il sursauta et me lança au visage un violent coup de griffe qui entailla profondément, avec la précision d'une lame de rasoir parfaitement aiguisée, ma joue gauche. Aussitôt je sentis une vive douleur et du sang couler sur ma peau. Je portai au visage mes doigts qui se couvrirent de sang. Matcha avait déjà filé me laissant totalement abasourdi devant Laetita.
— Oh mon Dieu ! Tu saignes ! Qu'est-ce qu'il a fait ?
— C'est rien, c'est rien…
Lætitia tendit la main pour toucher ma joue en sang. Un instant sans fin, elle fixa sa main tachée du rouge de mon sang puis plongea ses yeux dans les miens. Matcha, à l'écart dans la pièce, nous lorgnait furieusement. Puis il cligna des yeux et soudain je sentis le désir monter en moi. Violent. Total. Je saisis la main de Lætitia pour en sucer le sang chaud et sucré qui coulait sur ses doigts. A mon tour, je tendis la main vers son visage humide pour en sécher les larmes qui se mêlèrent à mon sang et je traçai de mon index un long sillage rouge dans son cou. Je l'embrassai. Et elle m'embrassa, attirant ma main vers son sexe humide ma main brûlante de désir.
Nous fîmes l'amour toute la nuit. Et bien des nuits encore.
CONCOURS-2026-056
Face au loup
Qu'est-ce que deux semaines dans une vie ? Une parenthèse, tout au plus. C'est sans aucune attente que j'ai posé mes valises près des ruines mayas, sur cette plage de Tulum. Laisser les vagues me lécher la peau, apprécier leur moiteur écumeuse et salée. Juste ça.
Pourtant, comme chaque jour depuis que je t'ai vu, mes yeux te cherchent dans la foule. Je me demande si la peau qui est cachée sous ton t-shirt a la même couleur que celle de tes bras halés et fermes. Elle doit avoir le goût du sel. À l'idée de ma bouche sur ton torse, mon bas-ventre se noue. Après presque deux ans sans envie, la sensation me surprend. Je ferme les yeux pour chasser les images. Quelques secondes, et quand je les rouvre, tu t'assois à côté de moi.
— Buenas.
Les sonorités roulent sur ta langue comme une chanson. Ça me donne envie de t'embrasser, de découvrir le secret de cet accent exotique. Combien de jours t'a-t-il fallu pour m'adresser la parole ? Autant que j'en ai passé à te regarder, quand tu te promenais sur le sable. Des coups d'œil à la dérobée, jamais de face. Même passé trente ans, il y a des premières fois qui me font sentir comme une ingénue. La première fois que je t'ai vu, ce n'est pas ton visage qui m'a interpellée, mais tes cheveux ; eux qui ondulaient au vent, désordonnés comme après une nuit d'amour.
Si j'avais eu un peu de courage, j'aurais engagé la conversation, ce jour-là. Mais mon domaine à moi, c'est l'imaginaire, pas le réel. À poser des histoires sur des pages, j'ai oublié comment vivre la vraie vie. Alors, je suis revenue à la même heure tous les soirs, pour avoir une chance de te voir. C'est tellement plus facile d'observer à distance que de sauter dans l'inconnu.
Tu t'apprêtes à dire autre chose, mais je pose mon index sur ta bouche. Ne pas briser le charme avec des banalités. Tant que je ne te connais pas, je peux m'imaginer ce que je veux, m'autoriser ce que je veux. Ton sourire scelle notre pacte du silence. De ma main libre, je cherche la tienne, et j'entrelace nos doigts dans le sable. Je ne sais pas d'où me vient l'audace, mais je suis décidée à en profiter. Après tout, je ne te reverrai plus : pour moi, cette plage ne sera bientôt plus qu'une photo souvenir.
Ma dernière nuit loin de la vraie vie.
On est resté un moment, comme ça, à admirer la mer en silence. Jusqu'à ce que le soleil se couche et que la rive se vide de ses derniers vacanciers. Ma main toujours dans la tienne, je me lève. Nos pas s'enfoncent dans le sable et nous ramènent vers mon hôtel. Le moment approche, et la témérité que je viens de me découvrir commence à retomber. Arrivée devant ma chambre, le doute s'installe : qu'est-ce que je fabrique ? La porte se déverrouille dans un bip. J'allume et te laisse entrer.
Je n'en reviens pas de t'avoir fait monter. Jusque-là, j'ai toujours eu besoin de connaitre mes partenaires pour être à l'aise. J'apprécie la beauté du corps masculin, bien sûr, mais je suis de celles qui se laissent plus sûrement séduire par l'originalité d'un esprit que par un physique. Je n'arrive pas à avoir envie de quelqu'un tant que je n'ai pas une idée de ce qu'il se passe dans sa tête.
Et pourtant, une moiteur s'invite déjà entre mes cuisses. Je n'aurais jamais pensé ressentir ça avec un parfait inconnu : le plaisir de se découvrir, le shoot d'adrénaline pure quand j'imagine nos peaux l'une contre l'autre. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. J'ai toujours cru que c'était une porte qu'on ouvrait chaque fois qu'on voulait nourrir une relation de couple, avec soi ou un autre. Mais j'avais tort, le désir n'est pas une porte : c'est une chute vertigineuse.
Mon inconnu. Tu me regardes et je tombe comme Alice dans le terrier du lapin blanc. Je lis la même envie dans tes yeux, vorace, brûlante. Tremblante d'anticipation, je m'approche. Je t'entends rire alors que mes doigts fébriles se débattent avec les boutons de ta chemise. Un son doux, d'autant plus frustrant que tes gestes à toi sont sûrs. Tu libères ton buste du tissu et mes doigts glissent sur ta peau. Leur exploration s'arrête en découvrant le tatouage sur ton bas-ventre : un loup, prêt à fondre sur sa proie. Si férocement réaliste que c'en est perturbant.
Je me détourne pour m'occuper de ta ceinture, mais ta main emprisonne mes poignets. Tu relèves mes bras au-dessus de ma tête. Je garde la position le temps que tu retires ma robe. Tu recules pour mieux admirer mes seins. La boucle métallique tinte quand tu enlèves ton pantalon. Je m'accorde quelques secondes pour profiter moi aussi de la vue, puis j'éteins.
L'obscurité tombe dans la chambre. Je veux goûter le clair de lune sur ta peau. La lueur pâle s'invite par les fenêtres ouvertes et danse sur ton torse, au diapason des vagues. Mes lèvres laissent une pluie de baisers sur le sillage de la lumière. Et c'est au tour de ma langue de s'amuser avec tes tétons. Je les suce et te sens durcir contre mes cuisses. Je mordille juste assez fort pour te faire grogner.
Maintenant que ma vision s'est appauvrie, mes autres sens prennent le relai. Derrière le salé de la mer et de la sueur, ta peau a cette saveur d'épices si caractéristique de l'air d'ici. J'inspire le parfum de ton corps comme on hume un plat avant de le déguster. Ta main descend le long de mon ventre. Ma langue s'arrête malgré moi quand ton doigt me pénètre. Il entre et ressort avec de petits bruits mouillés.
Tu avances vers le lit. Ton corps entraine le mien et je bascule en arrière. Les ressorts du matelas amortissent notre chute avec un grincement plaintif. Dans la semi pénombre, tu cherches ma culotte. Tes mains remontent vers mes cuisses et la retirent avec impatience. Tes cheveux chatouillent ma peau alors que ta langue s'aventure le long de ma jambe. Le tracé humide est réveillé par le vent marin qui fait claquer les rideaux. Je frissonne.
Enfin, ta bouche arrive là où je l'attends. Tu lèches mes lèvres, les aspire avant de les écarter pour glisser ta langue à l'intérieur. Bientôt, une anguille s'agite entre les parois trempées de ma fente. Je la sens ressortir pour remonter un peu plus haut et s'enrouler autour de mon clitoris. Ma gorge laisse sortir des sons que j'avais oubliés. Ils t'encouragent à poursuivre. Tu t'appliques, lentement, jusqu'à ce que mes hanches avides adoptent ton rythme. Mes doigts se noient dans tes cheveux et jouent avec tes boucles. Plus tu accélères et plus ma respiration se dérange. Ta langue s'acharne jusqu'à me faire crier. Incapable de tenir plus longtemps, j'agrippe les draps et me cambre d'un coup. L'une après l'autre, les vagues de plaisir font trembler mon corps. Je sens ton souffle dans ma toison chaque fois qu'une secousse m'emporte. Ton nez, ta bouche, tes cheveux, tu les imprègnes de mon jus. Lorsque je me redresse, tu souris entre mes cuisses.
Je descends du lit et me mets debout. Tu t'es assis sur le bord, face à moi. J'attrape ta main et la glisse dans ton boxer. Le frottement de nos peaux contre ton gland te fait gémir. Je retire mes doigts et m'éloigne : je veux découvrir comment tu t'y prends. Tu enlèves le dernier vêtement qu'il te reste et ta main attrape ton sexe. Elle monte et descend le long de ta tige, caressant ces endroits que tu aimes.
Le loup bouge au gré de tes muscles qui se contractent et se relâchent : il rôde, à l'affût d'une opportunité. Instinctivement, je recule. Mes yeux se ferment.
Ne me reste que mes oreilles pour percevoir ton plaisir. Ta gourmette claque contre ton poignet. J'écoute, fascinée, ta respiration qui s'entrecoupe. Je ne peux qu'imaginer ton visage qui se défait à mesure que tu perds pied. De plus en plus rapides, les tintements métalliques s'unissent à la marée.
Je te pousse sur le lit avant que tu finisses. Les draps bruissent quand tu remontes pour me faire de la place. J'écarte tes jambes pour m'asseoir sur toi. Ton sexe gonflé frotte contre ma fente. D'une main ferme, je le fais entrer en moi.
Après tout ce temps sans désirer personne, les premières secondes de cette cohabitation sont déroutantes. La sensation de ce corps étranger fait remonter des images brusques. Je couvre le loup de mes paumes et laisse mes hanches imposer leur rythme. Mes fesses claquent contre toi en un va-et-vient pressé. Je veux te faire jouir rapidement, sentir ton sperme inconnu gicler en moi, me purger du connu. J'y vais plus fort. Assez vite, ça devient douloureux. Ma voix change de couleur.
Tes bras poussent contre le matelas pour t'aider à te rasseoir. Ta main tâtonne sur la table de chevet. Un cliquetis, et la lampe s'allume. Je m'arrête. Ta respiration se stabilise, signe que l'orgasme tant désiré s'apprête à te filer entre les doigts. Je m'attends à ce que tes hanches se soulèvent sous moi pour prendre ton plaisir malgré tout. Malgré moi. Au lieu de quoi, tes yeux me regardent, soucieux.
— Todo bien, mi reina ?
Ta voix est éraillée. Ton pouce effleure ma lèvre tremblante. Il y a tant de douceur dans ce geste que les souvenirs qui m'assaillent s'en vont. Je souris : finalement, ce n'est pas ton sperme en moi qui les aura chassés, mais ta caresse sur mon visage.
Je roule pour t'avoir sur moi. J'ai envie de m'offrir une de mes premières fois, avec toi. Ma façon de te graver dans ma mémoire, à l'épreuve du temps et de la vie. Ma bouche trouve ton sexe. Ma langue titille ton gland pendant que mes yeux fixent ton tatouage. Cette fois, je soutiens le regard du loup, rappelle à la bête sauvage la loi de la volupté : rien ne se prend, rien ne s'impose, tout se consent. Je caresse son pelage reluisant de transpiration. Mes ongles s'enfoncent, pénètrent ce prédateur vaincu dans sa chair. Un râle animal t'échappe et se mélange au bruit du ressac. Tes muscles se tendent. Juste avant que tu t'arques en hurlant à la lune, je te sors de ma bouche pour que tu jouisses sur mon visage. Je n'ai jamais laissé personne me faire ça avant. Trop salissant. Mais ton désir à toi est beau à recevoir : il ne me salit pas.
CONCOURS-2026-057
Une piqûre d'abeille pour ma première fois
Je me souviens de ce week-end d'été piscine et tentes chez des amis, l'été de mes vingt-et-un ans, cela fait maintenant dix ans que cela s'est passé.
Tout a commencé un samedi après-midi, où une piqûre d'abeille mal placée, et j'ai dû montrer mes parties intimes, d'abord à un ami, celui qui nous invitait chez lui et puis à sa mère, parce que lui, ne savait pas trop quoi faire quand il a vu une de mes testicules gonflée et rouge. Elle ne paniqua pas, me dit qu'avant d'appeler le Samu, il fallait qu'elle regarde. Je restais seul, avec elle dans la salle de bain, et montrais mes parties intimes à cette femme, une première pour moi, de me mettre nu devant une inconnue, une femme en plus, alors dans ces conditions un peu particulières, cela faisait bizarre. Elle regarda et vis au milieu du gonflement le dar. Elle dut l'enlever avec ses doigts parce qu'une pince à épiler aurait fait sortir le venin restant. Elle a été très délicate, mais le fait de me toucher déclencha en moi une érection involontaire de ma part. je m'excusais, tout gêné, mon visage rouge. Elle ne m'en tient pas rigueur, en me disant que c'était normal, et que au moins je savais que ça marchait encore, que ma copine pourrait encore s'en servir. En me disant cela elle préparait un gant avec de l'eau froide à poser dessus pour calmer la douleur. En me le tendant, je lui dis que pour ça il faudrait que j'en trouve une, parce que pour l'instant personne n'avait voulu de moi. Elle ne releva pas ma phrase et me laissa seul dans la salle de bain à calmer la douleur.
Après une quinzaine de minutes je reviens avec le groupe, et tout le monde se moqua un peu de moi pour la piqure, mais personne n'était au courant pour mon érection. La journée se passa, et la dizaine de jeunes que nous étions, plantions les tentes dans le jardin, près de la piscine.
Dans la nuit, une soif se fit sentir, j'allais dans la cuisine de la maison juste en caleçon. Je tombais nez-à-nez avec la mère de mon ami, elle me demanda comment je me sentais et si la douleur était encore là ? Je lui dis que non, que tout allait mieux. Je la regardais en t-shirt ample et culotte. Je la voyais pour la première fois comme une femme, et non comme la mère de mon ami. Cette femme avait le double de mon âge, en instance de divorce, son futur ex-mari n'était pas là cet été, il était parti en vacances avec sa maitresse. Elle avait décidé de rester à la maison, de vider la cave, et de faire profiter ses enfants en invitant leur amis. Plus je la voyais et plus je me disais que le désir est parfois incompris même pour soi-même, parce que, je voyais en elle une femme attirante alors que normalement je n'aurais jamais imaginé quoi que ce soit avec une femme de son âge.
Et il y eut cette phrase de sa part, si ce que j'avais dit été vrai dans la salle de bain ? J'hochais la tête pour dire oui, qu'une fille ne s'intéresse pas à un jeune comme moi, réservé, filiforme, quelconque, je n'avais pas les critères recherchés par les jeunes. Elle rigola un peu, puis me dit que ça devait surtout venir de ma façon d'être, parce qu'elle me dit que oui j'étais un peu quelconque, mais que j'avais certainement toutes mes chances avec les femmes. Je lui dis que sans doute elle avait raison, mais sans y croire. J'allais retourner dans ma tente, je passais près d'elle, et elle m'arrêta avec sa main sur mon bras. Elle me dit qu'elle avait un cadeau, pour être quitte de cet après-midi, elle quitta son haut et dévoila sa poitrine, je restais là, à regarder cette jolie poitrine, un peu déstabilisé par ce qu'elle venait de faire. Au bout d'un moment je m'excusais d'avoir regardais aussi longtemps. Elle rigola et me dit que si je voulais, elle pouvait m'apprendre avec les femmes. J'acquiesçai de la tête par un oui. Elle m'expliqua d'abord pour quoi que ce soit, il fallait être sur du consentement, et ce n'est pas parce que quelque chose a commencé, que ça ne pouvait pas s'arrêter, un non est un non, et un stop, arrête ; et ça valait pour les deux parties. Elle déposa un baiser sur la commissure de mes lèvres d'abord, et sans recul de ma part, dirigea sa bouche sur la mienne. J'étais jeune et un sentiment de chaleur m'envahi quand je senti sa langue toucher la mienne. Mes mains touchaient son dos et parcouraient la courbure de ses hanches, pour descendre sur ses fesses. Je sentais mon sexe grossir. J'étais jeune inexpérimenté et un rien m'excitait. Elle prit ma main et me dirigea vers la chambre, celle qu'elle se servait depuis sa séparation. Elle quitta sa culotte, et je pouvais voir son sexe, avec ce petit trait de poil juste au-dessus. Elle se coucha sur le lit. Elle me fit un signe pour que je la rejoigne. Je quittais mon caleçon et lui montrais mon sexe dur pour la deuxième fois aujourd'hui.
Je me couchais légèrement sur elle, et elle m'expliqua ce qu'aimaient les femmes en général. Les caresses sur le corps, tout le corps pas que les fesses et les seins, il y avait plein de zones érogènes et suivant la personne cela pouvait changer ; le lobe des oreilles, le cou, les reins, les hanches à moi de deviner. Ensuite la pénétration n'était qu'un point final, et surtout les vas-et-viens rapides et réguliers n'étaient pas les plus excitants, mais que les changements de rythmes étaient mieux. L'excitation de la femme passait aussi par d'autres préliminaires que les caresses du corps, les caresses intimes étaient les biens venu, toujours si j'en convenais, avec les doigts, la langue sur le clitoris, la vulve. Mettre les doigts en elle faisait aussi du bien, il fallait que je les courbe légèrement et que je cherche une zone un peu rugueuse et c'était là qu'il fallait que je caresse. Après ses explications, elle me laissa faire, mes gestes étaient un peu maladroits, mais tout à fait normal vu mon inexpérience, j'appuyais trop, ou trop peu, mais essayais de faire du mieux que je pensais. D'abord les caresses et puis vient le moment où je passais ma langue sur son clitoris, elle poussait de petits gémissements et son corps ondulait légèrement. J'introduisis mon index dans son intimité tout en continuant de jouer avec ma langue, et j'appliquais ses explications de comment faire. J'aimais cette sensation de procurer du plaisir à une autre personne, je sentais mon pénis dur et commencer à faire un peu mal. Je m'arrêtais et allais l'embrasser sur la bouche, au moment où mon torse se posé sur le sien, mon sexe rentra dans le sien sans forcer, n'y besoin de le guider. La première fois, cette sensation d'être dedans je pense que je m'en souviendrais toute ma vie. Elle me sourit de plaisir. Je commençais à faire mes vas-et-viens quant au bout de quelques instants, je ne sais pas trop, d'éjaculais en elle. J'étais autant gêné, frustré, que honteux du peu de plaisir que j'avais dû lui donner. Elle me regarda et me dit plusieurs choses. D'abord faire attention si je n'utilise pas de préservatif, il n'y a pas que les maladies, mais aussi le risque de grossesse. Au vue de la tête, que j'ai fait, elle rigola, en me disant que là, dans les deux cas je ne risquais rien, pas de maladie pour elle, et moi puceau ; et pour le fait de la mettre enceinte ce n'était pas sa période d'ovulation. Elle m'expliqua que celle-ci, est quatorze jours avant les règles à peu près, suivant les femmes cela change légèrement. Et une autre chose, si je fini avant qu'une de mes partenaires prennent du plaisir, plusieurs options s'offrais à moi, soi je continuais avec mes doigts, ma langue soi vu mon âge, ma période réfractaire devait être minime et en étant excité mon érection devait revenir assez vite, voire ne pas disparaitre. Tout en me parlant j'étais encore en elle, et elle continuait à faire des mouvements du bassin ; je sentais mon sexe encore un peu dur donc je continuais mes vas-et-viens jusqu'à que je sente à nouveau mon pénis bien dur, et repris en faisant d'autres mouvements plus ou moins profond, vite ou plus lent, et en faisant des mouvements du bassin pour que mon sexe caresse le sien, j'appliquais ses consignes comme un bon élève.
A un moment c'est elle qui se mis sur moi, je pouvais voir sa jolie poitrine menue mais bien ferme. Je caressais son corps que ce soit ses seins que ses hanches, je passais aussi mes mains sur ses fesses. Elle vu, à mon expression et respiration que j'allais à nouveau jouir. Elle s'enleva et me finit avec sa main. Mon plaisir atterri sur mon torse. Elle remit mon sexe en elle pour continuer un peu. J'aimais cette sensation d'être à l'intérieur. Elle s'arrêta et me demanda si j'avais déjà gouté ma sécrétion, je lui dis que oui une ou deux fois pour voir, quand je me branlais. Elle se pencha lapa mon torse et vint m'embrasser avec sa langue et mon sperme, j'aimais cela, et ça ne me dégoutais pas, et puis pourquoi une fille, femme, devrait recevoir dans la bouche si nous, nous ne voulons pas. Elle recommença jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien, puis se coucha contre de moi. J'étais un peu satisfait, mais je ne savais pas si j'avais bien fait l'acte, si elle avait pris du plaisir. Je lui posais une question, pas sur mes performances mais un complexe d'homme, de taille de sexe, et elle me dit qu'elle n'en avait pas vu tant que ça et que de toute façon elle devait être dans la moyenne, mais que si je continuais comme ça, les femmes seraient ravies de faire l'amour avec moi. Je pris cela pour un compliment en me disant que pour une première j'avais dû lui procurer un peu de bien.
Les choses se confirmèrent, quand pendant cet été nous avons refait l'amour trois ou quatre fois, et je voyais son corps trembler après l'acte. Vacances fini, je retournais à la faculté, et ne la revoyais que bien plus tard, avec un homme de son âge. Personne n'a jamais su pour nous, mais elle a fait de moi un homme attentif au désir des femmes, et je lui en suis que des plus reconnaissant. Voilà cet été-là, grâce à une piqure abeille j'ai découvert les plaisirs charnels.
Aurélien Boyer
CONCOURS-2026-058
Le guilledou de la fée Toto Fada
Il advint qu'une fée en eut un jour assez des voix qui s'élevaient dès la tombée de la nuit. Depuis un certain temps, elles se bousculaient, tourneboulaient, finissaient par éclater en un vacarme éprouvant qui la laissait sur le flanc. Ces voix-là, sucrées jusqu'à l'écœurement, n'étaient qu'un enchaînement de murmures ouatés échappés des lèvres de mères tout entières occupées à endormir leur cher auditoire.
Perchée sur sa branche, la fée passa en revue tout ce que l'on racontait d'elle depuis des lustres. Le verdict tomba sans appel : on la prenait pour une gourde.
La fée Toto Fada – c'était son nom – soupira de désespoir. Jamais on n'avait entendu un tel soupir. Dans la forêt où elle avait établi ses quartiers, se fut l'émoi ; les branches se soulevèrent, les feuilles se secouèrent et les racines frémirent. Pour un peu, la forêt aurait eu peur. Mais la fée n'en avait cure. Elle disposait de pouvoirs dont avait joui plus d'un gourdeflot mais cette fois, elle avait décidé d'en profiter pour son propre compte.
La fée se sentait trompée par le sort qui l'avait dotée d'avantages exquis mais de compagnons navrants, par des sortilèges et caraudes usés jusqu'à la corde.
« Je ne veux plus poursuivre une vocation destinée aux vêpres des enfants ! »
Sa voix était si grave que les gnomes, les lutins et les froussons se cachèrent dans les recoins. Il y eut même un vent de panique lorsque la fée Toto Fada ajouta :
« Ma solitude est un spectacle insupportable : il n'y a ici personne à qui confier mes tourments, mes affres et mes envies. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même ; chaque jour à minuit je me dévêts pour le néant, et c'est assez ! »
La fée rougit de son effronterie. Autour d'elle, le silence régnait, la forêt semblait s'être figée. Elle glissa de sa branche, remit ses cheveux en place d'un geste résolu et, grisée par sa propre voix qui lui sembla merveilleusement réelle, poursuivit :
« Toutes ces créatures, ces gnomes, ces ermites, quelle engeance ! Une assemblée de coquebins qui ne jouissent de ma beauté qu'au fond des yeux… Pas un qui succombe à cette tournure qui sait pourtant l'heure exacte du désordre quand la nuit je rêve du Réel ! Je ne suis qu'un objet de fantasmes ou au mieux l'objet de la maraude d'une œillade perverse ! Ah ! Je veux maintenant me soustraire à leurs frivoles chimères ! Et je pars ! »
Nourrie de rêves pour enfants sans cesse ressassés et refondus dans de mièvres contrefaçons, la fée Toto Fada quitta sa forêt natale : elle partit à la conquête du Réel dont elle entendait la rumeur au fond d'elle.
Au troisième jour de son voyage, elle croisa un jeune homme blond aux yeux bleus et fort bien fait de sa personne – quoiqu'au sourire un peu niais jugea la fée – qui la mugueta ainsi :
— Tu ressembles à ma mie. Je lui cueillais des fleurs… Et tu es ma foi digne d'un bouquet…
La frimousse avenante du jeune homme sut conquérir son cœur palpitant d'émoi. Tout embrasée par la voix de miel du joletrin, la fée ne savait qu'entreprendre pour le satisfaire. Mais l'excitation prit de vitesse sa raison, l'instinct vint à son secours, ses joues se maquillèrent d'un fard dévergondé.
— Fleurissez, mademoiselle ; je vous devine un arôme dont j'ai le nez. Ce bonheur que je soupçonne est la seule opinion que je puisse avoir de nous ensemble car j'ai maintenant, j'en fais l'aveu, une idée toute faite de vous. Et même bien faite…
— Mettons-la sans plus tar…
La fée Toto Fada n'eut guère le temps d'achever sa phrase car un coup de tonnerre retentit ; le ciel se couvrit de nuages sombres ; un orage s'annonçait. Mue par un vieux réflexe, elle tendit le bras afin d'attraper sa baguette pour en faire un parapluie.
Fermement et tendrement, le jeune homme ôta sa brague. Son vit raidit : c'est ce qui advenait à chaque fois qu'il ôtait sa brague ; la fée souleva sa jupe : c'est ce qu'elle ferait à chaque fois qu'elle verrait un vit. Elle se défit de sa culotte, qu'elle glissa jusqu'à mi-cuisses, d'un geste vif, sans quitter des yeux l'objet de sa convoitise où quelques gouttes luisaient, d'une remarquable vigueur et qui disparut très vite sous sa robe de gaze.
Se rigaudonnant sans vergogne rebon-ribaine, huant à hue et à dia sa conquête asservie aux béantes lois d'amour, le galant eut, en boudinant un peu sur la fin, une vague pensée pour les arbres qu'il bénit pour avoir ouvert une clairière en cet endroit de la forêt. Il se demanda s'il ne venait pas de bousculer le cœur d'un songe. Mais ses mains empoignant à pleines mains les frissons d'un petit cul, ainsi qu'un regard porté sur la robe rosie par l'outrage lui assura qu'il n'avait pas rêvé.
Après qu'ils se furent quittés, Toto Fada se refit une beauté. Elle avait grand faim. La plaine devant elle était chargée de lumière. Le soleil était revenu ; il couvrait les champs d'un voile doré qu'elle prit pour un compliment. Sa vitalité redoubla d'espérance toute d'impatience farcie :
« Ce n'est pas de biche qu'il me faut grignoter ; c'est de cerf dont je m'affame ! »
Arriva le sixième jour. La fée Toto Fada était assise sur une souche, au bord d'une rivière où elle venait de se baigner. La forêt, dont on entendait la rumeur, oiseaux et feuilles mêlées, semblait à quelques toises reculer dans l'ourlet de chaleur que lui renvoyait une parcelle de blé mûr.
Elle songeait sans nostalgie à sa chaumière, au niais enclos enfoui dans les sous-bois, quand elle entendit le bruit sec d'une branche qu'on brise. Elle se retourna. Un homme aux allures de claquedents se tenait sur l'autre rive.
L'individu planta sa fourche dans une motte de terre.
— Je ne te veux aucun mal, crut-il devoir dire en se frottant les yeux qu'il eut soudain ronds comme ceux d'une soupe bien grasse. Qui es-tu, belle dame ? Que fais-tu ici ?
— Je suis la fée Toto Fada, et comme tu le vois, je me prélasse au soleil.
— La fée Toto Fada ? Je ne te crois guère. À d'autres !
— Non mon ami, à toi, car tu me sembles bien fait pour…
— Hé ! interrompit-il, c'est justement ce que je voulais dire, ma dame !
L'homme la rejoignit, non sans abandonner à la diable ses hardes et le reste au démon avant de traverser la rivière, le vit surgissant d'une toison paysanne. La fée le considéra de haut en bas, songea un peu à sa baguette. Pas bien longtemps… Elle s'émancipait.
L'homme était assurément un rustaud. Il était coutumier des labours ; leurs sillons n'avaient pas de secrets pour lui.
— Ici, vois-tu, dit la fée en tendant un doigt vers sa croupe, gît un arrière-plan que nul n'a encore exploré.
D'un coup d'œil expert, il jaugea l'adorable charnure à l'aune de ses coutumes d'étable, y repéra la localisation particulière à ses mœurs, semblablement sise à celle de sa maraude.
— Trédam !
Sans plus tarder, le rustaud se mit à bougironner sans même l'apprêt d'un miel complaisant, à rivaucher très ferme. Il eut cependant, en boudinant un peu sur la fin, une vague pensée pour les vaches qui l'attendaient dans leur pré.
— Tu as bien les goûts d'un paysan… Tu es un animal qui bête drôlement bien…, bégaya-t-elle, le corps secoué par l'ardeur de l'homme.
— T'as raison : c'est que j'aime aussi qu'on me le fasse…
Un peu abrutie par des effets du Réel imprévus et réprimant un haut-le-cœur initiatique, elle balbutia, les mains massant son arrière-train :
— Je préférerais que tu retournes maintenant aux champs, si tu le veux bien…
La fée reprit la route un peu plus tard, une fois remise de ses rudes croupades. Les aventures méritantes qu'elle venait de vivre lui parurent bien faites pour être développées. Elle sentait bien qu'elles avaient un je-ne-sais-quoi qui ne devait pas être crié sur les toits. Elle en avait prisé quelques détails qui donnaient au Réel une vraie profondeur, une envergure et de chaudes perspectives, auxquelles toutefois il manquait un horizon : une déclaration d'amour !
Ses cheveux volaient au vent ; sa robe semblait une florence d'armoisin dans la clarté de la campagne, à la façon surdouée d'un feu follet. Elle se retourna un jour : un mince filet sombre hachait l'horizon ; c'était la forêt où elle avait vécu il y a quelques jours encore.
« J'ai toujours vécu dans une atmosphère de légende un peu croupie ; c'est à ne pas y croire tellement c'est loin… »
Le lendemain, une tempête surprit la fée sur les hauteurs. Cherchant un abri, elle gagna une bergerie isolée. Personne n'y répondait. Contournant le bâtiment, elle aperçut une vaste cuve taillée dans la pierre, adossée au mur. Un berger y prenait son bain, ignorant sa présence. Lorsqu'il se redressa pour sortir de l'eau, des filets limpides glissèrent sur son torse et ses bras durcis par les saisons. La fée demeura saisie. Jamais elle n'avait contemplé d'aussi près la beauté simple d'un homme, au-delà du vit. Chaque goutte qui descendait sur sa peau captivait son regard, tandis que la vigueur paisible de ce corps, façonné par le soleil et les montagnes, éveillait en elle une émotion nouvelle, à la fois douce et troublante.
Elle put admirer à loisir ce qui lui avait jusqu'alors été caché dans des hâtes nerveuses lors de haltes improvisées. Il n'existait rien de tel dans le pays d'où elle venait…
L'homme prit sa main, qu'il porta vers sa virilité, qu'elle empoigna, le souffle haletant. La main pressa sa nuque. Ses lèvres accompagnèrent le souffle du berger, qui s'était accéléré alors que sa bouche se remplissait d'une dureté d'une douceur infinie.
Les yeux clos, le berger murmura :
— Ça t'en bouche un coin, ma mie… Faut croire que je l'ai faite ce matin exprès pour toi ! Part à deux !
La fée ferma les yeux, après les avoir écarquillés d'abondance sur l'alentour d'un vit de rude aloi.
— Ô, mon pâtre ! c'était le mot d'amour dont je rêvais…
Charlie Vandaele
CONCOURS-2026-059
La demoiselle d'honneur était trop belle
Bien sûr, elle était jolie, c'est indéniable. Bien sûr, j'ai une passion pour les jolies femmes, c'est indéniable. Alors, évidemment, je l'avais remarquée… dès la première rencontre. Elles étaient venues un après-midi, avec Elisa. Je me souviens parfaitement. Je m'étais même senti un peu gêné. J'avais imaginé proposer le vin d'honneur dans les douves sèches du château. Un bon défrichement s'imposait. Le mois de juillet était torride. Je m'étais mis torse nu. J'étais ruisselant de sueur. Je déteste ça.
— Je viens te présenter Morgane, m'avait crié Elisa dès qu'elle m'aperçut.
Son choix de demoiselle d'honneur m'avait surpris. Elle avait des amies très proches qu'elle voyait souvent. En plus d'un an, je n'avais jamais rencontré Morgane. C'est à l'occasion d'un de nos jeux amoureux qu'elle l'évoqua. Je lui avais demandé si elle avait eu des expériences avec les filles. Elle avait cherché à éluder puis, comme j'insistais, elle finit par avouer :
— Je ne voulais pas t'en parler…
— C'est pas grave, tu t'es amusée…
— Tu ne comprends rien ! S'était-elle écriée, visiblement blessée.
Elle m'expliqua qu'elle avait partagé la chambre de Morgane à l'internat, en terminale. Elles s'étaient immédiatement liées d'amitié. La douche n'était séparée de la chambre que par une paroi de verre dépoli. Dès qu'Elisa avait aperçu la silhouette nue de Morgane, elle avait éprouvé du désir pour la belle brune. Pendant plusieurs semaines, elle s'était fait violence pour résister à l'envie de l'enlacer sous le jet. Mais, c'est Morgane qui, un matin, l'avait rejointe sous l'eau. Elles avaient fait l'amour aussitôt. La surveillante les avait surprises nues. Virées, elles étaient parties dans deux établissements différents. Elles n'avaient pas accepté leur séparation, s'étaient revues et s'étaient avoué qu'elles s'aimaient. Leur relation a duré après notre rencontre. Quand nous avons choisi de nous marier, Elisa a décidé de rompre, mais pour prouver son attachement à Morgane, elle a tenu à ce que son amante soit sa demoiselle d'honneur.
Lorsqu'elle me la présenta, Elisa ne m'avait toujours pas fait part de cette décision. Les deux filles se rencontrèrent à plusieurs reprises. Elles enchaînèrent des essais de robe. Comme Elisa tenait à ce que nous respections la tradition, je ne cherchais pas à découvrir les modèles. Nous dinâmes ensemble. L'harmonieuse dissemblance des deux filles me frappa. Elisa, tellement proche de mon idéal, blonde délicate et distinguée ; Morgane, sauvage brune au teint ambré. Si Elisa m'avait laissé imaginer Morgane auprès d'elle, en robe de demoiselle d'honneur, ma fabrique à fantasmes se serait certainement réveillée. Ma douce fiancée, coiffée de son voile immaculé, enlaçant celle entre les cuisses de laquelle avait glissé sa chevelure dorée… mais elle ne me révéla son choix qu'une semaine avant la cérémonie. La décision de nous unir était si étrangère à mes résolutions qu'elle m'avait, en quelque sorte, anesthésié. Néanmoins, je n'avais pas été assommé au point d'en avoir perdu la vue. Lorsque la fleuriste était venue nous présenter sa sélection, j'avais su remarquer que sa jupe trop moulante menaçait de craquer. L'amour ne m'avait pas persuadé que je pourrais devenir un mari exemplaire. Pourtant, je devais certainement être suffisamment groggy pour ne pas délirer au sujet de Morgane.
À n'importe quel autre moment de ma vie, l'apparition de cette fille m'aurait électrisé. Tentez de l'imaginer : élancée, assez grande, sans trop ; une chevelure – j'adore les cheveux ! – semblable à une cascade brune qui lui caressait la chute des reins, des anglaises souples, sombres et brillantes ; dans l'ombre de ces cheveux, l'ovale parfait de son visage mat, des dents par lesquelles on souhaite être croqué, des lèvres sensuelles par lesquelles on souhaite être couvert de baisers, des yeux par lesquels on souhaite être déshabillé et cette silhouette, cette silhouette ! Sur ce point, je suis intransigeant, il n'existe qu'une silhouette possible : une vraie poitrine, formée, mais à peine, deux reinettes visitées par une coccinelle ; un violon, une taille resserrée, des hanches parfaitement marquées. Je vais fâcher des lectrices, j'en suis certain. Je ne demanderai même pas à être excusé. Sur ce point, je suis dogmatique. La silhouette féminine ne peut être que comme je viens de la décrire et celle de Morgane était l'incarnation même de ma doctrine. Bien, croyez-moi si vous le pouvez, je n'ai pas éprouvé de désir pour cette fabuleuse apparition. Elle est restée l'amie de ma fiancée.
Un après-midi, pourtant, j'aurais pu craquer. Morgane avait tout mis en œuvre pour me pousser à la faute. Elisa s'était absentée pour faire quelques courses. Bien que je lui aie affirmé que les grosses gouttes qui tombaient déjà présageaient de la survenue prochaine d'un violent orage, Morgane s'entêta à vouloir faire une promenade dans le parc. Une demi-heure plus tard, elle revint dégoulinante et grelottante.
— Je suis trempée, mes vêtements sont tout mouillés, j'ai froid, j'ai froid, j'ai froid…
Il semblait qu'elle ne sache plus rien dire d'autre. Nous étions pourtant en août, mais elle claquait des dents et tremblait de tout son corps. Je lui conseillai de se changer.
— Je ne peux pas, je ne maîtrise plus mon corps, réussit-elle à dire en bégayant.
Je la déshabillai donc et la frictionnai vigoureusement.
— J'ai encore froid, continuait-elle à gémir. Mon entrejambe est toujours mouillé…
— Mais, que se passe-t-il ? S'exclama Elisa en entrant.
Je lui expliquai brièvement, elle m'arracha la serviette et m'ordonna :
— Va vite nous faire un thé chaud !
Je filai à l'office et revint chargé d'un plateau. Les filles avaient disparu. Un éclat de rire me fit comprendre qu'elles s'étaient allongées dans le canapé. Je n'insistai pas, posai le plateau et sortis. Il fallait que je fusse dans un état singulier pour ne pas être tenté de compléter le trio.
Morgane partit le lendemain et ne revint que la veille du mariage. Nous avions décidé de ne pas nous voir avant la cérémonie. Nous devions, tous, nous retrouver sur la place du village. Officier de réserve, j'avais obtenu l'autorisation de me marier en uniforme. Nous discutions donc, à l'ombre des tilleuls, avec les camarades qui devaient former une voûte de sabres à la sortie de la messe. Soudain, effaré, je reconnus Elisa. Jeune fille sage, je l'avais imaginée emmeringuée. À ma grande surprise, elle avait choisi une tenue beaucoup moins conventionnelle : un bustier sur une jupe fourreau. Sans me laisser le temps de revenir de ma stupéfaction, elle m'enlaça, me mordit cruellement l'oreille et me murmura :
— Fais-moi l'amour, une dernière fois, en tant qu'amant.
Sans se préoccuper de mes amis qui nous observaient, intrigués, elle m'entraîna vers un vieux bâtiment qui jouxtait l'église. Ce garage servait à abriter le corbillard hippomobile. Elle claqua la porte derrière nous, se plaqua contre la grande roue cerclée de fer et retroussa son fourreau. Pour la première fois, je lui entendis prononcer un verbe qu'elle n'employait jamais :
— Baise-moi !
Je dus paraître ridicule, le pantalon et le sabre tombés sur les chaussures. Pour ne pas crier, Elisa me planta les dents dans le cou. Nous tentions de sortir discrètement, lorsqu'un roadster nous frôla et freina bruyamment dans les graviers. Penché pour tirer la porte, mes yeux se trouvaient juste à la hauteur de l'échancrure d'une robe fuchsia. Morgane se pencha également pour descendre de son coupé. Je bénéficiai d'une vue plongeante dans son décolleté, jusqu'à son aréole rosée. La perfection du galbe de sa cuisse et de son sein m'émut au point qu'elle cessa, à l'instant, d'être seulement l'amie de ma fiancée. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même.
Mon beau-père s'impatientait. Il saisit sa fille par le bras et l'entraîna vers le portail de l'église. J'offris le mien à ma mère et nous proposâmes à nos invités de former le cortège. Les témoins se placèrent après nous. Je ne pus m'empêcher de tourner la tête pour apercevoir Morgane. En avançant le pied sans prêter attention où je le reposais, je bloquai la pointe du fourreau d'Elisa. Sa jupe glissa jusqu'à ses genoux. Je me souvins alors que je lui avais arraché, quelques minutes plus tôt, sa culotte. Je vous laisse imaginer le trouble que provoqua cet incident au mariage d'un La Haute-Brie. Heureusement, dans cet aréopage, la dignité a tôt fait de reprendre sa place. Elisa réajusta prestement sa jupe et le cortège remonta la nef jusqu'au chœur. Nous nous assîmes et le prêtre débuta sa messe. Lorsque le moment d'échanger nos consentements advint, il nous invita à nous lever. Elisa me faisait face et nos témoins se placèrent derrière nous. Par-dessus l'épaule d'Elisa, je ne voyais que Morgane. J'écoutai d'une oreille distraite l'abbé qui psalmodiait les formules consacrées. Le moment de confirmer mon engagement était venu, mais je cherchais seulement à lire sur ses lèvres ce que Morgane murmurait :
— Tu as envie de moi ?
— Oui !
Ericka de La Rogerie
CONCOURS-2026-060
L'envers du décor
La sonnette de l'entrée retentit. Je me précipite à la porte pour lui ouvrir. Je lui offre mon plus beau sourire, il m'offre le sien en retour. Il glisse ses mains le long de mes hanches et me serre dans ses bras. Sa bouche descend dans mon cou et je sens son souffle qui me donne des frissons. Ses lèvres embrassent la peau fine juste en dessous de mon oreille. Je ferme les yeux plus longtemps que d'habitude, je veux ressentir chaque chose pour les ancrer dans le réel. L'adrénaline coule dans mes veines. Il se décolle et prend ma main. Il m'emmène dans ma cuisine et pose le grand sac cabas sur le plan de travail. Son regard est perçant, il arriverait presque à me faire croire qu'il a envie de moi.
— Ce soir je te concocte un repas digne des grands chefs. Pour le dessert je te réserve une surprise… dit-il avec un sourire qui laisse imaginer tout de suite qu'on ne parle pas de tarte au citron.
— J'en salive d'avance… je lui réponds avec toute l'audace dont je peux faire preuve dans le regard.
Il déboutonne les manchettes de sa chemise, les remonte sur ses avants-bras, ce qui me laisse tout le loisir de les admirer. Ils sont costauds, aucun doute là-dessus. Je sais qu'il peut me soulever d'une seule main sans émettre le moindre son d'effort. Je peux deviner les veines vertes cachées en transparence sous sa peau. Je connais la suite. Il n'y aura qu'une entrée de mangée, on n'attendra jamais le dessert. On le dégustera en pleine nuit après avoir follement fait l'amour au moins deux fois. Un ravitaillement nécessaire pour peut-être un troisième round.
Je le pousse doucement pour prendre des assiettes afin de mettre la table. Il me pousse en retour avec ses hanches pour entamer son jeu préféré. Il adore ça les petits jeux de mains, il sait pertinemment qu'il va gagner même s'il fait mine de me laisser une chance. Ce petit jeu l'excite beaucoup. Et je dois avouer que moi aussi. Je le pousse une seconde fois pour ne pas me laisser faire mais bien sûr c'est le signe qu'il attendait pour m'attraper par les hanches et me bloquer contre le plan de travail. Il me domine de ses 1m88.
— Je peux savoir à quoi vous jouez mademoiselle ? Vous dérangez le chef cuistot en pleine élaboration du meilleur repas de sa carrière.
— Je ne voulais pas en arriver là chef, je cherchais simplement à rendre service en mettant la table, je vous prie de bien vouloir m'excuser.
— Excuses acceptées mais je préfèrerais un baiser, ça m'aiderait grandement à apaiser mon coeur…
Je m'exécute, je ne réfléchis pas je sais ce que j'ai à faire. Il m'embrasse tendrement au début, il goûte mes lèvres. Il prend ma lèvre inférieure entre les siennes et il la suçote doucement. Plus le baiser dure et plus il devient sauvage. Il m'attrape par les fesses, me soulève pour que j'enroule mes jambes autour de ses hanches et me pose derrière lui sur l'îlot central. Je vois dans ses yeux qu'il veut me faire prendre mon pied. Je sais déjà que non. Oui ce sera surement un moment agréable, un moment de partage mais clairement pas d'orgasme à l'horizon. Ni pour lui ni pour moi. Je pense à un autre de toute façon. Je sais que c'est moralement peu acceptable mais je ne peux m'empêcher d'imaginer cet autre homme me faire ce qu'il va me faire. Beaucoup plus excitant et pourtant dieu sait que l'homme qui embrasse mes seins à travers ma robe en ce moment même est magnifique. Un dieu grec, tout bonnement. Mais pour plein de raisons que je sais et d'autres que j'ignore il ne me procure rien. Oui bien sûr, si je fais un petit effort evidemment que je peux passer une folle nuit avec lui, grimper aux rideaux tout ça tout ça mais sinon c'est le calme plat. Alors qu'avec celui qui hante mes pensées je perds les pédales. Tout s'emballe, tout devient vite incontrôlable dans mon corps. Je voudrais le lui dire mais je n'ose pas, trop peur de faire des histoires, trop peur du regard des autres, trop peur qu'il me rejette aussi évidemment. Pour l'instant, un autre commence à dégrafer mon soutien-gorge et il serait plutôt de bon aloi de me concentrer un peu dessus.
C'est un expert des agrafes, deux doigts et hop le bout de tissu vole à travers la pièce. J'avoue que ce geste est éminemment viril et sexy. Je sens que le sang descend à mon organe du plaisir. Ma culotte s'humidifie mécaniquement, mon corps ne réponds pas à mon cerveau mais plutôt à ses gestes. Il me chuchote à l'oreille des phrases que je n'avais jamais entendues avant : « je vais te faire tellement de bien que tu en redemanderas même dans ton sommeil, je vais jouer avec ma langue jusqu'à t'arracher tes plus beaux orgasmes, je veux que tu réveilles les voisins de ta voix haletante de plaisir. »
Cela change des hommes qui baissent leur caleçon et qui, avec un ton assuré et fier, demandent les mains sur les hanches : « Alors, tu la trouves comment ? ». Lui il est clairement là pour mon plaisir. Il fait tout ce qu'une femme désire qu'un homme lui fasse. On dirait une scène écrite par une écrivaine.
Je lui enlève son t-shirt, à mon tour de voir la marchandise. Même si je sais déjà très bien ce qu'il se cache dessous. Des muscles saillants, mais pas trop secs, une peau douce et lisse, parsemée de quelques poils virils. Il est parfait, il n'y a rien à redire. J'embrasse son torse, je sens un léger gout salé, les chaleurs de la cuisine l'ont sûrement fait transpirer un peu. Ce n'est pas désagréable. J'y retourne, il a bon goût. Il défait complètement ma robe portefeuille et la laisse tomber au sol, à ses pieds. Un homme qui me déshabille délicatement mais avec assurance c'est terriblement sexy. Il sait y faire. J'imagine qu'un homme comme lui à eu des centaines de conquêtes. Je m'en fiche, à cet instant-là ce qui compte c'est mon prochain geste ainsi que le sien. Il descend ses lèvres sur mes seins. Il tourne autour de mes tétons. Je ferme les yeux en penchant légèrement la tête en arrière pour me concentrer sur le visage de l'homme que je veux vraiment. Je sens mon pouls s'accélérer. Je sens sa langue jouer avec un de mes tétons durs et sa main caresser l'autre. Pas trop besoin de me forcer jusque là c'est très agréable. Il descend ensuite en me regardant dans les yeux vers mes cuisses. Il écarte légèrement ses dernières pour lui laisser l'espace de déposer un baiser sur ma culotte. Il se redresse et avec ses grandes mains, du bout des doigts il fait glisser l'élastique de ma culotte afin que celle-ci rejoigne ma robe. Au sol. Je suis complètement nue. Un frisson descend le long de ma colonne. Il me regarde avec tellement d'intensité que je me demande si je ne vais prendre feu dans la minute qui suit. Il se met à genoux entre mes cuisses et embrasse la fine peau blanche à l'intérieur. Je ferme à nouveau les yeux. Je pense à mon crush et je lâche mon meilleur jeu d'actrice.
— C'est bon, coupé, on l'a, merci. Amenez un peignoir à Alizée, crie la metteuse en scène.
Je me relève m'enroule dans le peignoir blanc brodé aux couleurs de la boite de production. Je n'ose pas regarder dans les yeux celui auquel je pensais depuis le début de la scène. Alors je fais ce que je sais faire de mieux et ce qui paie mon loyer depuis quelques années maintenant, j'accroche un sourire sur mes lèvres, descend l'estrade sur laquelle est le plateau de tournage et je rejoins ma loge.
Enfin seule je prends une grande inspiration et j'expire beaucoup trop fort. Je recommence jusqu'à ce que je sente mes épaules descendre d'un étage. J'espère que cette cinquième prise est bonne parce que je ne peux pas m'y remettre aujourd'hui. J'entends qu'on toque à ma porte, je suis sûre que c'est la coordinatrice d'intimité qui est derrière. Je vais lui dire que pour aujourd'hui j'ai ma dose mais que tout va bien.
Je range mes affaires, je récupère mon sac à main et traverse l'entrepôt dans lequel on tourne la plupart des scènes. J'enfile mes écouteurs et lance ma playlist douceur préférée. Je me mets dans ma bulle. Je m'installe dans le taxi qui me ramène chez moi et je regarde par la fenêtre en imaginant pour la millième fois le jour où j'oserais tout dire à Clément, un des caméraman. Le scénario est globalement toujours le même mais à chaque fois j'imagine une fin différente, selon sa réaction. J'avoue que dans 80% des cas j'imagine une fin favorable. En même temps, je ne vois pas pourquoi pas un homme refuserait au moins un premier date avec moi. Je ne suis pas trop mal à vrai dire.
Ding. Une notification d'un numéro inconnu. J'ouvre : « Salut, Alizée. Clara m'a donné ton numéro. Je voulais savoir comment tu allais ce soir, car j'ai bien senti que tu n'étais pas dans ton assiette aujourd'hui. Enfin tu n'étais pas comme d'habitude. J'espère que tout va bien et sinon je serai ravi de t'inviter à boire un verre pour te changer les idées. Ça marche aussi si tu vas bien en fait. Bref, je ne suis pas très doué pour ce genre de choses. Je te souhaite une belle soirée, Clément, le caméraman. »
Je lis et relis son message depuis maintenant trente minutes. De tous les scénarios possibles que je me suis imaginés jamais j'avais parié sur le fait que lui envoie un message en premier. Je ne pensais pas qu'il m'avait remarqué. Enfin si bien sûr il me filme tous les jours mais je ne pensais pas dans ce sens là. Je décide enfin de lui répondre au bout d'une heure quand enfin l'information à été intégré par mon cerveau.
Il est 2h36 du matin et je tourne en boucle dans ma tête la chose suivante : le mec a choisi le jour où il m'a vu faire semblant de faire l'amour avec un autre toute une journée pour m'inviter à boire un verre. Je vais quand même finalement me méfier un peu. C'est peut-être un détraqué. Mais bon après tout le désir est parfois incompris, même pour soi-même.
Merde.
Clémence Dupont
CONCOURS-2026-062
Trouer le cul
Le plan pour sortir du plan-plan était tout tracé. Les réseaux traquant avec application les rencontres qui se monnayent sur internet, j'ai préféré me rendre sur site. Mais devant la porte fermée du sauna gay, c'est la douche froide. Le vieil homme que je me suis forcé à doubler dans la rue pour accéder rapidement au couloir d'accès me coupe toute retraite en apparaissant derrière moi quand j'allais faire demi-tour. Pas si discrète que ça l'entrée. À croire que j'avais deviné qu'il allait au même endroit que moi, et qu'à le dépasser j'espérais qu'il me soit une impasse, et qu'à cause de lui je doive aller au bout de ma démarche. Le vieil homme lit avec moi sur l'écriteau que la chaudière est en panne.
— Sans doute que la douche du fond sera chaude quand même. C'est la première fois que vous venez ?
Tant de discrétion de ma part confine à l'indiscrétion.
Le gars de l'accueil me désoriente. Je lui demande comment ça se passe ici et il me répond que « — C'est un sauna gay, quoi ! Je ne vais pas te faire un dessin. » Bonjour l'accueil ! Un plan aurait été bienvenu, un plan oui, pas rien qu'un plan cul ! Encore un qui ne sait rien des lieux où il sévit. Mais le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Ce que je voulais au départ, c'était de faire un hammam sans débourser trop d'argent.
Je n'ai aucune gêne à me déshabiller dans les vestiaires. Je suis perdu, alors, ôter mes fringues, jusqu'à mon slip, c'est rien à perdre en plus. J'aurais préféré tailler ma route plutôt que des pipes !
Je prends une douche, froide, et le vieil habitué me rejoint dans la grande salle du sauna. La pénombre règne ici, à peine éclairée par quelques spots. Grâce à la lumière du bar de l'autre côté, filtrée par une vitre, je devine deux hommes qui barbotent dans les remous du jacuzzi. L'odeur est indescriptible mais étrangement familière.
Mon guide me donne quelques repères généraux et indique à ma demande le hammam, « — La porte de droite. » Je rejoins mon repaire obscur dans l'humidité chaude. Je discerne une antichambre et, plus loin, une caverne. Je m'assois et sursaute : en face, une créature étrange est tapie, repliée sur elle-même, dans une anfractuosité. Ma présence la déloge vers la caverne où elle disparaît. Ce doit être le chammam du lieu, me dis-je pour me rassurer.
Un type entre et pose son cul sur le banc, à côté de moi. Il a une trique du feu de Dieu, vertigineuse, qui me brûle les yeux. Il soupire d'impatience, se lève à plusieurs reprises pour aller essuyer la buée sur la porte vitrée, et reprend son siège, le mien finalement, mais je ne tombe pas à ses pieds pour le sucer. Au contraire, je l'agace par ma placidité.
Des jeunes arrivent dans le coin délaissé par le chammam, faufilé au profond de sa caverne de brume. Ils s'embrassent et, rapidement, s'échappent vers une chambre, à l'autre bout du sauna, c'est ce que je les entends dire.
L'homme a la longue queue en a marre d'attendre, il s'enfonce dans l'obscurité, par delà l'antichambre. J'entends bientôt des râles et le claquement de burnes contre la chair. Un homme obèse et chevelu passe alors devant moi et rejoint directement la caverne ; je me décide à le suivre. Je n'y vois goutte, ni les murs ni les bancs carrelés. Je ne sens que le sol sous mes pieds et la peur au bout des doigts. Je veux caresser des seins. C'est à cette pointe là que je désire m'aventurer, pas au téton velu et gras d'un homme qui me mettra le cul à l'index ! Je continue pourtant d'avancer sans que rien ne me dise que je suis dans un cul de sac. L'endroit paraît sans fond. Avant de le toucher, je m'en retourne. Ça sent la bite ! Une bonne douche froide, et on n'en parle plus. Je rends mon bracelet de casier sans la capote : je veux me couvrir au yeux de l'hôte d'accueil, lui signifier que j'ai bien saisi la raison d'être de ce lieu. Mais c'est pas le genre de couverture qui m'innocenterait devant ma femme, alors je laisse le préservatif sur le premier banc, dehors ; il paraît qu'une femme peut devenir enceinte rien qu'à s'y asseoir ! Cherchez pas la blague, c'est vrai, point à la ligne.
Je déambule dans le quartier jusqu'à passer devant le cabinet de ma thérapie de groupe, où je me questionne sur mon orientation sexuelle depuis quelques mois. Le fléchage me dirigeait vers l'homosexualité, mais après l'expérience de cet après-midi au sauna gay, je décide de ne plus suivre cette espèce de thérapie de conversion inversée à la mords-moi le noeud. J'écrirai un livre à la place, où je ferai mon coming-out en tant qu'écrivain. Je l'appellerai Point-virgule, et le commencerai par cette phrase qui me vient à l'instant : « Que je bande reste un mystère à éclaircir. »
Je songe alors que le prénom de ma femme est l'anagramme d'Éros. Ma femme s'appelle Rose. Elle est la personne la plus indiquée en ce qui me concerne ! Je m'appelle Eddie, Eddie Lestienne, enchanté. Pourquoi ne lui ai-je pas présenté mes envies, au lieu de venir me perdre là où l'acte sexuel n'a plus rien d'intime parce qu'il se passe de mots pour ne pas se dire ? Vraiment, il est grand temps que j'écrive ! Ce roman mettra les points sur les virgules !
Plus tard, j'avoue mon fantasme à Rose : j'ai envie d'elle qu'elle m'encule. Je, avec mon saut homme, mise sur son amour. Le désir ne peut être que là où il se parle. Parler n'est pas contractualiser. Parler c'est s'ouvrir à la parole. J'ouvre à la parole mon cul, et c'est un peu pour me la péter, mais pas plus haut que ne l'ont fait Verlaine et Rimbaud.
« — C'est pas parce que tu en as envie que je vais le faire. » C'est resté plan-plan quoi, mais l'aventure pouvait enfin commencer.
Un jour, on pénètre dans un sex-shop, par curiosité. Je vois un plug anal tellement gros qu'à l'imaginer à l'intérieur de mon cul je bande dur. Je le dis à Rose qui glisse plus vite que ma braguette vers le sol et, agenouillée dans le rayonnage, elle me prend dans sa bouche, jusqu'au fond de sa gorge. Mes maux prennent fin sur le bout de ses lèvres. Je lui glisse à mon tour les mots qui l'excitent et alertent la vendeuse du magasin. « — J'adore ta bouche baveuse, tu sens comme ça coulisse ? Avale-moi ! » Le coup de semence me sort de la perdition où je m'étais égaré.
Rose me prend la main et la glisse dans sa culotte mouillée. La vendeuse nous demande de cesser sur le champ, « — Mais j'ai besoin de connaître les dimensions de sa chatte pour savoir quel diamètre de plug choisir, à moins que vous ne vouliez que je vous passe la main ? » Elle court descendre le rideau de la boutique, de toute façon sur le point de fermer. Pendant ce temps, après un, deux, trois doigts engouffrés j'en glisse un quatrième dans le vagin de Rose. Pour me donner un coup de pouce, elle se met à quatre pattes, sous l'œil désormais lubrique de la vendeuse. Je m'enquiers auprès d'elle d'un lubrifiant : la tête des métacarpes de mes doigts ne franchit pas la vulve de Rose. La conseillère en rayon satisfait à ma demande et m'enduit elle-même la main de gel. Je l'embrasse pour la remercier et lui dis de se mettre cul nu, de prendre appui sur une étagère et de se pencher en avant, au-dessus de Rose dilatée dans le plaisir et ses soulagements de plus en plus profonds. Son con m'aspire littéralement la main, jusqu'au poignet qui dégouline de cyprine et du mélange aqueux. Mon poing occupe l'espace intérieur, soyeux et tendu, mon os et ma chair. Je pose ma main libre sur sa fesse pour la fister plus intensément tout en léchant le trou du cul sucré de la vendeuse. Rose assez en a et se retire. Mes deux mains rejoignent les fesses de la vendeuse que j'écarte et resserre et claque. J'embrasse à pleine bouche son anus, je bave et crache dessus ; je me pourlèche de son cul comme la Bible de ses versets, selon l'expression de Henry Miller. La vendeuse s'accroche aux sex-toys qui dégringolent des gondoles. Je lui tombe dessus et l'encule tandis que Rose m'enlace par derrière, appuyant son pubis et sa toison contre mon fondement. Elle accompagne mes mouvements, les ralentit pour qu'ils ne soient jamais brusques. La vendeuse se touche le clitoris et bientôt râle de plaisir cette fois. Mon vit vibre. Rose s'agenouille à nouveau et le taquine de sa langue, bientôt rejointe par celle de la vendeuse. Elles s'embrassent autour de ma queue qui devient une langue de feu qui tout à coup et coup sur coup jacule, dans un acte théâtral, des tirades d'un trait ! Je vois les étoiles et m'allonge à terre. Rose et notre amante s'étendent à mes côtés ; je baigne dans la douceur du langage bordant les chairs alanguies de nos ébats.
Sébastien Delannoy
CONCOURS-2026-063
Jeter les clés de l'entrée
Elle pose le trousseau dans la gamelle sur le meuble de l'entrée, accroche son sac à main et sa veste à la patère, se débarrasse de ses escarpins, qu'elle balance théâtralement en direction des chaussures bien alignées au pied du banc. Elle se fige. Tente de se concentrer sur les signaux que lui envoie la partie la plus éloignée et inaccessible de son cerveau : celle qui loge l'intuition.
Un truc cloche.
Elle rembobine le film de son arrivée dans l'appartement. Ouvrir la porte, déposer les clés, sac à main accroché, veste itou, escarpins balancés, chaussures bien alignées. Non, pas exactement. Premier indice : une paire de chaussures est en bordel, précisément des mocassins, pas du tout alignés, contrairement à la paire de tatanes qu'il enfile invariablement dès lors qu'il pose un pied dans leur intérieur, il entrerait dans son appartement dévoré par les flammes qu'il prendrait le temps de retirer ses chaussures et de bien les aligner et d'enfiler ses tatanes. Alors la paire du dehors qui côtoie celle du dedans, c'est techniquement impossible, d'autant qu'une des deux paires n'est pas du tout alignée, d'autant que des mocassins dans leur appart, c'est humainement pas possible, d'autant qu'elle n'a pas « ouvert » mais « déverrouillé » la porte, nuance ! Il ne la verrouille jamais, du moins pas quand il rentre, il sait qu'elle arrive un quart d'heure après lui alors il lui épargne cette corvée de devoir sortir son trousseau, il lui fait gagner une trentaine de secondes, il est ce qu'on appelle – ce qu'il appelle – bienveillant. Mais là elle a passé au moins deux minutes à chercher ledit trousseau, oui, ça lui revient, comme lui revient l'absence de sa veste à lui, sur le cintre pendu à la patère à eux, et comme lui revient l'image fugace d'un éparpillement de tissus au bout du couloir, juste devant la porte de leur chambre, des tissus qui, si l'on ralentissait le rembobinage et que l'on zoomait la zone, pourraient très bien s'apparenter à une veste d'homme, d'un côté, et à une petite culotte de femme, pas bien loin, vraiment pas bien loin non plus de la porte de la chambre conjugale de laquelle s'échappent des râles, des ahanements, des halètements, oui, maintenant qu'on nous l'a dit et qu'on tend un peu l'oreille, on jurerait que c'est en train de baiser comme des bonobos, là-dedans.
Une autre partie de son cerveau a pris le relais tandis qu'elle épie les bonobos à l'œuvre.
Elle ne reconnaît pas cette façon qu'a la femme d'épancher son désir, elle est sûre qu'elle-même n'a jamais été aussi démonstrative, aussi sincèrement et naturellement expressive. Comme si la femme profitait juste de… De quoi ? D'ailleurs elle ne connaît pas non plus cette position à laquelle ils s'adonnent. En revanche elle identifie immédiatement le regard que lui lance la femme tandis qu'elle reçoit de l'homme – homme qu'elle est certaine de n'avoir jamais croisé, pas plus qu'elle n'a déjà croisé des mocassins dans leur appart. Pourtant, il a un visage caractéristique, un portrait-robot de tous les hommes qu'elle n'a jamais pu posséder.
Son regard à elle, elle le remet quoiqu'elle ne l'a jamais vu ainsi ; ces yeux langoureux, qui jouent à être sauvages mais captifs, implorants mais résolus. Et puis ces seins que l'homme effleure de la langue, elle ne les a jamais aimés, mais en cet instant, aiguillonnés par la langue du portrait-robot, ce sont les seins les plus majestueux qu'elle ait jamais vus. Et puis ces fesses ne sont pas si plates qu'elle le pensait, maintenant qu'elle les voit empoignées par l'homme aux mocassins. Et que dire de cette bouche, sinon qu'elle est parfaite, les lèvres sensuellement pincées et mordues au moment d'accueillir l'orgasme, une bouche qu'elle voyait charnue mais qui se dessine charnelle ?
Quelle partie de son cerveau prend le contrôle au moment où sa culotte glisse et rejoint celle de la femme, par terre dans le couloir, juste devant la chambre conjugale ? Quelle zone grise guide ses doigts entre ses cuisses, vers cet autre couloir, et lui suggère de participer à ce spectacle vivant ? Cette femme, son visage, son regard, son corps, aucun doute n'est permis, c'est elle.
Elle jouit en se regardant jouir.
La femme reprend son souffle, rouvre les yeux et tend une main pour l'inciter à s'approcher. En étant attentif, c'est un peu plus que ça : elle l'invite à se joindre. En analysant encore mieux, elle lui demande de remplacer. Alors la voilà qui s'approche, qui se joint, et, comme une évidence, qui remplace. Elle se surprend à prendre du plaisir avec cette chose assouplie dans la bouche, qu'elle suçote comme on soufflote sur les plumes d'un oiseau tombé du nid, pour lui insuffler la force. Et lorsque la magie opère, que l'oiseau renaît phénix, c'est encore plus miraculeux de constater qu'elle vient de donner à cet homme, comme elle a si souvent donné à l'autre, mais qu'elle a pourtant réussi à prendre, pour elle-même. Elle aurait pu y croquer de gourmandise.
Mais déjà les rôles s'inversent. Sans cérémonie, la langue du portrait-robot à mocassins est entre ses cuisses. Ce n'est pas râpeux et technique comme ce qu'elle connaît, qu'elle a souvent comparé à un chat qui ferait sa toilette. C'est aventureux, intrusif, immersif. Une marée, qui gagne lentement un rivage, qui la remplit d'un plaisir étranger, puis qui la vide de tout, la naufrage, la rejette sur un sable inconnu, l'abandonne exsangue de son ancienne vie.
Et puis les choses se déplacent encore, se trouvent sans s'être cherchées, se produisent dans l'ordre le plus naturel de la marche de l'Univers, c'en est troublant de simplicité, un ratio investissement/rentabilité qui ferait pâlir n'importe quel libéral. Et tout cela se concrétise sous le regard passionné de la femme, qui observe en se mignardant.
Mais cette psyché se voile, le reflet se floute, la femme s'estompe. Elle le jurerait, la femme va bientôt disparaître. Leurs yeux s'accrochent pour une dernière étreinte sororale, pourtant la femme est de moins en moins visible, de plus en plus éthérée. Au moment de s'effacer définitivement, la femme parvient à articuler un long silence. Elle, elle vient d'apprendre à décrypter le langage des lèvres charnelles. Et le message est limpide mais brutal : « Le désir est parfois incompris, même pour soi-même ».
La sortie des limbes est un atterrissage d'urgence, le contact avec le sol lui gifle les sangs.
À terre, toutes les parties de son cerveau semblent tenir une assemblée générale de copropriété. Un consensus paraît se dégager : Meuf, ressaisis-toi ! T'es juste en train de lire un aphorisme sur un emballage d'Apéricube. La prochaine étape, c'est quoi ? Te faire tatouer Carpe Diem sur la clavicule et porter des épaules nues en toute saison ?
L'homme-mocassins n'a pas eu le temps de ronfler après le second tsunami, il s'est évaporé comme s'est dématérialisée la femme charnelle. Les deux bonobos sont descendus de l'arbre, le syndic de copro du cerveau a déserté sans avoir validé les comptes, alors c'est seule avec elle-même qu'elle s'observe avec elle-même dans le miroir de la coiffeuse. Et la certitude de ces deux-là se renforce au moment où elle entend claquer la porte d'entrée, puis claquer des clés dans une gamelle de meuble de l'entrée, puis claquer un cintre sur une patère, plus claquer un tonitruant « C'est quoi toutes ces godasses pas alignées ? »
Une partie de son cerveau, minoritaire en tantièmes mais qui possède pourtant le monopole d'elle-même, propose d'ajouter un point à l'ordre du jour : « Entre le fromage qui colle à l'emballage et la languette qui flingue la moitié du message sur sa hauteur, la non-compréhension du désir est définitivement illisible. On parvient malgré tout à préserver les mots pour soi-même. Qui vote pour ? »
Elle lève la main. Une main dont elle n'avait jamais tant apprécié le parfum.
CONCOURS-2026-071
Rien de plus naturel
Comment naissent les attirances ? Qui peut se souvenir du jour exact où il a compris son orientation sexuelle ? D'ailleurs, qui est cette personne qui a créé une étiquette selon là où le cœur décide d'aller ? Voici des réflexions que ce fait souvent Thomas en pensant à son homosexualité, c'est un sujet auquel il cherche des explications, mais il sait pertinemment que les attirances du cœur sont la force attractive entre deux âmes. Pendant qu'il admirait le corps nu de son ami sur la botte de foin, il repensait à ce qui s'était passé quelques heures plus tôt entre eux.
C'était le début d'après-midi. Lui et son pote Axel avaient décidé de passer l'après-midi ensemble. Son papa étant agriculteur et voulant marcher sur ses pas, il travaillait pour lui. Du haut de ses dix-neuf ans, il vivait encore chez ses parents, dans une caravane qu'il avait installée dans la cour, au plus grand plaisir de sa mère, qui ne voulait pas voir son bébé quitter le foyer familial. Thomas ne savait pas encore qu'il allait tomber amoureux d'un homme qu'il voyait depuis des années maintenant. Son ami avait le même âge que lui, les deux garçons s'étaient rencontrés au collège; ils étaient devenus des amis inséparables, de leurs douze ans jusqu'à aujourd'hui. Ni lui ni son pote ne ressentaient quelque chose de plus fort qu'une amitié, même si Thomas était encore puceau et que la gent féminine ne l'avait pas plus intéressé que ça. À aucun moment, il n'avait douté de son orientation sexuelle; en fait, il s'en fichait. Pour Axel, c'était différent. Selon lui, il enchaînait les filles, c'était un véritable Don Juan; chose que Thomas ne croyait pas, car il semblait peu renseigné sur le corps des femmes pour un homme expérimenté.
Il était quatorze heures lorsque le papa a demandé à Thomas d'aller labourer l'un des champs pour préparer la future semence de pommes de terre. Axel, qui était arrivé à midi pour manger avec son pote, vint s'asseoir à côté de Thomas dans le tracteur, et ils partirent tous les deux, seuls, dans un champ au milieu d'autres champs, l'intimité la plus merveilleuse en pleine nature.
Axel avait un univers différent de celui de son ami, il était comédien et faisait quelques missions d'intérim dans une usine de cosmétiques quand il ne pouvait pas compléter ses heures. Il faisait aussi beaucoup de sport; entre course à pied et musculation, c'était un homme qui aimait prendre soin de lui et de sa santé. Pour lui, l'attirance envers les garçons avait commencé alors qu'il était adolescent. Issu d'une famille fermée sur le sujet, il gardait le secret depuis des années et vivait des aventures avec des hommes en général plus âgés que lui, qu'il transformait en femmes dans ses anecdotes. Pour lui, ça ne faisait aucun doute, il aimait les hommes qu'il trouvait supérieurs à lui, que ce soit par rapport à l'âge, à la taille, au poids, ou au comportement viril. C'était un garçon mince et imberbe qui préférait tenir la position de passif au lit.
Alors qu'il se réveillait doucement sur sa botte de foin, il admirait Thomas avec un grand sourire et se rendit compte après toutes ses années, que Thomas avait tous les critères. Il était viril ; comme la plupart des agriculteurs, il avait de la force, c'était un Hollandais d'un mètre quatre-vingt-treize, arrivé en France la même année où il avait rencontré pour la première fois Axel, qui allait lui apprendre à bien parler français. C'était un joueur de rugby qui avait le gabarit à l'image de son sport et de son métier.
«Pourquoi je m'en rends compte que maintenant ? »
Axel était comme hypnotisé par le pénis de son ami, cette fois-ci, il pouvait l'admirer librement avec passion. Il avait eu l'occasion à plusieurs reprises de le voir lors de soirées arrosées, en se changeant, ou en urinant tout simplement dans la nature. Mais à ces moments-là il devait garder le contrôle pour ne pas griller sa couverture et qu'on ne le soupçonne pas d'être ce qu'il était vraiment. Mais maintenant il n'avait plus besoin de cette couverture de malheur.
Son sexe était plutôt bien membré ; il allait parfaitement bien avec son corps, même si lui non plus n'était pas à plaindre en termes de taille. Les deux garçons se regardèrent avec des yeux d'amour. Ce fut plus fort qu'eux: Thomas s'allongea à côté de son ami et le tira par le bras pour lui faire comprendre qu'il voulait qu'Axel s'allonge sur lui. Leurs lèvres se rejoignirent; parfois, c'était leur langue qui dansèrent ensemble pendant qu'une érection se réveillait des deux côtés, en ressentant la douce sensation de la peau collée à celle de l'autre. Pour apporter plus de sensation, Axel, qui avait son pénis sur celui de Thomas, se mit à serrer les fesses en poussant vers l'avant pour les frotter l'une contre l'autre, Thomas ouvrit grand la bouche et plissa les yeux, donnant la confirmation qu'il avait aimé l'initiative de son amoureux.
Les deux hommes ne voulaient plus se lâcher, leurs âmes n'en formaient plus qu'une. Thomas découvrit toutes ces sensations pour la première fois; pour lui, un nouveau monde s'ouvrait. Mais c'était aussi le cas d'Axel, lui qui n'avait connu que des aventures sexuelles découvrit le véritable amour. Les sensations n'étaient pas les mêmes, elles étaient plus fortes, plus intenses, plus poétiques, plus spontanées…
Doucement, Axel descendit en glissant sur le corps de Thomas. Il jeta un œil à son pénis avant de le regarder dans les yeux et d'y esquisser un léger sourire sur le côté. Il comprit immédiatement ce qu'il voulait, alors il ferma les yeux, mit les mains derrière la tête, et prit son pied en sentant la chaleur de la bouche d'Axel qui enveloppa le gland et glissa jusqu'à la hampe. Il attrapa ses mains et les sensations semblaient être meilleures encore, la bave qui coula sur ses testicules les fit remonter, provoquant des à-coups qui lui firent relever les fesses. Tous les deux avaient les yeux fermés, concentrés à ressentir les sensations. Ils se rappelèrent de leur rapport sexuel dans le champ.
Alors qu'ils parlaient de tout et de n'importe quoi, une simple main d'Axel posée sur la cuisse de son ami réveilla un désir. Thomas, qui conduisait le tracteur, fut pris d'une érection qu'il ne contrôlait pas. Son cœur battait tellement fort qu'il dut arrêter le tracteur de peur de faire un malaise. Ils étaient maintenant au milieu du champ. Axel écouta le doux plaisir du champ de la nature après que le moteur du tracteur eut cessé son vacarme, il n'avait pas vu son ami recroqueviller sur lui-même.
– Tu fais déjà la pause ? Ça m'étonne venant de toi !
Thomas lui répondit essoufflé, Axel se rendit compte à ce moment-là que quelque chose n'allait pas.
– Je ne sais pas ce qui m'arrive mais… J'adore sentir tes contacts physiques aujourd'hui.
Il regarda Axel avec un regard chargé de désir, très vite le regard naïf d'Axel devint le même que celui de son pote. Son cœur se mit également à battre la chamade, des papillons lui parcouraient le bas du ventre et passaient par les fesses, il tourna les yeux vers l'entrejambe de son ami et vit la bosse prête à jaillir du pantalon. Il mourrait d'envie de toucher à son pénis, mais Thomas semblait hésiter à aller plus loin.
– Je ne comprends pas ce qui m'arrive, le simple fait de sentir ta main me toucher a éveillé un désir en moi que je n'arrive pas à comprendre, je meurs d'envie de t'embrasser.
– Il n'y a rien à comprendre Thomas, le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Aujourd'hui, une amitié particulière va renforcer nos liens à jamais.
Et c'est au beau milieu du champ du papa de Thomas qu'ils firent leur premiers baisers, mais pas que. Axel se déshabilla tout en continuant à embrasser l'homme de sa vie, celui-ci fit de même, il sortit son pénis qui allait bientôt exploser la braguette. Axel saisit le pénis de Thomas entre ses mains, puis commença à faire des va-et-vient avec, Thomas, qui n'était pas expérimenté, ne faisait que copier son petit copain, mais Axel ne voulait pas que ce soit de son sexe qu'il s'occupe. Alors il lui prit les mains, mit l'index de la main dominante de Thomas dans sa bouche afin de l'humidifier. Les deux hommes étaient maintenant complètement nus, il alla s'asseoir sur les genoux de Thomas, toujours en tenant son doigt, puis il leva le bassin et enfonça l'index de son ami là où il éprouvait le plus de plaisir, tout en continuant de s'embrasser. Il caressa son pénis pendant qu'il sentit son doigt monter et descendre en lui. Enfin, pour terminer leurs ébats, Axel, qui avait goûté aux lèvres de Thomas, décida de goûter autre chose. C'était la toute première fellation qu'il lui faisait avant de recommencer sur les bottes de foin. Le pénis étant assez humide, il retira le doigt et il s'unirent de la manière la plus belle que l'homme est capable de faire, dans une extase la plus totale. Thomas expulsa tout son désir en son chéri, les deux garçons étaient épuisés, mais remplis de bonheur. Ils restèrent quelques instant enlacés à ressentir leurs corps nus, pour faire rentrer un peu d'air et évacuer l'odeur de leurs ébats amoureux, Thomas avait ouvert la porte. Le vent caressa leurs peaux, et parcourut délicatement les fesses d'Axel. On aurait dit que la nature voulait participer à ce moment si spirituel, si beau, si agréable. Après s'être rhabillés, il terminèrent de labourer le champ puis partirent se reposer sur des bottes de foin dans la grange des vaches. Thomas savait qu'ils ne seraient pas surpris ici, alors il proposa à Axel de faire une sieste, histoire de se remettre de leurs émotions.
Et c'est ainsi qu'une belle histoire d'amour entre les deux hommes naissait, elle arriva de manière naturelle dans un environnement naturel. Ils découvrirent la beauté de la nature de l'homme : l'amour.
Fin…
Stephen Esnault
CONCOURS-2026-073
S'ils ne sont plus personne
Il m'a ôté la vue et l'ouïe, d'un simple bandeau et d'un casque anti-bruit.
Je suis dans une bulle noire et silencieuse. Debout, nue au milieu du néant. Je frémis d'appréhension.
Tout commence en moi. Mon cœur bat, un rythme continu et sourd. Je déglutis, ma salive est assourdissante. Les seuls sons viennent de moi, de ma chair. Le sang pulse à mes doigts et à mes lèvres. L'air est la première chose qui me touche. Il m'enveloppe comme la nuit, comme le regard d'Evan, quelque part à côté de moi. Je suis prête, j'ai hâte. Aujourd'hui j'accepte son rythme à lui.
Ses paumes se posent sur mes épaules. Chaudes, lourdes, leurs pouls. Ce simple toucher irradie mon corps d'envie, mes jambes tremblent et mon sexe devance déjà la suite. Les mains descendent, effleurent mes seins, ma taille, mes hanches.
Elles me serrent, me tiennent, me retiennent.
Vient ensuite sa bouche. Sa langue s'enfonce, éclair net et immédiat. Un gémissement m'échappe et résonne partout en moi. Evan m'accompagne doucement sur le lit sans rompre le contact. Les draps glissent sous mon dos et l'odeur de son parfum me remplit. Une note boisée, acidulée où je découvre également de la vanille. Mes narines fouillent l'air, cherchent, réclament. J'en veux plus, je veux du sale, je veux son musc.
Ma peau entière est devenue érogène. Ses mains entre mes cuisses suffiraient à me faire venir ; ses doigts entrent, lents, et je perçois tout, jusqu'aux replis les plus secrets de moi.
Manque le goût.
« dans ma bouche »
Je crois murmurer. Peut-être ai-je crié. J'attends.
Deux doigts ouvrent mes lèvres et se posent sur ma langue.
Je les suce et me goûte pour la première fois : une acidité qui me cabre aussitôt. Maintenant, je le veux lui. J'ouvre grand la bouche, je me cambre, je veux qu'il comprenne.
Rien ne bouge. Je ne sais plus ce qu'il fait, ni où il est. Sa peau a quitté la mienne et tout mon corps se tend vers ce vide. Où es-tu ?
Je devine une présence, tout contre mon visage.
Son gland, doux et lisse, frôle la commissure de mes lèvres, juste sous mon nez. Ma langue sort pour le cueillir, pour le guider en moi. Jamais je ne l'ai autant connu : la saveur, la forme, chaque détail. Il emplit ma bouche ; ses bourses roulent de part et d'autre de mon nez. Je sens tout, je respire le moindre grain de sa peau, sa sueur, son intimité. Ces odeurs, je les connais, mais dans le noir, sans rien pour me distraire, elles deviennent immenses, souveraines.
Il se retire. Me retourne. Me déplace. Je perds le sens des choses, son corps, le mien. Sa main retrouve mon sexe et ses doigts pressent, accélèrent. La jouissance monte…
Et il s'arrache à moi d'un coup. Net. La perte est cruelle.
Je suis seule. Seule sur ce lit sans contours. Le calme retombe ; je n'entends plus que moi et mon cœur qui bat plus fort. Je reste offerte, jambes tendues, suspendue à la prochaine sensation. Je ne vois pas Evan, je ne l'entends pas. Je ne peux que le deviner, proche, à quelques centimètres. Le matelas bouge.
Ma bouche se remplit de salive. Je déglutis. J'attends. Mon sexe salive également. Plus le temps s'étire, moins je sais ce qui va se passer, plus j'aime ça. Ses mains écartent mes cuisses, plus fermes cette fois. Je ruisselle. Que va-t-il glisser en moi ? Sa langue, ses doigts, son sexe, autre chose ? L'ignorance me fait exploser du dedans.
Puis, derrière ma tête, un mouvement. Nous ne sommes pas seuls. Quelqu'un est là. Mon sang pulse plus fort, je tremble, mon sexe supplie. Ce n'est pas la présence qui me trouble, c'est l'anonymat. Je hume ce corps qui attend derrière moi. Odeur d'homme, de femme ? Le désir est parfois incompris, même pour soi-même.
Ils attendent. Je dis oui. Je dis allez-y. Je dis faites de moi ce que vous voulez.
La bouche inconnue se pose et m'embrasse. Une langue que je ne reconnais pas. Le plaisir me traverse. L'odeur est douce, neutre, un savon. C'est encore mieux. Je ne veux pas savoir, je ne tends pas les mains, je tends le corps. La bouche descend sur moi, court sur ma peau, mord mes tétons, happe mes lèvres, pendant qu'Evan me prend. Je n'invente aucun visage. Derrière mes paupières, seulement des éclats. Le plaisir soudain, se met à avoir des couleurs.
L'orgasme est proche. Une autre paire de mains, inconnues elles aussi, ne serait pas de trop, mais ces quatre-là m'enivrent déjà. Puis ce corps s'écarte, juste à l'instant où j'allais venir. Evan s'arrête à son tour, son sexe encore en moi ne bouge plus. Ses mains m'abandonnent. Que se passe-t-il, là, dans ce noir que je ne partage pas ? S'embrassent-ils ? Se parlent-ils ? M'ont-ils oublié ? Mes gémissements ont des tonalités de suppliques. Je suis là. Disent-ils. Restez. Revenez.
Alors le second corps se pose sur moi. Une odeur douceâtre et humide au-dessus de mes lèvres. Une femme. Prête à être goûtée. Elle promène son sexe sur mon visage pendant que sa langue descend. Elle me lèche en même temps qu'Evan me reprend et le plaisir bat la mesure à deux endroits, en cadence. Qui est-elle ? Brune, blonde ? Peau claire, mate? J'aime ne rien savoir. Ses seins, je les devine seulement, un peu lourds sur mon ventre. Mais son goût, lui, est franc. Quelque chose de vif, de métallique, de vivant, que je n'attendais pas. Je cherche en vain des correspondances, ma langue s'y égare. Je ne sais plus où se trouve mon propre corps tant les sensations viennent de partout. Je gémis sous chaque à-coup, sous chaque coup de langue et je n'entends que moi. Ma propre voix vibre dans ma poitrine, grave, ample, aussi vaste que la jouissance qui vient.
Seule dans le noir avec cette voix, et pourtant couverte de leurs mains. Toutes ces mains, cette peau, ces sensations, je ne contrôle rien. Je ne sais pas qui elle est, d'où elle vient, comment elle s'appelle. Je ne sais pas ce qu'ils me feront ensuite, je ne sais pas quelle sera la prochaine sensation.
Je ne sais rien sinon que je sens tout, ici, maintenant, eux, qu'importe qui ils sont. Surtout s'ils ne sont personne. Je crie, je viens.
Leurs deux corps se détachent, se retirent ensemble, et le silence retombe. Ne restent que mon souffle et mon cœur. Je palpite de partout. Sous mes paupières, un rouge monte, profond, brûlant, et s'y installe. Personne, autour de moi. Reviendront-ils ? Je suis seule dans ma bulle. J'attends la suite. Ma main se tend vers le casque. Elle s'arrête. Je ne veux pas savoir.
CONCOURS-2026-075
LA PEAU DU SILENCE
Je fis sa rencontre un soir d'été, lorsque la lune timide, vêtue de son ample manteau, s'était recroquevillée derrière des nuages boursouflés d'ombre.
Il est des présences qui, à des moments fatidiques, sans que nous les ayons recherchées, font irruption dans nos vies. Cette rencontre appartenait parfaitement à ces instants.
Fervent adepte des livres, j'avais trouvé refuge au cœur d'une bibliothèque où j'exerçais le métier de bibliothécaire. Je raffolais particulièrement de ces moments où la bibliothèque, noyée dans un silence presque intimidant, redonnait l'usage de la parole à chaque livre. Leurs murmures emplissaient l'air d'histoires oubliées. J'aimais également ses ombres dansantes sur les murs, qui semblaient avoir longtemps conservé des aveux réduits à une poussière infecte, coincée dans leur gorge, impossible à régurgiter.
Il était dix-neuf heures dix lorsqu'elle franchit le seuil de la bibliothèque. Je me souviens de l'heure, car ma montre, comme par coïncidence, avait clignoté pendant une seconde. Je venais de recevoir une notification.
Une chemise noire, un pantalon gris, un ample manteau. Elle était vêtue avec simplicité. Rien de bien extravagant. Rien de particulier qui pût attirer la moindre attention. Contre son gré, elle avait pourtant déjà attiré la mienne.
Elle avançait avec une telle hâte entre les rayonnages que l'on aurait cru que ses pieds ne foulaient pas réellement le sol. Ses doigts glissaient avec délicatesse sur le dos de chaque livre, comme si elle leur adressait des salutations silencieuses.
Ce qui retint mon attention n'était nullement sa beauté, mais cette étrange ataraxie qui demeurait présente jusque dans sa précipitation. Comme pour achever ce tableau, il y avait dans ses yeux cette fêlure propre aux êtres qui n'avaient plus rien à prouver à personne.
— Puis-je vous aider ?
Elle s'arrêta brusquement sans se retourner.
— Êtes-vous à la recherche de quelque chose en particulier ?
Elle se retourna sans geste brusque, puis leva les yeux vers moi.
Je sentis un léger frisson me parcourir l'échine. Son regard me fit davantage d'effet que son sourire.
— Peut-être. Mais je ne sais pas encore quoi.
Je me surpris à échanger avec elle quelques mots. Puis la notion du temps m'échappa. Une heure déjà. Ou peut-être davantage.
Elle s'appelait Lys. Elle revint souvent après cela.
J'appréciais particulièrement sa compagnie : son humour, sa vision du monde, mais également le bagage intellectuel qu'elle transportait. C'est ce que je crus au début. Cela n'avait rien de croquignolesque. Seulement, ce n'était pas tout. Je me surpris à m'attarder davantage sur certains détails : sa démarche, ses paupières légèrement plus larges, le son de sa voix, semblable à une mélodie céleste.
Il est des détails qui, contrairement au caractère anodin que nous leur prêtons, possèdent une force insoupçonnée. Je ne le sus que ce jour-là. Ils ont cette singulière faculté de s'imposer insidieusement. Un sourire fugace. Une mèche de cheveux qui, au gré du vent, se détache des autres. Cette attitude particulière que fait naître la gêne. Ou encore cette manière de chercher ses mots. Rien de bien spectaculaire. Seulement des détails que l'on juge souvent anodins et qui, sans même que l'on s'en rende compte, finissent par se frayer un chemin jusqu'à se faire une place dans notre esprit.
Le désir est parfois une chose étrange. Mais nous l'ignorons. Nous avons tendance à accorder bien trop d'importance à certaines certitudes, comme s'il s'agissait de paroles d'Évangile. Le désir naît bien souvent loin d'un regard, d'une attirance instantanée ou même d'une simple image. Il surgit parfois de ce que l'on ignore : d'une complexité, d'une découverte progressive. Celle d'un être qui devient indispensable.
Un soir, nous restâmes après que tous eurent pris congé de la bibliothèque. Cette dernière semblait respirer. Les couloirs étaient bercés par des murmures provenant des livres. Les rais de lumière qui traversaient les vitres semaient sur le sol des éclats coruscants.
— Tu as toujours peur de montrer ce que tu ressens ?
Je souris, puis baissai lentement la tête.
Je ne répondis pas immédiatement, comme si le silence constituait, à cet instant précis, un besoin vital.
— Pourquoi tu demandes ça ?
Elle détourna le regard. Réfléchit quelques secondes.
— Tu parles des sentiments d'autrui. Mais lorsqu'il est question des tiens, tu perds l'usage de la parole.
Je demeurai pantois. Non pas parce que je n'avais rien à dire, mais parce que sa remarque était juste.
— Et toi ? demandai-je.
Il y eut un court silence.
Puis :
— J'en ai peur.
Elle avait cette manière singulière de déposer, dans chacune de ses réponses, une sincérité désarmante.
Nous étions deux à avancer avec la plus grande prudence vers un monde qui nous était encore inconnu. Nous restâmes assis longtemps sans échanger un mot. Ce silence entre nous traduisait parfaitement ce que nous refusions de nous avouer. Puis il y eut ce geste anodin. Elle posa délicatement sa main sur la mienne. Elle était tiède et douce. Cette simple action contenait une intensité qui, jusqu'à cet instant, m'était complètement étrangère. Je ne retirai pas ma main. Elle non plus. Le tumulte de la ville sembla, en une fraction de seconde, s'être tu. Totalement. Nos corps se tutoyaient. Il y avait une chaleur qui n'avait nullement besoin d'être expliquée.
Au-delà du silence, le corps possédait également cette capacité : celle d'exprimer indirectement ce que les mots refusent parfois de révéler.
Ce fut ce soir-là que la belle de lune s'ouvrit véritablement. Les pétales étaient toujours les mêmes, mais leur texture était devenue profondément différente. Nous n'étions plus au stade de deux inconnus qui s'observaient. Nous étions désormais deux êtres qui avaient commencé à se reconnaître.
Les jours qui suivirent furent marqués par une étrange attitude chez Lys. Ce n'était pas de la désaffection. Son amour ne s'effritait pas ; bien au contraire. Cependant, dès qu'une discussion s'orientait vers son passé, elle détournait son regard du mien. Il y avait davantage de silences, comme si elle craignait de laisser échapper des phrases enfouies dans les pages peu reluisantes de son livre de vie.
Je ne posais aucune question. Je changeais aussitôt de sujet, comme si de rien n'était. J'avais pleinement conscience qu'il existe certaines blessures qui, à l'image des portes, se referment davantage lorsqu'on tente de les ouvrir de force.
Dans le sillage du temps, notre relation changea. Chaque rencontre, chaque mot partagé, chaque silence contribuait à cette lente découverte de l'un et de l'autre. Notre histoire avançait au rythme de deux êtres conscients que la précipitation ne pouvait aucunement écrire l'incipit des choses précieuses.
Lys représentait la couleur manquante de mon arc-en-ciel. Chaque journée passée en sa présence me semblait plus courte, mais également plus étincelante. Avec elle, rien ne relevait de l'acquis, mais plutôt d'une découverte progressive : celle d'une nouvelle facette, d'une nuance encore ignorée. C'est vraisemblablement là que résidait la difficulté qui marquait mes journées ponctuées de son absence.
Un soir, elle m'invita chez elle. Lorsque j'eus franchi le seuil de son domicile, ce qui me frappa d'abord fut l'odeur de son shampoing qui berçait la pièce. Elle appartenait à ces ivresses discrètes parmi les plus nobles. La lumière qui éclairait son appartement était tamisée, semblable à celle que l'on rencontre dans les salles de cinéma. La fenêtre, légèrement ouverte, offrait une vue splendide sur la ville. Le vent soufflait doucement, faisant gémir les rideaux. C'est alors que je découvris une chose : la proximité pouvait se muer en vertige.
Lys se tenait à quelques centimètres de moi. Assez proche pour que je m'enivre de son parfum. Et pourtant, assez loin pour que ces quelques centimètres représentent une épreuve insurmontable. Là, dans cette pièce à la fois exiguë et immense, résidait une attente muette dont l'intensité n'échappait à aucun de nous.
Nous échangeâmes longtemps, au point que la notion du temps nous échappa. Puis vint cette question.
— Crois-tu que l'on choisisse ce que l'on désire ?
Sa question me prit de court.
Je demeurai pantois. Non pas parce que j'avais déjà la réponse. Bien au contraire. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même.
N'en déplaise à certains, il est en ce bas monde des êtres destinés à éveiller en nous une partie que nous avions longtemps ignorée. Il peut s'agir d'une envie qui, à force d'être noyée dans nos habitudes, s'est délicatement refermée dans le repli de nos silences. Lys fut celle qui éveilla en moi cette partie oubliée. Elle ne fit pas de moi un être différent de celui que j'étais. Sa rencontre, fruit d'une heureuse sérendipité, me permit simplement d'être davantage moi-même.
Deux semaines s'étaient écoulées dans ce jardin invisible où nous cultivions notre amour. Le dimanche qui clôturait cette deuxième semaine, Lys accepta enfin de me révéler quelques lignes de son passé.
— J'ai longtemps fui une version de moi-même.
Je demeurai sans voix, la regardant avec une curiosité presque méthodique.
Puis elle secoua doucement la tête.
— Pas ce soir.
Silence.
Les jours s'écoulèrent. Notre histoire ne fut pas un long fleuve paisible. Les grandes passions, souvent, ne le sont jamais. Elle fut un chemin rocambolesque, marqué par des épreuves, des blessures, des craintes que nous avions cru, à tort, avoir enfouies, et des reculs. Cependant, je ne fus jamais traversé par un quelconque sentiment de regret. Car ma rencontre avec elle m'avait confronté à une évidence que j'ignorais : le désir n'est pas seulement une recherche de plaisir. Il est également une quête de vérité.
Un soir, alors que nous étions assis sur un banc, elle me dit :
— Je dois partir.
La tête baissée, je la relevai brusquement.
Je crus à une plaisanterie de mauvais goût. Il n'en était rien.
— Quand ?
— Demain.
Je ne dis rien. Et pourtant, j'attendais des explications.
Soudain :
— Je ne peux pas t'en donner.
Elle baissa ensuite la tête et, d'un revers de manche, tenta d'essuyer une larme qui glissait lentement sur sa joue.
Trop tard. Je l'avais déjà remarquée.
Il n'y eut pas de rupture. Seulement une promesse : celle de nous retrouver si la vie consentait un jour à nous réunir de nouveau.
Des années plus tard, je retournai dans cette bibliothèque. Tout avait changé. Les rayonnages n'étaient plus les mêmes. La peinture grise qui ajoutait une touche énigmatique à la bibliothèque avait été remplacée par une couleur blanche. Je parcourus la bibliothèque de fond en comble. Lys n'y était pas. Et lorsque je passai près de cette fenêtre sous laquelle nous avions échangé nos premiers mots, je ressentis une étrange sensation qui me parut familière. Comme si certaines présences échappaient au temps. Comme si, au-delà de nos mémoires, il existait des rencontres qui demeuraient profondément gravées quelque part. Sur la peau invisible de nos silences, là où demeurent les traces indélébiles d'une douce caresse.
CONCOURS-2026-086
Pim Pam Pim Pam
Lundi 10 août 2026 – 21h00
« Pim Pam Pim Pam, Ping pinchi pam ping », ouais ça roule comme ça ! Allez, on reprend « Pim pam pim pam ping pinchi pam ping tatou tatou da_am…” pas mal comme ça! Nickel cette partie en batterie solo va déchirer et là hop la basse reprend : « bim bim bim bim boom », en redescendant,« bim bim bim boooom ». Je vais faire écouter ça aux potes demain soir.
« Bom Bom Bom Bom »…Ah ça, c'est le pas lourd de mon voisin de gauche, cet espèce de géant de 120 kilos qui doit rentrer de son service de jour, il bosse dans une boîte de sécurité.
Ce type, en même temps je me dis il a pas du tout le physique de l'emploi : immense, lourd : s'il devait courir après un type je crois qu'il ne ferait pas vingt mètres ! Et en même temps…Il est tellement imposant, avec son mètre quatre vingt dix, que personne ne doit lui chercher de noises. Bon allez on reprend…
« Pim Pam Pim Pam »…. »Tchic Tchac, Tchic Tchac »…Mmmh ça ce sont les claquettes vertes de ma voisine d'en face. J'imagine ses fesses moulées dans un pantalon en cuir, une veste en cuir vert qui rappelle ses grôles et dessous un minuscule bustier crop-top crème en dentelle synthétique qui peine à retenir sa très généreuse poitrine…Je devine ses tétons, qui décidément restent cachés sous le bustier. Ah arrête, tu sais bien que c'est pas du tout son style. Chiche je vais voir par le judas, vite je l'entends, elle cherche ses clés dans son sac.
Ouahou, je préfère largement cette version : une petite robe d'été avec d'énormes citrons jaunes, extrêmement fluide. Apparemment, elle ne trouve pas ses clés, elle a posé son sac au sol, mama mia, elle s'est baissée sans plier les genoux, avec cette robe très très courte, j'ai pu distinguer sa petite culotte rose pâle. Tu parles après une journée de travail à faire attention à la manière de marcher, de s'asseoir, de croiser les jambes…Là elle se pense toute seule, elle se baisse, c'est tout. Qu'est-ce que j'aimerais être un chat dont on accepte la présence sans la questionner. Je verrais tout, tout le temps, ces petits gestes du matin et du soir qu'elle fait sans faire attention, avant de rentrer dans ce cadre social qui lui impose de ne pas trop fixer les gars, de serrer les jambes en permanence dans le métro.
Allez c'est tout pour ce soir mon gars, elle est rentrée. Et puis t'as du taff concentre-toi.
Mardi 11 août 2026 -6h00 du matin
C'est un peu dur ce matin, j'ai eu du mal à me concentrer hier soir après…Mais il faut que je termine l'instrumentation de la deuxième piste de l'album. Un petit café noir. Arrête de penser à la voisine ! Je sens mon sexe se durcir dans mon survêtement. Clic, clic, j'entends une porte se déverrouiller. Je ne peux pas m'empêcher d'aller voir au Judas. C'est elle ! Ses cheveux blonds sont lâchés négligemment. Je ne me rendais pas compte qu'ils étaient si longs, elle les attache tout le temps. Ils lui tombent jusqu'aux reins. Ses fesses se devinent sous son large t-shirt et un très court short en coton. Elles sont superbement rebondies. Elle a la peau très pâle, qui a l'air ultra-douce. Eh ! Mais attends une minute, je distingue des tétons sous le tissu : elle ne porte rien dessous. J'ai une envie folle de passer ma main sous ce t-shirt ample pour sentir la fermeté de ses seins, énormes et fermes dans ma main. Elle tient son gros trousseau de clé, son portable… Elle regarde sa tenue, pas de poche. Elle semble avoir oublié quelque chose, elle rentre à nouveau puis ressort quelques secondes après, toujours avec son téléphone et un petit porte-monnaie rectangulaire doré. Elle va certainement à la boulangerie. Elle ne vit pas avec son mec mais il passe certains matins très tôt, il travaille parfois de nuit et doit passer en fin de service, il doit être infirmier ou un truc dans le genre. Elle pose son petit bazar par terre et s'accroupit pour lacer ses baskets. Sa poitrine se comprime contre ses genoux, la faisant remonter légèrement vers le décolleté : qu'est-ce que j'ai envie d'aller enfouir mon visage dans ce nid douillet ! Bam, la porte claque derrière elle. Elle regarde rapidement le petit tas de trucs qu'elle vient de poser par terre à côté d'elle et non il n'y a pas les clés, elles les a négligemment troquées contre le porte-monnaie. Là, elle doit les visualiser, sans doute sur console de l'entrée. Son corps s'affaisse ramenant sa chevelure sur le devant de son visage. Elle est à la porte de son appart' ! A 6h00 du matin.
J'ai envie d'ouvrir la porte et d'aller à sa rencontre mais je la vois qui se relève et s'en va. L'angle de mon judas ne me permet pas de la distinguer très longtemps mais suffisamment pour la voir faire tomber son porte-monnaie qui s'échappe sous le meuble du couloir. Je ne vois d'elle que ses pieds, ses jambes et Oh mon dieu ! elle a dû se mettre à quatre pattes pour récupérer son porte-monnaie sous le meuble. Je peux réellement voir ses magnifiques fesses tendues vers moi et l'espace d'une seconde, je constate qu'elle n'a pas de culotte non plus, en percevant dans un éclair ce qui ressemble à la douce toison de son sexe. Puis tout disparaît. Il faut que je soulage la tension de mon sexe, c'est trop pour moi. Je passe ma main dans mon survêtement et sous mon boxer, je me laisse glisser contre ma porte, je m'assois, dos contre elle, je sors ma queue et commence à me branler doucement, elle est tellement dure ! Je ferme les yeux et savoure, me remémorant tout ce que ma voisine m'a offert depuis hier soir… J'ai un peu perdu le fil du temps, je suis dans mon fantasme, repensant à la petite culotte rose pâle, je ne veux pas aller trop vite. J'imagine que par je ne sais quel courant d'air improbable, sa robe est à ce moment-là rabattue vers le haut de son corps penché pour chercher ses clés dans son sac, laissant apparaître la demoiselle en dessous rose pâle….
Clac ! la porte du rez-de-chaussée. Je me redresse et me recolle au judas, mais cette fois avec le pantalon aux chevilles tenant toujours mon sexe. C'est elle qui revient de la boulangerie. Je la vois arriver avec un sac en craft marron en plus de son porte-monnaie et son téléphone. Evidemment, elle ne cherche même pas à ouvrir la porte. Elle s'assoit elle aussi le dos contre sa porte, en tailleur, et ne garde que son téléphone dans sa main. En tailleur : les jambes écartées ainsi, mon imagination s'enflamme. J'imagine y enfouir mon visage pour inspirer profondément le mélange de l'odeur de son savon avec cette petite odeur âcre de transpiration qu'ont les filles entre les jambes, peut-être pourrais-je ensuite y mettre ma langue, d'abord juste en surface puis un peu plus profondément. Je crois qu'elle attend son compagnon, il doit avoir un jeu de clé, elle n'a pas l'air inquiet, elle est même plutôt détendue. Je la vois poser son téléphone à côté d'elle. Elle regarde à droite et à gauche dans le couloir comme pour vérifier qu'il n'y a personne. Elle étend ses jambes devant elle. C'est pas vrai ! Elle passe sa main gauche sous son T-shirt et commence une lente exploration de sa poitrine. Je devine les mouvements de sa main. Je la vois passer d'un côté à l'autre, les comprimer un peu dans sa main à tour de rôle. Elle enfile sa deuxième main. Elle pose sa tête contre sa porte, les yeux fermés, un sourire se dessine sur ses lèvres. Ses deux mains s'activent sur ses seins, un peu plus entreprenantes. Je devine qu'elle pince doucement ses tétons. Mes mouvements s'accélèrent sur mon propre sexe. Oh la la, elle rouvre les yeux, regarde à nouveau à droite et à gauche. Constatant qu'il n'y a personne, elle soulève son T-shirt pour se regarder : je vois apparaître ses deux superbes seins, qu'elle continue à masser et pincer en maintenant soulevé son T-shirt. Je sens de mon côté que je ne vais plus tenir longtemps, mes mouvements se sont automatiquement accélérés. Mais ça n'est pas fini, elle jette à nouveau un regard à droite et à gauche et descend l'une de ses deux mains dans son short. Elle pose d'abord la paume de sa main sur son sexe, j'en sens d'ici sa douceur et sa chaleur. Puis elle entame des mouvements de caresse du haut vers le bas. Pour moi, c'en est trop depuis hier soir. Je sens que ça vient, que je ne vais pas pouvoir arrêter le flux. Je continue à regarder sans trop savoir ce que je vois, peut-être a-t-elle commencé à enfiler un ou deux doigts dans son sexe mouillé, mais de mon côté, tout jaillit subitement, je ne peux pas garder les yeux ouverts, les pulsions de désir s'emparent de mes reins, mes jambes, mon torse. Je pense que je tape sourdement contre ma porte avec tout mon corps sans m'en rendre compte. J'émets un râle profond et puissant, mais le plus doucement possible. Je serre les dents pour le retenir. Mais elle m'a entendu. Elle tourne la tête dans la direction de mon appart'. Il ne faut pas qu'elle me capte, elle ne comprendrait pas, elle me prendrait pour un tordu : le désir est parfois incompris même pour soi-même. J'ai tout foutu en l'air, elle se redresse vite fait, remet ses vêtements en ordre et de nouveau ce clac ! de la porte du rez-de chaussée qui se referme derrière quelqu'un qui vient d'entrée dans l'immeuble. Alors que je sens mes jambes se ramollir et mon sperme se refroidir sur ma cuisse, je la vois tourner un visage radieux vers son mec qui arrive : il la prend dans ses bras, l'embrasse longuement et commence à balader ses mains sous son t-shirt, son short. Il commence à baisser son short, ce qui me laisse apercevoir une paire de fesses incroyable que je le vois malaxer avec envie. Elle s'écarte de lui en riant, remonte son short en regardant tout autour d'elle. « Pas ici, viens ». Et c'est terminé, je les vois entrer tous les deux dans son appartement, où lui pourra prendre tout son temps pour s'enivrer de ses courbes sensuelles. En fait, c'était un bon début de journée, je me sens en forme. Ça va être vraiment une bonne journée de travail aujourd'hui.
CONCOURS-2026-094
Les volutes de Sangiva
TERAS
Un frisson parcourt mon échine. Je pose mon front contre la fenêtre froide pour contempler la pluie sur les toits de Sangiva. Les doigts délicats s'enroulent autour des miens et les serrent avec affection.
Son souffle, sa chaleur et son assurance m'apaisent. Je respire un peu mieux et mon esprit s'ouvre pour laisser à nouveau entrer la musique. Malgré le rideau pluvieux, j'aperçois la coupole du Conservatoire qui dominent le port. Mon esprit ne peut s'empêcher de construire la mélodie. Le staccato sur les tuiles. Les violons d'ondes dans les gouttières. La rumeur grondante de l'océan. Mentalement, je frotte les cordes de mon instrument pour accompagner le chant de la ville.
Son corps se presse doucement contre le mien. La dureté sensible de ses seins, d'abord. Puis sa joue sur ma nuque. Son pubis qui frôle mes fesses. Puis ses bras qui glissent sur mes hanches, serrent mon abdomen.
– Tout va bien. Tu peux y aller. Tu en as envie.
Leofia me connaît. Presque mieux que moi-même. Les doigts fins qui serraient ma main tout à l'heure explorent la ligne de poils qui descend de mon nombril. Je continue à regarder les ondées couvrir la capitale, feignant d'ignorer la masse de chair qu'elle s'amuse à faire durcir et se dresser devant la fenêtre.
– Tu le dévores des yeux depuis notre arrivée. Et j'aime imaginer ce qui se passera là-bas.
La musique dans ma tête s'accélère, soutenant à la fois le fracas furieux de la tempête et la poigne confiante qui empaume mes testicules et les griffe avec espièglerie.
Elle avait raison. Nous n'étions qu'une douzaine sélectionnés pour cette retraite au Conservatoire. Douze surdoués de la musique. Douze magiciens capables de faire se courber la réalité grâce à la musique. Et parmi ces 12, nous étions 2 violoncellistes.
Cet elfe délicat et froid, au visage en lame de couteau: Felis de Saint-Ange. Et moi, le grand Teras NaKhador, héritier de la lignée NaKhador depuis 15 générations. Premier du nom à refuser l'école militaire de gladiature pour entrer au Conservatoire.
Leofia joue avec mon sexe et murmure à mon oreille les fantasmes que je n'ose m'avouer. Elle aimerait regarder. Ma queue se dresse, lourde et douloureuse; Leofia refuse de ne serait-ce que l'effleurer. Mes couilles roulent dans sa paume et elle mordille mon épaule.
– Tu ne pensais pas qu'il était si bon. Je te regardais pendant la première audition. La seule personne au monde qui pourrait être à ta hauteur… tu n'y croyais pas une seconde. Puis il a serré son instrument entre ses cuisses. Tu bandais, Teras. Sa musique t'a touché, au cœur et … là.
Elle serre mon scrotum et je ne peux retenir une râle de plaisir et de frustration. Diablesse. Je feins de l'ignorer. Elle sait très bien quelles braises elle attise. L'elfe avait fini sa prestation en me laissant en transe, les mâchoires serrées et le désir chevillé entre mes reins. J'étais persuadé d'être le seul à mériter la place de Maître. Cet elfe ne pouvait être qu'un escroc, un népote d'un quelconque tribun. Pas un vrai artiste.
Force est de constater que je m'étais trompé. Et je commence même à douter de mon propre génie.
– Lui t'a invité. Il n'a pas peur, lui. Il t'a demandé de venir le voir jouer dans ses appartements, aux Serres. Et tu as peur, toi. De quoi ? De l'embrasser ou de ne pas pouvoir jouer comme lui ?
Après son audition, Felis était venu moi, avait salué Leofia avec un hochement de tête respectueux.
« Viens à moi. A la tombée du jour aux Serres, avait-il dit d'une voix à peine audible. Elle peut venir aussi, si vous le souhaitez tous deux. »
Il était parti, sans attendre ma propre audition. Sans intérêt pour ce que je pouvais démontrer. Ce diable d'elfe me provoquait sur plusieurs plans.
Leofia lèche mes épaules, suivant le tracé des tatouages de glaives qui ornent mon dos. Ses mains griffent l'intérieur de mes cuisses, laissent mon sexe frustré et fébrile, à dessein.
– Je vais venir avec toi, finit-elle en giflant ma verge avec un éclat de rire.
Peu à peu, la pluie finit de masquer les toits de Sangiva et je ferme les yeux, soulagé d'accepter. Une fois cette porte ouverte dans mon esprit, je sens mon corps se détendre, une légère euphorie monter dans mon ventre. Mais je ne peux pas la laisser voir à quel point elle a raison. Alors je hoche la tête et me retourne. D'une main sûre, je caresse le côté de sa mâchoire avant de descendre sur sa gorge pour la serrer légèrement. Ses yeux mauves s'ouvrent de surprise et elle mord ses lèvres… dont je prends possession. Elle est mienne, autant que je lui appartiens. Et notre baiser ne fait qu'attiser le feu dans mes reins.
LEOFIA
Teras est une âme d'artiste dans un corps de brute. Puissance primale et délicates larmes. Comme un cœur, une masse musculeuse sensible, fébrile qui ne demande qu'à aimer et être aimée. Et j'ai eu la chance de le choisir.
Comme toutes les patriciennes, j'ai été formée au plaisir et aux magies érotiques. Je connaissais déjà mon besoin de soumission et mes envies de domination quand nous nous sommes étreints pour la première fois. Mais ce n'était pas son cas. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Aussi, j'ai pris sur moi de le guider sur les chemins de sa propre fantasmatique. Le musicien timide découvrit que, malgré sa réticence pour la violence, prenait un pied monstre à me mordre ou me griffer… surtout lorsque j'étais attachée. Accepter cette part bestiale de lui fut une épreuve. Mais nous avons réussi, pour notre plus grand plaisir, à jouer dans cette arène de stupre. Des jeux avec un temps et un espace, des règles et des sécurités. Où nous pouvions être qui nous voulions.
Mon plus grand fantasme a toujours été de le voir avec un mâle. Nous en avions parlé de nombreuses fois. Et si lui aimait ces jeux, je sentais que franchir le pas semblait encore bien utopiste. Mais je savais que ça faisait partie de ses désirs à lui, au moins autant que des miens. Je me frottais à lui en murmurant des scènes de gladiature virile, où la sueur faisait glisser les corps les uns contre les autres ou d'autres orgies où j'aurais à servir deux seigneurs qui finiraient par se prendre au-dessus de mon corps de servante enchaînée…
Cependant, je dois bien admettre qu'une pointe de jalousie marqua mon cœur quand je le vis se raidir (littéralement) sous la musique de Felis de Saint-Ange. Il en parlait depuis des semaines comme d'un arriviste sans talent, un usurpateur. Oh, je connais bien son nom, fulminé et honnis. Mais quelque chose avait basculé dès les premières notes. J'ai senti son souffle s'accélérer et une humidité nouvelle couler entre mes cuisses. C'était lui. Oui, ça allait être lui. Et pour rien au monde je ne manquerai ça.
FELIS
Etre le fils d'un patricien a ses avantages. Mes appartements comprennent la Serre du palais. Mes fenêtres s'ouvrent sur une jungle domptée, peuplée d'ocelots, et de quetzal dont le chant inspire mes créations.
J'étais nerveux. Au cours des dernières années, j'ai assisté à plusieurs représentations du grand Teras NaKhador. Sa musique avait pénétré mon âme et j'avais sû, dès que mes yeux s'étaient posés sur lui, qu'il serait mien. Je le voulais autant que je voulais sa musique. Et si je suis aujourd'hui au Conservatoire, c'est à la fois grâce à lui et pour lui..
Un sortilège de surveillance m'informe de leur présence. Un simple regard dans le grand miroir ornementé de dragons me permet de vérifier ma tenue d'académicien, à la fois sobre et majestueuse, dont les décorations de musicien ducal d'or et d'émeraude réhaussent les tons sombres. Et sans attendre, composant mon attitude, je m'installe pour jouer. Si pendant l'audition, les effets magiques ne devaient pas influencer le public, ici je n'avais pas à me priver et dès les premiers accords, la réalité autour se mit à miroiter. La bruine du cours d'eau artificiel se mit à créer des arc-en-ciel et plusieurs ocelots viennent écouter mon ode au désir.
Mes doigts serrèrent le manche du violoncelle et je pose ma tête sur la volute. Ils me regardent. Je dois montrer que je suis à leur hauteur. Mieux, ils peuvent me désirer sans déchoir. Du coin de l'œil, je vois la jolie épouse s'asseoir en retrait. Port altier, boucles audacieuses et poitrine lourde. Je peux travailler avec ça et j'ajoute quelques effets musicaux pour lui plaire..
Teras avance d'un pas lourd. Il a tout du guerrier. Il se place face à moi, en me toisant avec un mélange de respect et de défi. Il est beau comme un dieu. Et je modifie encore ma musique pour intégrer quelques airs de sa patte.
– Tu es beau, Teras. Quitte ces vêtements et approche toi.
Je le tutoie, je le commande. Un mélange de peur et d'exultation serre ma poitrine. C'est ridicule. Pourquoi voudrait-il d'un elfe malingre quand il baise déjà une créature de rêve ? Mais je sais déjà qu'il va céder. Qu'il en a envie. Mes mots ne sont qu'une autorisation qu'il ne se donne pas.
Le tissus tombe. Sans m'interrompre, je profite du spectacle. Son poitrail musculeux. Ses avant-bras épais et veineux. Une tatouage de glaive sur sa cuisse. Une pilosité nette dominant une queue large, pas très longue mais généreuse et belle. Le genre de jouet que je peux vraiment apprécier. Je ne suis pas déçu.
– Approche, Teras. Donne-moi tes lèvres.
J'écarte le violoncelle. La mélodie ensorcelée continue. Je porte une tenue d'apparat et Teras est nu, vulnérable dans sa puissance. Il s'approche, se penche lentement. Il en crève d'envie. Et il ignore que je rêve de ce moment depuis des années. Alors je le laisse se prosterner pour m'embrasser. Ses lèvres sont douces, timides. Je m'enhardis et pose la main sur son épaule pour l'inviter à s'agenouiller entre mes pieds.
– Teras NaKhador. Ton épouse nous regarde. Elle se touche. Donne lui un spectacle digne de ses fantasmes. Sors ma queue sortir; vénère la. Pendant ce temps, ma musique et la tienne vont s'entrelacer. Jusqu'à ce que l'un de nous deux jouisse. Est-ce clair ?
Je baisse les yeux sur lui. Il ne m'a pas laissé finir: ses doigts libèrent déjà ma verge et je le regarde faire avec exaltation et soulagement. Il aime ce qu'il voit, cette pine un peu grotesque par sa longueur tordue. Il évite mon regard et cela le rend plus craquant. Il tire la langue pour me goûter. Il fait attention à rester visible de sa compagne. Il est à elle, et à moi désormais. Je peux travailler avec ça.
– Montre nous comme tu aimes ce que tu fais. C'est cela, ta vraie audition.
CONCOURS-2026-095
Juste une aventure
L'absence lui pesait. Elle se sentait bête de se morfondre ainsi des mois durant tandis qu'il baladait les touristes tantôt à travers le Kamchatka, tantôt le long des vires de la Brenta. Elle ne voulait pas être celle qui attend. Cherchait à se convaincre que cet homme n'avait rien d'exceptionnel.
Pour se le prouver, fixa rendez-vous à un inconnu. Dans les bois. Lieu choisi par elle. Celui-ci refusa de l'attendre les yeux bandés. Tout le monde n'avait pas l'audace de Max.
Qu'importe : l'inconnu la rejoindrait à un point GPS. Elle n'avait pas peur, elle. Pas tant. Elle eut plaisir à se préparer. Huila ses jambes, civilisa sa toison, hésita : culotte, pas culotte sous sa robe champêtre ? Dentelle noire : il pourrait simplement l'écarter si comme elle l'espérait son désir se faisait pressant de la prendre contre un arbre. Debout, elle garderait ses bottes de cuir. Prête à fuir.
Cet homme ne trouva jamais le point de rendez-vous. Il lui confia, dans un message suintant d'excitation, « Meilleur escape game de ma vie ». Elle n'envisageait pas un seul instant s'abandonner aux bras d'un homme incapable de lire une carte pour s'aventurer hors des sentiers battus. L'inconnu le resta.
Elle sélectionna ensuite un féru de montagne : certainement, celui-ci ne se perdrait pas. Peut-être même aurait-il l'endurance et la curiosité de tenter quelques galipettes perchées ? Rendez-vous fut fixé : sur la carte un lieu au hasard, choisi par elle au dernier moment dans le périmètre préalablement convenu ensemble. Dix minutes d'avance pour construire une trace impromptue, trouver un point d'observation où elle resterait à l'affût avant de le rejoindre : petite marge de sécurité. Son cœur battait la chamade dans l'obscurité de la forêt. Pourvu que ce soit un homme bien ! Il se perdit aussi. Lui également trouva l'aventure piquante. Ses messages la suppliaient de lui redonner une chance. Non.
Elle commençait à goûter ce jeu. égarer des inconnus dans les bois à la poursuite d'espoirs inavouables était un passe-temps dont elle ne pouvait rougir. De fait, elle était fidèle à l'absent, encore et toujours.
Elle eut pitié du troisième au moment où il déclara forfait. Le torse de ce candidat avait semblé prometteur sur les photos. Elle fantasmait le parcourir de sa langue, plein sud. Sentir ses bras l'enserrer, ou la laisser le plaquer au sol, à même la mousse humide. Il s'était perdu, qu'importe. Suivant le raffut de sanglier qui agitait la pente, elle le retrouva. Un homme terne et sans relief. Il découvrit avec ravissement son visage, ses courbes. Elle l'observa sans intérêt, garda obstinément les genoux collés sous sa robe. L'écouta poliment. Prit congé.
En ligne, elle tentait de convaincre des inconnus de la poursuivre à travers bois. La forcer. Un peu, beaucoup. Tous ces hommes s'exaltaient. Lui demandaient ce qu'ils pourraient faire d'elle- tout ! Puis refusaient la rencontre à l'aveuglette. Cherchaient des gages pour apprivoiser le sauvage. Du haut de leur « Maître » et mètre quatre-vingt-dix, ils prenaient peur.
Max. Si elle avait su.
Ce jeu ne rimait à rien. à quoi bon ? Se convaincre que personne ne pouvait rivaliser ? Continuer à laisser exister ses fantasmes hors de lui ? Résister encore à l'annexion totalitaire de son imaginaire alors même qu'elle ne jouissait qu'au moment exact où ses pensées se tournaient vers Max. Chercher à déjouer, un peu, cette jalousie où elle s'empêtrait quand il partait de longues semaines. Trouver, peut-être, un homme aussi fou que lui – plus encore ! – et lui appartenir autant que le posséder. Entièrement… si cela se pouvait.
Max et elle avaient échangé des semaines durant sur une appli de rencontres extraconjugales. Lui s'y était inscrit pour baiser sa voisine mère de famille, elle pour tromper son mari. Aucun des deux n'avait pu et depuis, il avait déménagé et elle avait divorcé.
Son profil de guide et alpiniste averti l'avait immédiatement séduite. Elle cherchait une aventure, elle avait trouvé l'aventurier. Elle avait pris l'initiative de le contacter, il n'avait pas fui. Il suggéra une rencontre dans une cabane dans les bois, charmante à souhait et parfaitement isolée. Ils réajustèrent pour une prairie où il accepta de l'attendre les yeux bandés. Il n'avait pas peur, et cela suffisait à l'exciter.
La première rencontre avait été une déception. Le pré qu'il avait choisi n'avait aucun charme : proche d'une départementale, parsemé de bouses de vache fraîches, en amont d'une zone industrielle hideuse et, elle s'en était aperçue au beau milieu de leurs ébats, visible de la route.
Elle l'avait trouvé allongé dans le pré, en chemise à carreaux bleus. Ni tout à fait sauvage ni tout à fait habillée, cette chemise jurait parfaitement avec le fantasme d'explorateur qui l'émoustillait depuis plusieurs jours. Puis, c'était difficile à dire car il était étendu dans l'herbe, mais il n'était pas bien grand. Son corps n'était pas pour lui déplaire, mais elle se demandait où était le magnifique torse dominant le profil de rencontre.
Pour ne rien arranger, il était si quelconque qu'elle ne pouvait dire avec certitude, son visage ainsi dissimulé par un chapeau, s'il lui était connu.
Elle commença par le humer. Son cou sentait le parfum. Une odeur agréable de terre et de bois, mais rien de l'effluve fauve, animal, brut, d'un homme au naturel capable de déchirer d'un coup de narine toute sa bienséance.
Il se laissa faire sagement, parfaitement immobile.
Elle entreprit alors d'étudier ses mains. Elle les caressa tout en les scrutant, nota les doigts courts, trapus et calleux, aux ongles irréguliers : ceux d'un homme dont c'était l'outil de travail. Elle trouva cela plus intéressant, déjà, mais ne parvenait à mettre aucune tendresse dans ses gestes.
Il n'avait pas encore ouvert la bouche. Or, l'ouïe était chez elle le sens essentiel. Une belle voix grave faisait passer ses dessous en alerte inondation. Une voix de fausset : alerte sécheresse, évacuation. Comment savoir ? En plus, il respirait fort, haletait, même. Cela l'agaçait.
Lorsqu'elle souleva le bord du chapeau posé sur son visage, s'échappa une touffe vigoureuse de longs cheveux noirs plutôt gras qui lui inspirèrent un mélange de plaisir et de dégoût. La bouche était peu charnue, les pommettes creusées. Son menton volontaire était carré et bosselé d'une drôle de fossette qui l'intrigua. Soulevant le bandeau, elle découvrit un nez retroussé qu'elle trouva charmant.
Puis, avant qu'il n'ait eu le temps de la voir, elle reposa aussitôt le chapeau sur ses yeux. Elle entreprit de déboutonner sa chemise, à la recherche du torse glabre et musclé tant espéré. Max chercha son corps à l'aveuglette, tâtonna sous le lin de sa robe, saisit au hasard et à pleine main sa fesse. Son glapissement de joie fit fondre un rempart en elle. Ils se dirent combien ils avaient besoin de se voir, de s'entendre. Le chapeau tomba, ils s'observèrent. Ils décidèrent en silence qu'ils se plaisaient suffisamment pour ce qu'ils étaient venus faire, ils s'embrassèrent. Scellant de la langue leur confiance partagée, elle le pria de prendre le commandement des opérations.
« Ça, je sais faire », souffla-t-il soulagé.
Elle aurait souhaité donner libre cours à ses fantasmes les plus débridés, mais elle n'osait pas. Elle ne souhaitait pas le maltraiter ni l'humilier. Enfin, peut-être, plus tard. Ces choses sauraient venir. Pour cela, elle avait besoin de lui céder le pouvoir pour savoir l'usage qu'il en ferait. Était-elle entre de bonnes mains ? Ces mains fermes et tendres la saisirent par la taille pour ramener son entrejambe à la hauteur de deux joues râpeuses de barbe. Les yeux mi-clos, Max écarta la dentelle pâle et plongea la langue dans son intimité. Elle réprima un gémissement. Bientôt la langue se fit plus pressante, insistante. Elle sentait son désir couler sur les lèvres de Max, et un léger râle lui échappa. Des doigts des plus habiles, légers, si légers, vinrent en renfort de la langue, jouer une partition sans fausse note au creux d'elle. Sous ces doigts tout à fait experts en mécanique intime, rien n'était laissé au hasard et son plaisir était véritablement entre d'excellentes mains. L'homme si concentré qu'elle observait ne leva pas les yeux pour admirer ses seins dressés de désir, qu'elle caressait doucement tout en observant les bras bronzés aux muscles saillants, et le torse sculpté à la hauteur de toutes ses espérances. Il se repaissait d'elle, et lorsqu'elle se mit à haleter et le supplier de la pénétrer, les mêmes mains douces et fermes, avec une dextérité qui semblait en faire un seul geste enfilèrent un préservatif et ses blanches fesses.
Sa surprise céda immédiatement la place à un plaisir qu'elle avait depuis longtemps oublié. Tandis qu'il la doigtait avec dextérité, elle sentait son sexe remplir ses fesses, et la combinaison de ces deux sensations lui arrachait des gémissements si aigus qu'elle ne se les connaissait pas. Offerte sur le dos, fesses et jambes relevées sur son torse, elle se déhanchait en rythme le long de sa queue désormais bien tendue, et lui murmurait à quel point elle appréciait le moment, son sexe délicieux, ses bras vigoureux. Elle nota les voitures qui passaient non loin, et cela ajouta encore à son excitation. Sans bien savoir pourquoi – le désir est parfois incompris, même pour soi-même-, elle lui demanda d'enserrer son cou de ses puissantes mains. Il parut surpris, mais s'exécuta. « Plus fort. » Il semblait aussi exalté que dépassé par cette première rencontre. Toujours les yeux mi-clos, il lui demanda si elle pourrait prendre plaisir ainsi. Sa réponse renforça sa vigueur, et il voulut savoir s'il pouvait jouir. Elle approuva. Le rythme s'intensifia, elle gémit plus fort, et sentit bientôt le sexe de Max se gonfler et se durcir dans ce mouvement si excitant qui annonce l'orgasme masculin.
Elle se leva, rajusta sa robe. En parfait gentleman, il lui proposa de prendre l'apéritif tout en admirant le soleil couchant derrière la montagne. Il sortit de son panier en osier une bouteille de vin rouge et deux verres à pied, lui offrit un carreau de chocolat, la prit par la taille pour l'amener contre lui. À ce moment précis, elle sut qu'il faudrait rester sur ses gardes. Cet homme demanderait davantage que ce sur quoi ils s'étaient accordés, et elle pourrait être tentée de le lui céder.
« Tu aimes explorer ? Je repars dans trois semaines, mais je connais pas mal de coins un peu secrets. »
CONCOURS-2026-098
Trois Tentations
Il était une fois à Venise, voilà comment je commencerais ma biographie, s'il ne s'agissait pas du lieu de la plus troublante des rencontres, de celle qui marque un avant et un après. Toute ma vie vient de défiler devant mes yeux, une autre m'attend : dans quelques minutes j'entrerai dans l'arène pour mon premier duel, et aucune de nous deux ne vaincra.
En dernière année de thèse en anthropologie et musique, j'avais décroché l'unique invitation pour travailler au conservatoire Benedetto Marcello, qui détenait les archives des hospices musiciens. Pendant plus de 250 ans, des jeunes femmes abandonnées, parfois de grandes familles, y apprenaient la musique, et y excellaient. Interdiction pour elles de jouer ailleurs qu'avec leurs sœurs, de partir, sauf pour se marier et alors d'arrêter leur art. Mais qui se souvenait d'elles, et quelle fut leur vraie histoire, celle que les hommes n'ont pas écrite ?
L'invitation provenait du Cavaliere Ottavio Damiano-Zusto, qui serait mon référent pour l'université pendant mon séjour. Un homme d'environ 15 ans mon aîné, une chevelure léonine et un regard d'acier à dénuder l'âme. Il jouait des bonnes manières et du piano en virtuose. Je tombai sous son charme attentionné. Pendant mon transfert en vedette privée depuis l'aéroport, je n'avais eu que peu de temps pour m'imprégner de la cité éternelle. Venise en fin de soirée tremblait dans son propre reflet, les palais aux murs orangés du coucher de soleil contre les lumières troubles de son double dans la lagune. Située dans l'étage supérieur d'un palazzo qui appartenait à sa famille, mes appartements étaient dix fois grands comme mon ancien studio, meublés entre moderne et rococo-dorures-angelots. Une carte discrète du Cavaliere accompagnait une bouteille de champagne et une flûte si fine que j'entendais les bulles en faire chanter le cristal. La vue à travers les carreaux de la fenêtre à arcades prolongeait mon ivresse dans un canal tortueux bordé de trottoirs inégaux et de marches traîtresses. Les façades se penchaient vers mon petit appartement comme pour me jauger. « Non, principessa, vous êtes la bienvenue chez moi, ma fondation paie pour l'hébergement, je vous veux ici » m'avait-il dit, je n'avais entendu que « Je vous veux », remuée par le timbre de sa voix. Il reviendrait de son voyage d'affaires dans environ deux mois. Je me jetai habillée sur le lit, qui m'enveloppa d'une odeur poudrée, impatiente de le rencontrer en personne pour la première fois, de ressentir dans mes fibres son doux ascendant.
Le premier mois fila entre recherche au conservatoire et enseignement à la fac. Un autre thésard, Ludovico, flirtait avec moi. Un dandy dégingandé du nord de l'Italie, tellement galant qu'il en devenait gênant. Nous étions fréquemment ensemble, car son sujet s'apparentait au mien. Il copiait mes recherches : j'avais « emprunté » et lu ses notes personnelles. Silvia, l'administratrice, nous aidait pour toutes les relations avec le monde extérieur. Elle arriva en courant sur ses hauts talons dans la salle de lecture, elle qui ne perdait jamais son sang-froid, pas plus que son chignon. « Le Cavaliere vous attend, murmura-t-elle, allez-y comme vous êtes ». Je ne comprenais pas cette remarque, noyée dans le battement assourdissant de mon cœur. Il était en avance. Pourquoi ne m'avait-il pas prévenue par message ?
Sur le chemin, je rejouais nos échanges, nos visios, ses questions toujours plus intimes, les rares articles sur lui dans les media. Pour décrocher le tout premier entretien, je l'avais harcelé comme jamais. Pour notre dernier, je l'avais fait languir. Puis, sans se poser de question, nous avions fait l'amour à distance.
La maison résonnait du tintement de verres, de bruits de pas feutrés sur les tapis de laine, et de sa voix de basso profondo. J'entrai dans le grand salon, un espace haut de deux étages au milieu du palazzo. Je l'aperçus en compagnie de personnes en habits de soirée : il donnait une réception pour son retour ! De loin, il me fit signe de la main, signe de rester à l'écart, de me faire discrète. Une servante que je ne connaissais pas me tendit un plateau de cocktails, j'en pris un au hasard, et la poussai hors de mon chemin. Dans un fracas de jurons et de verres brisés, je me postai devant lui, mon cocktail tendu, « Santé !
— C'est la jeune étudiante dont je vous parlais, dit-il à une femme près de lui. Je vous présente mon épouse, Mona Querini. Santé, principessa ! »
Estomaquée, je balbutiai quelques mots et me retirai à la première opportunité dans mon appartement, les regards des invités dans mon dos comme autant de flèches d'humiliation. Des flèches pour percer le cœur de cette Mona.
« Vous m'avez causé bien des soucis ce soir.
— Je suis désolée, je ne pouvais pas… vous ne m'avez jamais dit que vous étiez marié. Et revenir plus tôt ? Vous auriez pu envoyer un message ! »
Il occupait le fauteuil de ma chambre, en complet noir, les mains croisées devant le menton, un reflet d'or sur les lettres O et D de sa chevalière, son tatouage qui débordait de la manche pour s'enrouler autour de sa main gauche : un fouet ou un dragon, impossible à dire pour qui ne l'avait vu entier. Assise par terre, je tenais sur mon ventre un coussin pervenche à franges. Il avait ordonné que je lui raconte mon mois avant d'en venir à cette soirée. Le tremblement de ses mains calmé, j'avais pu me rapprocher. On eut dit une bête sauvage prête à me sauter dessus, à présent il posait en lion calculateur.
— L'apprentie, Livia, que vous avez malmenée est de la famille de Mona. Vous, vous n'appartenez à aucune famille. Vous n'existez pas officiellement dans notre société. Ceci fait de vous, il me peine à dire, une proie.
— Une proie ?
— Livia a été humiliée. Elle va se venger, cela va de soi. Autant je désire vous protéger de tout ceci, j'ai les mains liées par nos codes.
— Vous n'allez pas laisser faire ça !
— Si, dit-il en se penchant vers moi. Mais vous, vous pouvez encore agir. Avant l'aube, il faudra vous décider. Avant l'aube, vous devrez choisir entre partir et survivre seule, ou bien rejoindre ma famille.
Je détestais ce regard inquisiteur. Il savait que je n'avais pas le choix. Il bandait. Et si je refusais, par caprice ?
— Pas d'autres options ? Que disent les petits caractères ? Je signe avec mon sang ?
— Vous deviendrez novice, puis apprentie, avec tous les droits et obligations.
Il avança, un peu trop brusquement à mon goût, sa main droite vers ma joue, je me ressaisis et m'agenouillai devant lui. Il approcha sa bouche de mon oreille, sa voix devenue ronron de félin : « Si ce n'est pour vous, faites-le pour moi, que j'ai le plaisir de châtier ceux qui vous veulent du mal… » Il présenta sa massive chevalière à mes lèvres entrouvertes. Je murmurai, les yeux baissés vers son doigt :
— Si j'accepte, puis-je défier Mona ?
— Je préférerais que vous ne vous lanciez pas dans cette périlleuse entreprise. Pas tout de suite.
Mes mains entourèrent son poignet gauche, il se laissa faire, ma langue lécha le bout de son doigt, puis parcourut lentement les phalanges en évitant sa bague, et finit par laper l'intérieur de sa main depuis la paume jusqu'à la peau délicate du poignet pour festoyer des tremblements de son pouls. Ma bouche dessina le même chemin avec des baisers appuyés. Je mordillais son petit doigt, tandis que d'une main je caressais sa paume et de l'autre remontais l'intérieur de sa cuisse avec anticipation. Il tressaillit quand, toujours des dents, je passai à l'annulaire et tentais de retirer son alliance pour l'avaler, mais impossible de la déloger. Je le mordis sauvagement. Il broncha à peine, me fixa quelques secondes, et m'envoya par terre d'une gifle terrifiante, la première que j'avais jamais reçue. Ma joue piquante, brûlante, malmenée reflétait les sensations de mon bas-ventre. Je ne savais trop si je voulais recevoir une deuxième volée. Je me remis à genoux devant lui et entrepris de l'embrasser à travers l'étoffe de son pantalon, mes bras posés sur ses cuisses puissantes, ma tête lovée entre elles. Les bruits de la ville avaient disparu, remplacés par la pulsation de mon sang pompé d'adrénaline. Une partie de moi hurlait à la fuite, tandis que l'autre, elle n'avait pas attendu pour explorer nos ténèbres amoureuses. Ou mes ténèbres, n'aurait-il pas deviné ce que je me cachais ? J'effleurai son sexe des deux mains. Je levai mon visage vers le Cavaliere, en me promettant de ne pas cligner des yeux, puis, d'une fraction de millimètres, je tournai mon autre joue vers lui. Sa bouche, que je voulais baiser plus que tout, eut ce sourire que j'apprendrais à redouter. Sa gifle claqua. Un fer rouge sur ma pauvre joue. Je me replaçai devant lui, fière d'une première épreuve de gagnée. Les yeux baissés, j'ouvris sa chemise bouton après bouton, baiser après baiser sur sa peau nue, de son ventre musqué à sa poitrine pantelante. Je me retenais de le dévorer en verrouillant mes jambes humides. Sa main bloqua ma tête au niveau de son cou. Je fermai les yeux, attentive à sa respiration, à ses lèvres, à sa langue torride si proche de mon oreille à nouveau. Il se branlait en me serrant contre lui. Attendait-il quelque chose de moi ? J'écartai mes cuisses, mes doigts se faufilèrent avec avidité. J'embrassais sa gorge, je la léchais et bavais avec générosité comme si ma vie en dépendait. Quand il resserrait son étreinte, je gémissais, de plus en plus fort, nos respirations hachées. Au moment où ma bouche s'ouvrit en recherche de la sienne, il m'envoya de nouveau au tapis. Désorientée, à quatre pattes, je sombrai incontrôlable dans une asphyxie de pleurs, de soubresauts et d'une furieuse envie de m'empaler sur lui. Il se leva, me prit par les cheveux et m'amena à ses lèvres. Il me but, je jouis.
Une aube carmine recouvre la ville éternelle, la sérénissime ne souffrirait de teintes trop communes. Devant l'arène improvisée au grand salon, je viens d'embrasser sa chevalière à la grande surprise des spectateurs, et de Livia et Mona qui m'attendent. Mona devance Livia : « Nous repoussons ce duel. Ce serait déshonorable pour Livia de gagner contre une figlie de coro. Si elle devient apprendista dans l'année, nous nous retrouverons ici-même. » Pas une fois son regard n'a cherché le mien. Ma main me démange de la frapper. Le Cavaliere éclate de rire dans mon dos, envoyant des frémissements jusque dans mes poings. Le désir n'a pas toujours de nom. Pour moi, il s'appelle Ottavio Damiano-Zusto. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Qu'importe.
CONCOURS-2026-099
A lundi
Allo… je t'imagine filant toujours dans la nuit. J'avais envie de te parler, de te raconter une histoire, pour t'accompagner sur la route, même si tu ne m'entends pas encore.
Tout à l'heure, j'ai suivi des yeux tes phares. Dans le sillage feutré du moteur, la rue ne renvoyait plus que le bruit de mes talons sur le trottoir. Le dos contre la porte refermée, dans la chaleur lourde de ce début d'été, je me suis laissé glisser jusqu'à terre. À l'heure qu'il est, je n'ai pas bougé. La robe remontée entre mes cuisses moites. Les chaussures sont loin sur le parquet. Je suis redevenue Cendrillon.
Je pense que tu seras d'accord, cela fait plusieurs semaines qu'on se tourne autour. J'ai initié le jeu et tu y es entré. Timidement d'abord puis avec un peu plus de témérité. Ce soir, pendant le dîner, tu as pris place à une distance suffisante, en face de moi, de telle manière que je puisse t'observer, de biais, sans qu'on le remarque. Lorsque tu t'es penché vers ta voisine de table pour mieux l'entendre, tête légèrement inclinée en arrière, offrant ton cou à mon regard, je me suis délectée de cette innocente provocation. Et moi aussi, j'ai imaginé tes yeux portés sur mes lèvres tandis que je fumais ma cigarette. À la fin de la soirée, tu as accepté, avec amusement, de jouer une nouvelle fois le rôle de mon chauffeur personnel. En bas de chez moi, tout était bon pour prolonger le moment. Tu as choisi finalement de t'attacher au mât de ta bonne conscience pour résister à l'appel de la chair et rentrer chez toi. Mais ta soudaine sagesse ne faisait qu'attiser davantage mon appétit de sirène. Un autre chauffeur a réclamé la place où tu t'étais garé. Les douze coups de minuit ont sonné.
-Bonne nuit.
-Toi aussi.
-À lundi.
-Oui, à lundi.
À présent, mon envie de toi est si forte. J'ai invoqué Circé plutôt que ma bonne fée, pour qu'elle m'accorde une prolongation du charme. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Je ne sais plus si j'ai envie qu'on me sauve ou si j'ai envie, enfin, de dévorer.
Alors, écoute. Je vais mentir un peu, juste pour cette nuit. Voici comment les choses auraient dû se passer.
Nous sommes à nouveau dans ta voiture. Vient le moment de l'embrassade attendue, redoutée. C'est la première fois que nous sommes aussi proches. L'odeur de ta peau attire ma main vers ce cou tout à l'heure tant convoité. Ta respiration se fait plus rapide. Tes doigts trouvent ma taille d'abord. Puis ils s'aventurent, plus haut, effleurant mon sein à travers le tissu tendu. Tu cherches mes lèvres. Je me dérobe. Pas encore. Au creux de ton oreille, je m'enhardis « Monte avec moi ».
C'est contre ma porte refermée derrière toi que le voyage commence. Dans la demi-obscurité, nos bouches se trouvent enfin, impatientes. Tu poursuis l'exploration entreprise dans la voiture, tes doigts habiles sur les boutons de ma robe. Je fais de même avec ta chemise, tandis que j'embrasse ton cou – oh, ce cou dont je m'empare à présent – je le mords presque. Nos chaussures volent à travers la pièce sans que nos lèvres aient lâché prise. Tes mains écartent les pans de ma robe, ouverte à présent jusqu'en haut de mes cuisses. Tu me trouves déjà prête. Je te guide sous la dentelle, Je t'apprends le rythme que je veux. Tu comprends vite. Tu fais glisser le tissu, qui rejoint les chaussures échouées au loin. Attends… n'allons pas trop vite.
Je te regarde, un sourire avide aux lèvres, et défais ta ceinture. Circé n'attend pas qu'on lui offre, elle prend. Ma main se referme sur ton sexe. À ton tour de perdre pied. Je remonte en caressant les muscles de ton torse, tant de fois imaginés à la faveur d'un col entrouvert ou d'un tee-shirt à la coupe ajustée. Pouvais-tu deviner l'énergie qu'il me fallait déployer pour suivre tes paroles, dans ces instants volés, îlots enchantés dans l'agitation de la pause ? Je fais glisser ta chemise, qui tombe à terre. Ta peau a le grain de ce que j'avais imaginé, et le goût en plus.
Je te prends la main et te conduis jusqu'au salon, t'intime silencieusement l'ordre de t'allonger sur le tapis épais et soyeux. Tu te laisses faire. Ton plaisir est manifeste. Tu attends la suite.
En cavalière expérimentée, je sais exactement où je veux t'emmener. Je me débarrasse de ma robe. Tes doigts glissent, sauvages, sur les bretelles de mon soutien-gorge. Je te laisse le retirer. Je t'attire vers moi pour que tu goûtes mes seins encore fiers. Tu tètes avidement mes mamelons durcis, offerts à ton désir impétueux. Tes mains qui ont saisi mes fesses me disent que tu en veux davantage. Mais c'est un autre plaisir que j'ai en tête. Mon corps, telle une vague caressante sur le sable humide, se retire et descend jusqu'à ton membre dressé. Je le couvre de baisers aussi légers que l'écume puis l'avale tout entier. Ma bouche l'enveloppe, ma langue part à la découverte de ses plus intimes reliefs.
À la frontière de ta jouissance, je m'arrête. J'ôte ce qu'il te reste de vêtements. Dans ta poche, le préservatif. Tu n'étais donc pas si sage. Puis je t'accueille en moi. Nos langues s'enroulent, ivres l'une de l'autre. Dans cette danse, mon clitoris s'éveille, pulse contre toi, et quelque chose en moi lâche. La houle m'emporte.
Et puis non. Celle qui se prenait pour la reine des Amazones est soudain désarçonnée. Tu me fais rouler sur le dos et me prends, brutal et doux à la fois. Je m'abandonne. Nous ne nous lâchons pas du regard. Tes coups de reins s'intensifient. Je m'agrippe au pied du canapé pour te sentir encore plus profondément. Baise-moi, baise-moi, baise-moi encore, et encore. Princesse, magicienne, sorcière, déesse, je suis toutes ces femmes à la fois et je n'ai plus de nom. Mes cris. Tes gémissements. Tes yeux dans les miens. Ne t'arrête pas. Je sens l'orage venir sur nous. Et soudain il éclate.
Le voyage s'achève. Je parcours ton visage d'une lente caresse. Comme j'aimerais te garder encore un peu sur mon île, avant que la nuit t'efface.
Tu es sûrement presque arrivé, peut-être bien sur le point de franchir le seuil de ta porte. Je vais fumer une dernière cigarette sur le balcon. Une chaise pour m'asseoir, une autre pour y poser mes pieds nus. Plus de Cendrillon. L'air est encore chaud. Je te laisse. Fais de beaux rêves. À lundi…
CONCOURS-2026-103
Putain ouais merci
Ceci est ma confession d'homme marié, père de deux enfants de huit et trois ans, heureux en ménage, et dans lequel pour ma part je suis sexuellement épanoui. La confession qui va suivre va peut-être sembler commune et déjà vue, mais quand elle vous touche personnellement, vous qui avez porté, non pas un jugement mais un regard empreint de la condescendance du « ça ne peut pas m'arriver » et de la délectation de découvrir les « vices » et vicissitudes des autres, le cliché a l'impact de l'inédit.
Notre épanouissement de couple passe par des activités communes ; l'une d'entre elles consistant à créer et mettre en scène, avec d'autres animateurs, un spectacle amateur pluri-artistique. Elle danse, je chante, elle crée certains tableaux chorégraphiés, je papillonne aux décors, à la gestion des coulisses. Entre acteurs, chanteurs, danseurs, presque deux cents personnes s'activent sur scène et alentour dans une frénétique excitation teintée de trac.
Dernière représentation. Et début de célébration devrait-on dire, car chacun y va de sa petite personnalisation, de sa petite blague potache pour suspendre encore les dernières répliques et oublier qu'on se les envoie pour la dernière fois. Je suis moi-même dans cet état d'esprit ambivalent, entre excitation et tristesse, soutenu par la fatigue et la chaleur qui règne en coulisse. Les accolades sont de rigueur, les embrassades également et sont reçues avec plus ou moins d'envie. Je l'ai dit il fait chaud, nous en sommes au troisième jour de représentation et malgré les consignes sur l'hygiène, on dénombre quelques laxistes de la savonnette. Heureusement ils sont marginaux. L'essentiel des étreintes est reçu avec sincérité, avec l'émotion et la satisfaction d'avoir rendu heureuses les personnes qui les donnent. Depuis quelques années, je me méfie des accolades trop appuyées avec la gent féminine, #metoo oblige. On perd en spontanéité mais bon, si ça peut éviter aux dégueulasses de dégueulasser, c'est un moindre mal.
Encore deux chants et c'est à mon tour d'entrer sur scène. Pour conserver un maximum de fraîcheur, je reste en t-shirt jusqu'à la dernière minute et enfile rapidement chemise et veste, costume commun que je partage avec mes acolytes sur scène. Avec la confiance renforcée des deux premières représentations qui se sont bien passées et le grisement de la « dernière », je tarde à m'exécuter. La chemise trop cintrée colle, résiste mais finit par abdiquer. La veste suit sans ciller, mais dans la pénombre de la coulisse je peine à ajuster mon col de chemise sous celui de la veste. Je triture, relève, rabaisse, retriture et finis par lever les yeux en quête d'une aide providentielle. Louis est là qui me toise de son mètre quatre-vingt, moins empêtré que moi dans son costume et pour cause, celui-ci dévoile un torse fin et glabre, accentuant une apparence qui se veut androgyne mais qui dévoile une sensualité féminine exacerbée par un maquillage bleu nuit qui fait briller ses pupilles grises dans la sombre clarté de l'arrière-scène. Discret dans la vie, étincelant sur scène. Avec un demi-sourire, il s'approche et écarte mes mains que j'accueille d'un « putain ouais merci ». Ces quinze secondes d'ajustement de col se synchronisent à quinze secondes de revue anatomique désordonnée : lèvres entrouvertes, fossettes qui se creusent, connexion du regard gris bleu nuit, mèche blonde qui frôle les tendons saillants du cou, t-shirt qui s'échancre sur une ombre aréolée de sa poitrine… fin du morceau. Les artistes du chant qui vient de se terminer se précipitent en coulisses, affublés de costumes d'arbres aussi réalistes qu'encombrants. Ça piétine, ça bouscule, ça râle et ça glousse, ça chut et ça projette Louis contre moi et le mur. Profil contre profil, coup d'œil contre coup d'œil, bouche à hauteur de bouche, la gêne est là. Et ça dure. Et ça presse au rythme du gabarit des arbres de la forêt qui défilent, jusqu'au passage d'un supposé chêne centenaire qui nous bouscule un peu plus et qui provoque chez moi le réflexe involontaire, qu'a posteriori je ne peux qualifier de malheureux, mais déclencheur du reste. Déséquilibré je pose ma main sur sa hanche, presqu'au creux de ses reins. Connexion des regards. Le temps se suspend dans cette caricature de rapprochement. La pression forcée de son entrejambe sur ma jambe me transperce. Je ne ressens plus que ça. Et je retiens de toute mes forces la pulsion d'afflux sanguin qui fond vers mon propre entrejambe. Le dernier arbre clôt la fuite forestière. Ma main qui lâche sa hanche est trop traînante. Il l'attrape et se presse plus encore sur ma jambe. Sa dureté glisse sur ma cuisse et lui me glisse à l'oreille « putain ouais merci ».
*
_ Pierrot tu peux venir deux secondes, il y a André qui veut te féliciter !
_ Attends, je peux pas je range ces putains de pratos ! Pas fâché que ce soit pour la dernière fois !
J'accompagne mon binôme de toujours à l'autre bout du dernier praticable que l'on pose sans ménagement sur le chariot.
_ Nan mais vas-y, c'est bon je vais me démerder ça va aller.
_ Sûr ?
_ Ouais ouais c'est bon je vais passer par le fond de scène et tout laisser derrière. C'est juste un charriot à tracter.
_ Ok cool merci ! Fais gaffe, ne claque pas la porte ! Carole a repris les clés, et si la porte se ferme tu es bon pour faire le tour et repasser par les coulisses.
_ Ouais je sais. T'inquiète, je trouverai toujours le chemin pour te rejoindre au bar.
Me voilà parti avec mon charriot, direction le stockage extérieur en cogitant déjà sur le moyen de bloquer la porte pour m'éviter de faire le tour. La solution temporaire est bien évidemment de bloquer la porte avec le chariot, sauf que je ne suis pas censé le laisser en plein milieu mais le parquer sous un carport à cinq mètres de la porte. Dans le crépuscule de cette soirée de mai j'aperçois un bloc de béton un peu plus gros qu'une brique qui git justement au pied du carport. La cale parfaite. Je bloque donc la porte avec le chariot qui pèse son poids, chargé qu'il est de trois praticables d'une vingtaine de kilos chacun, je vais chercher la cale de béton que je place en bas du battant fixe de la porte, referme le battant mobile contre la cale laissant une ouverture d'une quinzaine de centimètres et m'apprête à manœuvrer pour garer le chariot. C'est quand même incroyable que je m'y colle chaque année au rangement de ces trucs, me dis-je alors que le chariot amorce son virage et se place parfaitement à côté d'un praticable isolé, sans doute défectueux.
Clac
Comme s'il pouvait remettre la cale défaillante, mon regard se tourne directement vers la base de la porte qui vient de se fermer. Une santiag bleu clair aux zébrures turquoise trône triomphante sur la cale inutile. Mon regard poursuit sa prise de vue en panoramique vertical ascendant qui remonte sur le jean bleu ciel, puis sur ce nombril offert aux reflets marines de la soirée avancée et toujours ce t-shirt qui en dévoile plus que ce qu'il est censé couvrir. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Je ne le comprends pas mais il déborde et me panique alors que Louis se rapproche à grands enjambées santiaguesques. Il attrape ma nuque d'une main et mon cou de l'autre et me goûte la langue à pleine bouche. Les reins calés contre le guidon de mon chariot, je m'étonne de passer une main sous sa fesse droite et une main sous le t-shirt qui n'en est pas un. Je regarde ses yeux fermés maquillés à outrance qui s'ouvrent alors qu'il passe sa main sur mon excitation que je ne peux plus feindre. Il cale son menton contre le mien, me sourit la bouche ouverte en m'envoyant son haleine sucrée de ce qu'il vient de boire au bar. Avec sa jeune expertise, il déboutonne et déceinturonne mon jean, plonge et m'avale avec un délice qui me cambre et m'agrippe au chariot. Il est pressant mais pas pressé, il passe sur toutes les faces sans me laisser comprendre d'où vient le plaisir. Il s'interrompt et me pousse sur le praticable isolé. Je me rattrape comme je peux, le pantalon en bas des chevilles et tombe assis sur la plateforme. Debout devant moi, il me relève le menton et me dit « t'es pas obligé mais j'en ai envie » et je m'aperçois qu'il a sorti son envie en dehors de son jean. Je n'ai aucune idée du moment où il a fait ça mais je m'étonne de le prendre sans hésitation à pleine bouche dans un va-et-vient encouragé par ses doigts qui serrent et desserrent mes cheveux. Puis il m'échappe dans un brusque retrait, me pousse le torse du plat de la main, m'invitant à m'allonger. Décharge dans l'échine quand je le sens me reprendre en bouche et qu'il bascule par-dessus moi m'invitant à synchroniser nos plaisirs. Je commence par l'extrémité comme auparavant, puis comme lui descends le long de sa virilité, pour finir à la jonction de l'orifice. Je le sens hésitant, mais je l'attrape par les hanches et il gémit quand il comprend que moi je ne le suis pas. Ma langue entre en lui, plus profond au rythme de son déhanchement sur mon visage. D'un bond il se relève et me tire par le bras, s'agrippe au guidon du chariot et m'invite à entrer en lui encore plus profondément. Je suis aspiré en lui et rebondis sur ses fesses dans une frénésie qui s'interrompt par sa main qui attrape mon bras et attire ma main vers devant. Collé au plus profond de lui, il me chuchote à l'oreille d'y aller plus fort et de le saisir. A peine l'ai-je pris en main que je sens les pulsions sanguines affluer par à-coups et déborder de lui au sommet du plaisir. Il se relâche et glisse une main tremblante vers mes fesses. J'explose direct en lui quand il entre moi à en avoir mal aux dents de retenir tant de plaisir.
Nous nous rhabillons non sans nous jeter des sourires et regards de connivence. Il se dirige vers les coulisses, ok je ferai le tour par l'entrée principale. Il s'arrête, fait demi-tour et m'embrasse avec tendresse cette fois-ci. Il colle son front au mien, me plonge dans ses yeux et avec un air goguenard me lance « putain ouais merci ».
CONCOURS-2026-104
Lâcher prise
Il faisait plus frais, à présent. L'air ambiant était à nouveau respirable. Mes espoirs de le voir s'amenuisaient.
Il m'avait dit quelques jours auparavant, pour plaisanter, que comme ma maison était équipée d'une clim, il viendrait y passer un moment avec moi. Et moi, bêtement, j'y avais cru. Je ne sais pas au juste si, ce qui le retenait, c'était les caméras installées autour de la maison et la peur de se faire repérer par mon mari ou tout simplement le fait qu'il n'était toujours pas décidé à passer à l'acte, que ce soit avec moi, ou n'importe qui d'autre, d'ailleurs. Cela faisait tout de même trois ans que cela durait.
— Je débranche tout ce que je peux.
— Et moi, je serai là d'ici moins d'un quart d'heure.
Il est clair que les quelques kilomètres qui nous séparaient seraient vite avalés. Était-il finalement décidé à changer de cap.
Je l'ai entendu frapper à la porte. Je n'ai pas bronché. On avait convenu qu'il jouerait au livreur d'Amazon qui se pointe alors que je prends une douche, ou que, tout simplement, je n'ai pas entendu ou ne suis pas là… Il prendrait l'allée à droite de la maison – j'avais fait le nécessaire avec les caméras qui en surveillaient l'arrière – et entrerait par la porte de la véranda où je l'attendrais…
J'avais choisi de ne pas porter une tenue aguichante. Je sais, grosso modo, ce qu'il préfère. Et cela n'a pas grand-chose à voir avec de la lingerie sexy genre porte-jarretelles ou soutien-gorge balconnet. Quoi que… C'était un jeune gars spontané. Vingt-cinq ans de moins que moi, je dirais. Nature, aimant le grand air, le sport. Je n'allais pas l'allumer avec ce genre de chose.
Quand il a franchi la porte, je lui ai pris des mains le colis factice d'Amazon. Et puis, je l'ai entraîné vers le divan du salon. Je l'ai fait s'asseoir à côté de moi. Sans dire un mot. On se regardait intensément, les yeux remplis de points d'interrogation. J'avais déjà ces tiraillements dans le ventre, les ailes du nez qui vibrent. Un tel spécimen bientôt contre moi, en moi, cela m'excitait au plus haut point. Ses mains étaient posées sur ses genoux. Elles les emprisonnaient tellement fort que les jointures de ses doigts étaient blanches. Je sentais son stress, ses inquiétudes, son envie de sexe aussi.
La situation était étrange. Tout l'était. Ce rendez-vous. La manière dont les choses s'étaient accélérées en moins d'une semaine. Après tous les silences, les faux pas, on avait l'air d'être en phase. Mais « l'air fait-il la chanson » ?
— C'est le grand jour ?
Ma voix avait résonné dans le silence pesant. Je portais, comme pour encourager un peu le destin, la tenue que j'arborais lors de notre premier rendez-vous il y a pratiquement trois ans : un haut bleu marine, une petite jupe en tulle dans les tons écru, gris et bleu marine aussi et des sandales plates.
Sans dire un mot, il a approché la main de ma jupe et l'a fait remonter un peu sur mes genoux. J'avais déjà les jambes brunes. Il m'avait parlé de ça, de mes cuisses. Simplement, naïvement. J'étais certaine que ce n'était pas une technique de drague. Il était comme ça : nature. Mais je l'ai déjà dit.
Son autre main a rejoint mon cou et a commencé de jouer avec une petite mèche de cheveux qui avait du mal à rester coincée derrière mon oreille. Doucement, son visage s'est penché sur le mien. Sa bouche a cherché la mienne. Et l'a trouvée. Est-ce utile de le dire ?
Avec fulgurance, j'ai repensé à tout ce qu'on se racontait. En vrac « si on se retrouve à l'hôtel, je me mettrai vite tout nu ». Mais considérait-il qu'on l'était, à l'hôtel ? « Si je souris, c'est parce que je suis heureux » quand, à notre deuxième rendez-vous, j'avais senti sa bouche s'étirer lorsqu'on s'était embrassé. « Ça a le mérite d'être bien écrit car il ne m'a pas fallu 30 secondes pour bander fort et avoir envie de t'écrire…en t'imaginant te faire prendre » à la lecture d'une histoire pondue juste après un rendez-vous avec un homme avec lequel j'avais une liaison depuis plus de six ans. J'y parlais de la fougue de ses approches et du fait que j'aie complètement perdu les pédales tant il m'avait comblée…
C'était très jouissif mais étrange aussi. J'étais en train de « cérébraliser » quelque chose qui aurait pu être juste sensuel et animal. Quelque chose dont je rêvais depuis que j'avais croisé cet homme. Quelque chose qui aurait pu se passer depuis longtemps mais qu'on repoussait toujours. Les fois où il m'avait proposé qu'on se retrouve et où je m'étais débinée parce que j'étais occupée ailleurs, autrement. Mes insistances pour qu'on se voie mais où lui était toujours « sur 1000 choses à la fois ».
J'ai balayé toutes mes réflexions. Il y avait tout de même autre chose à faire quand on est assise à quelques centimètres d'un gars qui coche autant de cases : bien de sa personne, physiquement, cela s'entend, gentil, respectueux, qui a de l'humour et qui n'est pas con.
Laisse-toi aller, me disait la petite voix dans ma tête. T'en as tellement rêvé. Et puis, vous attendez depuis si longtemps.
Moi, j'étais sûre que j'attendais… Mais lui ? On en était au même point. On attendait les mêmes choses. J'attendais qu'il se décide. Il attendait d'être vraiment sûr de lui. Je pensais qu'il s'agissait de cela de son côté. Et surtout, on attendait de se mélanger : les langues, les doigts, les fluides.
J'ai fermé les yeux et…
Tout a basculé…
Ce désir, celui qu'on s'efforçait de contenir, il était devenu trop imposant pour chacun de nous. Pour que notre cœur ne soit plus gonflé d'envies. Pour que notre corps se mette totalement au service de nos instincts.
J'ai pris sa main. Sa main large qui aurait sans peine pu contenir un de mes seins. L'ai mise sur ma cuisse.
— Là, ai-je dit simplement.
J'ai chassé la phrase de l'homme dont je parlais un peu avant « je sais que cela vous démange entre les jambes » de mon esprit et j'ai fait remonter les doigts de mon visiteur là… J'avais le souffle court. Je me disais que quand cette main arriverait près de ma culotte, il se dirait que j'étais déjà fameusement excitée. Il n'aurait pas tort.
Lâche prise…
Je luttais contre le fait d'anticiper comment les choses se dérouleraient. Je voulais accepter la situation telle qu'elle se présenterait, en profiter.
J'ai senti son index adroit jouer avec la lisière de ma culotte. Celle de la taille. Celles des jambes. Le doigt s'approchait de ma toison pubienne. Mon cœur battait jusque là, à l'intérieur de mon vagin. Il allait s'en rendre compte, c'était certain et ensuite…
Lâcher prise…
— T'es chaude, toi…
C'était à mon tour de sourire. J'avais envie d'ajouter : et très mouillée. Je ne savais pas si ça l'exciterait que je dise cela ou si ça le refroidirait.
— Lâche prise…
C'était sorti de sa bouche.
J'ai ouvert les yeux et l'ai regardé, interloquée.
— C'est pas facile de pénétrer un corps aussi tendu et serré que le tien. T'as pas… envie ? Autant que moi ? Et puis, c'est… juste un doigt.
J'aurais voulu hurler que si, justement, je ne rêvais que de cela. Que j'attendais ce moment depuis qu'on s'était vu, ce matin de juillet, trois ans auparavant. Que quand j'avais envoyé à mon autre amant que j'étais assise sur un banc en compagnie d'un jeune homme très, très convoité, je m'imaginais déjà au lit à l'hôtel avec lui, ce monsieur, devant lui, mon amant. Que depuis, mes fantasmes vont de l'un à l'autre : qui serait le spectateur ? Et l'acteur ? L'un puis l'autre ? L'un et l'autre ?
— Tu dois bien te dire que…
Je ne savais pas comment formuler cet afflux d'idées et d'un autre côté, j'avais toujours cette injonction « lâche prise » qui me squattait le ciboulot…
— « Le désir est parfois incompris, même pour soi-même »
— Monsieur philosophe ?
— On passe à l'acte et puis je t'explique…
— La raison pour laquelle tu dis ça ?
— Voilà. Chut, maintenant… mais que ça ne t'empêche pas de gémir. Surtout, ne te retiens pas… J'aime ce genre d'encouragement.
Et c'est ce que j'ai fait : j'ai lâché prise, j'ai soupiré.
Il était tellement ardent. Il avait envie. De moi ? De plaisir ? De se montrer viril ? De me montrer que même s'il était jeune et passablement – plutôt parfaitement – inexpérimenté comme mari infidèle, il assurait ? Avec quelqu'un qui n'était pas son épouse. Avec quelqu'un de mon âge. Même si, plusieurs fois, il m'avait décrété que l'adultère n'était pas pour lui.
Je me suis débarrassée de mon slip. Il a ouvert la tirette de son pantalon en toile, a fait glisser ce dernier à ses pieds et a ôté son boxer. Nos vêtements étaient éparpillés dans le divan et on était là, l'un dans l'autre, à se donner pour que l'autre jouisse et soit rassasié.
Et quand j'ai eu un orgasme, avec lui imbriqué en moi, et qu'ensuite il s'est répandu sur son ventre grâce à ma main rapide, il m'a dit qu'il n'avait jamais envisagé que le désir, le sien, serait au rendez-vous de cette façon. Qu'il savait pour moi. Que lui, il n'avait jamais désiré que son épouse. Que dans son esprit, on ne pouvait désirer que la ou les personnes dont on était amoureux. Qu'il n'imaginait pas que ce serait si bon, d'être comblé par quelqu'un n'ayant pas de sentiments, comme il disait, pour lui. Il aurait dû dire le contraire. Quelqu'une pour laquelle il n'aurait pas de sentiments. Mais c'était peut-être trop aux antipodes de ses croyances de jeune homme bien convenable.
Le désir, le plaisir, ce n'est pas qu'une histoire de peaux et de phéromones. C'est un tout. L'anticipation d'une alchimie momentanée, d'une osmose spontanée, l'échéance qui s'éloigne un jour et se rapproche le lendemain. Et ça, on n'est pas programmé pour l'anticiper de manière claire et précise.
CONCOURS-2026-105
Nuit étérotique
Mon téléphone vibre, je viens de recevoir un message.
« J'ai appris que tu venais à Besançon cet été, passe me voir, cela me ferait vraiment plaisir. Eliott »
Eliott ?
Eliott !
Eliott….
Cela fait plusieurs années que je ne l'ai pas vu, un court message à nos anniversaires, pour la nouvelle année, rien de plus depuis combien de temps déjà ? 4 ans !
Depuis ce jour, où engagé dans une nouvelle relation, il a décidé de changer les contours de notre amitié sex-friends, il n'a plus voulu de la complicité sexuelle entre nous et moi je ne me voyais pas continuer une relation simple sans charnel avec lui la trouvant fade après tout ce vécu intense. La distance s'est installée petit à petit, ses « ça va ? » auxquels je ne répondais plus à chaque fois se sont espacés, notre vécu est devenu des souvenirs, de beaux souvenirs appartenant au passé.
Et aujourd'hui ce message….
Quelques mots, juste quelques mots mais une invitation qui ouvre la boîte de Pandore de mes archives sensuelles, sexuelles dans les bras d'Eliott, mon corps en a encore tous les sillons indélébiles. Un frisson me surprend, l'attraction basée sur les souvenirs semble toujours là, sera-t-elle réelle et présente si je le revois ?
« Hello Eliott, pourquoi pas ! Cela me fera aussi plaisir de te revoir, je te présenterai Nicolas mon compagnon, si c'est ok pour toi je te ferai signe quand je serai dans la région. Bises »
…
…
…
Tiens, il ne répond pas du tac au tac comme il avait l'habitude de le faire avant.
Une bonne dizaine de minutes plus tard, je reçois sa réponse : « D'accord, tiens-moi au courant. Content de te savoir en couple ».
9 jours plus tard, main dans la main, Nicolas et moi sonnons à la porte d'une grande maison à la campagne. Je ne savais pas qu' Eliott vivait là désormais, sans doute une maison qu'il a achetée avec sa compagne.
Dans l'excitation des retrouvailles, j'ai d'ailleurs complètement occulté sa compagne, mon esprit s'emballe, les scénarios prennent naissance dans ma tête avec l'imagination qui ne me fait jamais défaut. Un sentiment mêlé de curiosité mais aussi de jalousie m'envahit, je le repousse aussitôt. Eliott a une compagne, j'ai un compagnon, il n'y a pas de place là pour ça.
Nous avons convenu d'une auberge espagnole, chacun-e a préparé un de ses plats préférés pour le partager. Pour éloigner le trouble qui accélère les battements de mon cœur, je me concentre sur mon dessert, qui était le préféré d'Eliott il y a quelques années.
La porte s'ouvre, il est là devant nous…
Avant même de le regarder, je reconnais immédiatement son odeur, l'odeur légèrement musquée de sa peau, celle qui éveillait instantanément mon désir, un parfum de nectar dont je ne me lassais jamais, qui éveillait comme nul autre ma gourmandise.
J'inspire discrètement pour qu'elle m'emplisse…hummmm
« Bonjour, bonjour les ami-es » lance Eliott
Présentations, sourires, embrassades, accolades. Il n'a pas changé, quelques poils blancs de plus dans sa barbe. Ces poils qu'il arrachait dès leur apparition, car ils étaient pour lui l'intrusion d'une vieillesse qu'il refusait de voir venir, ceux que j'embrassais avant qu'ils ne soient sacrifiés.
Ses yeux et son front ont pris quelques rides. Celle du lion entre ses deux sourcils bruns et épais, qui se montrait chaque fois qu'il se concentrait, est maintenant devenue permanente. Je prenais plaisir à la caresser du bout de mon index mouillé de salive pour l'assouplir, la masser. Et son regard vif est bien semblable à mes souvenirs, toujours aussi intense, j'ai souvent eu l'impression qu'il me déshabillait et j'aimais voir le sourire plein de désir qui arrondissait les lèvres d'Eliott à ce moment. Ses lèvres…
Eliott est seul ?
Eliott est seul !
Eliott est seul…
" Laure est partie pour quelques jours avec des ami-e-s dans le Sud, elle m'a dit de vous transmettre son bonjour. Mais allez, entrez ! On ne va pas passer la soirée sur le pas de la porte."
L'odeur de fumée nous indique que le barbecue est déjà en route.
Mon ventre gargouille, je salive, j'ai faim, j'ai faim de tout, la présence de mon ancien amant éveille mon appétit sans que je ne puisse le contrôler.
Au cours de la visite du jardin, je remarque une cabane perchée dans un arbre. J'aime les arbres, ils m'émerveillent, une cabane entre les branches est pour moi un endroit chargé de magie. Celle-ci, avec une rambarde, ressemble à un balcon princier au milieu de la verdure.
« C'est assez solide pour qu'on puisse manger là-haut ? », je questionne.
Mon ami sourit, « Je vois que tu as encore ton esprit enfantin, j'étais sûr que cette cabane t'attirerait…Allez, pourquoi pas ! Je vais chercher une échelle et m'assurer qu'elle est encore assez solide ». Nicolas acquiesce. Ravie, avec lui, je vais chercher dans notre camion aménagé de quoi faire de cette cabane un salon cocooning : un matelas futon et un plaid douillet pour le confort, des foulards colorés, un attrape-rêves et les deux spirales à vent en crochet que j'ai faites dernièrement pour la décoration, des petites bougies LED et un bâton d'encens pour une ambiance intimiste. Eliott apporte les couverts et une petite nappe pour protéger le matelas le temps du repas.
La soirée peut commencer !
Les hommes ont fait connaissance et semblent bien s'entendre. Au milieu des conversations, des rires, des anecdotes, nous dégustons un repas riche en saveur qui nous fait pousser des soupirs de satisfaction à chaque bouchée. Chacun-e y a mis sa personnalité, le gaspacho de Nicolas ouvre la dégustation avec des notes fraîches et acidulées qui activent nos papilles. Suivi du fumet animal et saignant des magrets de canards parfaitement grillés par Eliott, leurs peaux croustillantes et leurs cœurs tendres, le jus gras et poivré chauffe mon palais et le rend plus sensible. Enfin la douceur de mon pudding de tapioca au lait de coco garni d'une mangue sucrée et d'un coulis de fruit de la passion pour la pétillance vient apporter une touche ronde et moelleuse à ce repas.
Les goûts s'équilibrent, s'harmonisent. Nous nous sentons bien, les sens en éveil et stimulés.
Eliott s'allonge pour contempler la lune et les étoiles qui éclairent le ciel sombre de cette soirée estivale. J'ai envie de l'embrasser pour ressentir dans sa bouche toutes les fragrances du repas – c'était un de nos jeux d'autrefois, deviner ce que l'on avait mangé en s'embrassant. Cette gourmandise de lui accélère mon souffle, j'ai tellement envie de poser mes lèvres sur les siennes. Mais que dira Nicolas ? Au début de notre rencontre, nous avons beaucoup échangé sur nos envies, notre sexualité et nous nous sommes affirmés ouverts à une certaine liberté toutefois nous n'avons jamais abordé avec précision ce cas de figure où en sa présence, j'ai envie de faire l'amour avec un autre homme.
Comme s'il avait lu dans mes pensées, Nicolas pose sa main large et légèrement calleuse sur mon dos et le caresse doucement. Envahie par mes pensées contradictoires, je pense d'abord qu'il me retient, mais je ressens alors une légère pression dans ses caresses, une pression qui me pousse délicatement vers Eliott.
J'hésite. Prise en étau entre mon attirance puissante et les convenances sociales limitantes, je ne sais pas comment agir. Le silence s'est installé. Je me sens troublée, un peu perdue. Soudain Nicolas me murmure « Lâche prise Karine, suis ton élan, ne réfléchis pas. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même ». Alors je me lance, je chevauche Eliott et me penche sur lui pour l'embrasser avec volupté, il s'offre à ce baiser sans résistance pendant plusieurs minutes, puis ses dents mordillent mes lèvres pleines de gourmandise pour lui, et il me rend mon baiser avec fougue, à la commissure de mes lèvres, sur mon visage, dans mon cou. Ma respiration s'accélère, mon sex-friend d'autrefois sait encore si bien en quelques secondes décupler mon désir pour lui et me livrer le sien à l'état brut.
Derrière moi, Nicolas décide de se joindre à notre jeu, il soulève ma robe légère, le seul vêtement que je porte et frôle délicatement le bas de mon dos – il connaît les caresses qui me font réagir. Ses paumes puissantes entourent mes hanches et, du bout de la langue, il vient lécher le creux où mes fesses prennent naissance.
Comme un bruitage synchrone et idéal, le bruissement du vent dans les feuilles de l'arbre accompagne les frissons qui me parcourent.
La pression des baisers de Nicolas me pousse vers l'avant, Eliott en profite pour saisir un de mes tétons et le caresse, le titille avec ses doigts jusqu'à ce qu'il sente la pointe durcir comme un appel à plus. Alors ses lèvres prennent le relais avec délice.
Les deux langues de mes compagnons se répondent, dessinent mes rondeurs. Leur connivence à me donner du plaisir m'enivre, je gémis doucement. Mon esprit qui s'agitait encore un peu se calme, les sensations doublées prennent possession de mon corps, mes gémissements qui s'amplifient se mêlent aux bruits de la nuit, offrant au monde la tonalité de mon chant de plaisir.
Eliott se redresse, me fait face, nos yeux se rencontrent, nos pupilles se connectent, je connais toutes les promesses de son regard de braise. Il se dénude et se met à genou devant moi pour m'offrir son sexe tendu, celui que j'ai de si nombreuses fois invité dans ma bouche, dont j'ai léché chaque millimètre afin de le reconnaitre les yeux fermés. Jouer avec lui a été un de mes passe-temps favoris, je retrouve ce plaisir avec joie et malice. Je sens les tremblements d'Eliott qui m'invite à ralentir pour qu'il reprenne son souffle. Sa main caresse le haut de mon dos, mes cheveux avec sensualité. Puis les tirant légèrement, il m'invite à le déguster à nouveau. J'entends son « ooohhhh », je le sens fondre en moi au même moment où je perçois le sexe de Nicolas à l'entrée du mien, il se penche vers mon oreille, la mordille et me susurre « je peux ? ».
Je me cambre contre lui, mon sexe mouillé glisse autour du sien, l'invitant à s'y mouvoir, à s'y plonger.
Eliott m'embrasse le visage, mord mes lèvres, hume mon cou.
Mon corps tremble sans contrôle, je m'abandonne à ces deux hommes qui, d'un commun accord, se sont liés pour m'ouvrir un univers de plaisir envoûtant, extatique. Tout mon être s'offre à cette expérience en terre inconnue.
La langue d'Eliott descend le long de mon ventre pour rejoindre mon pubis, se fraie un chemin entre les poils à la recherche de mon clitoris, un tressaillement lui indique qu'il a atteint sa destination.
Je suis un ecosystème vibrant, brûlant, sauvage, intense que mes compagnons du soir contemplent et honorent pleinement dans la lumière de la lune.
Une chouette effraie hulule, je ne lui laisse pas me voler la vedette, mon cri organique, orgasmique et symphonique s'élève entre les branches.
Cette nuit ne fait que commencer…
CONCOURS-2026-108
Une tendre habitude
Comme tous les soirs j'allais profiter de l'atmosphère rafraîchissante de la cour intérieure. J'aimais ce moment où le crépuscule arrivait à pas de loup, allongeant l'ombre d'un palmier, noyant une colonne. Je restais là jusqu'à la nuit tombée, m'enivrant des senteurs du jardin. Peu à peu, je faisais le vide en moi. Le chant de la petite fontaine s'avérait propice à ma détente. L'eau jaillissait du mascaron cornu surmonté de deux angelots et retombait dans la vasque, absorbant mes dernières pensées. Souvent je venais là après mes longues promenades à pied en dépit de la chaleur accablante. Je visitais les villages alentour, photographiais les habitants, leurs maisons, leurs activités, leurs jardins. J'écoutais les vieux installés à l'ombre d'arbres vénérables sur la place de leur village, j'observais les jeux des enfants, et les activités du quotidien. Peu à peu grâce à ma maîtrise grandissante de l'espagnol et à mes visites régulières j'avais gagné la confiance des villageois. Je prenais des notes. Je flânais le long des canaux d'irrigation. J'avais le projet d'utiliser ce matériau, images prises au vol et pensées, pour les rassembler en un ouvrage de photographies et de réflexions.
Une fin d'après-midi, je m'étais assoupi, épuisé par la marche et le flot d'informations. Je me réveillai à l'instant où mon sperme fusait. Entièrement livré à l'agrément de la sensation, je crus à une de ces jouissances liées aux rêves. Apaisé, j'allais me replonger dans la somnolence quand j'aperçus dans la pénombre la silhouette d'une jeune femme qui se lavait les mains dans l'eau de la fontaine. Me pensant endormi, elle fredonnait : « Alouette, gentille alouette, je te plumerai… ». Je souris en entendant la suite : « Et la tête ? Et la tête ! Et la queue ? Et la queue ! »
Le lendemain, je m'allongeais selon mon habitude sur les confortables coussins du divan. Mais cette fois mon coeur battait. Ce moment délicieux allait-il se reproduire ? Viendrait-elle ? J'étais intrigué. Je simulais l'endormissement. Au bout d'un temps qui me parut très long, le rideau de la porte s'écarta et une ombre se glissa jusqu'à moi. Avec d'infinies précautions, la jeune femme passa la main sous ma chemise, défit la ceinture de mon pantalon afin de dégager mon sexe. Je ne pouvais distinguer ses traits dans la pénombre. Elle parvint à mettre à nu l'objet de sa curiosité. Il n'était pas encore tout à fait raide. Elle s'amusa de cette consistance d'entre deux, le balançant de droite et de gauche entre ses doigts. Lorsque ma verge fut bien dressée, elle entama la manœuvre masturbatoire. Ses doigts coulissaient facilement, enduits d'une huile parfumée dont l'odeur me troublait. Je saisis son poignet. Elle poussa un cri de surprise.
« Alors, on joue à des jeux dangereux ? »
Sans répondre elle recula. Je ne distinguais pas ses traits. Prise sur le fait, elle manifesta de l'embarras. J'en perdis tous mes moyens. L'affaire ne prenait pas la tournure espérée. Je tentais de la consoler. Quand elle se fut un peu calmée, elle déclara se prénommer Arlette. Elle séjournait dans cet hôtel avec son père, un riche homme d'affaires. Puis elle se retira derrière le rideau comme la fin d'un rêve. Si elle ne revenait plus ?
Elle me rejoignit tous les soirs. Son doigté faisait merveille, au point que je préférais le plaisir prodigué par cette douce main à toute autre forme d'amour. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Elle s'appliquait, ne manquait pas d'imagination dans l'action. Tantôt assis, tantôt appuyé sur mes coudes, ou la tête reposant sur un coussin moelleux, je contemplais ses deux mains, blanches et capricieuses colombes, qui virevoletaient autour de mon sexe érigé.
Les variations ne manquaient pas. Cela allait de la forme la plus simple de la masturbation, les doigts enserrant la verge en anneau et la massant jusqu'à ma jouissance. Efficace. D'autres fois, quand la fantaisie saisissait l'esprit de la coquine, j'étais livré à de délicieux tourments : elle tirait sur ma peau tendre, en recouvrait mon gland. L'opération pouvait durer longtemps avant que je ne me répande à l'intérieur de mon prépuce fermé. J'aimais surtout quand elle me massait avec les paumes de ses mains, comme une de ses sœurs de la préhistoire frottant un morceau de bois pour que jaillisse le feu de l'écorce inerte. J'étais émerveillé par la concentration de la dispensatrice de mes bienfaits, agenouillée à côté de moi. Il n'était pas rare que des gouttes de sueur tombent sur mon corps. C'était alors que je goûtais le mieux la montée inexorable du plaisir, l'impossible retour en arrière, quand je sentais que mon corps serait hors de contrôle, tendu et pris dans l'éternité des secousses. Le fluide retombait en larmes tièdes sur ma peau, les coussins, les mains d'Arlette. Certains jours elle me tendait ses doigts à lécher, ou bien elle recueillait l'onguent dans le creux de ses mains, y mêlait un peu d'eau de la fontaine, et nous partagions ce nectar.
Nos tendres habitudes durèrent plusieurs semaines. Arlette me confia que parfois elle gardait pour un moment mon odeur sur ses mains. Un soir, elle me caressa longuement, et m'initia à cette technique extrême-orientale qui consistait à refouler la liqueur séminale vers les testicules. Ainsi, prétendait-on, on cheminait vers la paix intérieure, et on allongeait la durée de sa vie. À la suite de ce cérémonial, Arlette m'annonça que ses vacances finissaient là et qu'elle retournait à Paris avec son père. Elle reprendrait son travail qui consistait à modeler de ses mains les répliques en cire des célébrités. Puis elle prit son envol en riant. Le rideau se referma.
Je n'ai aucun souvenir précis de ses traits, juste le profil de son nez et son chignon. Je marche moins dans la campagne et j'aborde les entretiens avec les villageois sans enthousiasme. Je m'ennuie et m'étiole. J'essaye bien de retrouver moi-même les gestes libérateurs de mon absente. Mais quand je vais jusqu'au bout, il me reste dans ma bouche le goût amer de la frustration. Je n'en tire aucune satisfaction. À la tombée du jour, mon âme s'assombrit d'une grande tristesse. Imperturbable la fontaine gazouille. Les coussins profonds m'endolorissent.
CONCOURS-2026-113
Incognito
Le soleil s'éteignait peu à peu, comme sur tous les soirs monotones de sa vie. Agathe regardait la lumière disparaître rayon après rayon. Elle était assise depuis un certain temps et ne parvenait pas à quitter son banc.
Elle regardait sa main droite alourdie de l'objet qu'elle tenait fermement. Un bout d'avenir sur un bout de carton. Une carte de visite. Blanche. Lustrée. Un logo rouge qui ne représentait pas grand-chose. Une adresse.
– Viens, ça te fera du bien. Ça te changera les idées.
Et sexy ce soir, n'oublie pas. Pas de limites. Du lâcher prise Agathe. Du lâcher prise !
Facile à dire quand on a vingt-cinq ans et pas d'attache. Mais maman de deux garçons, mariée à un homme qui ne l'avait plus touchée depuis plus de deux ans, emprisonnée dans la routine des journées cadencées par le tempo de la vie ordinaire d'une famille ordinaire. Le quotidien, assassin d'une femme qu'elle voulait pourtant encore désirable. Sa meilleure amie lui avait alors remise cette carte de visite, invitation aux soirées libertines dont elle lui avait déjà parlé.
Agathe était donc sur son banc, en face de cette adresse, carte à la main. Le soleil déclinait dans un ciel d'or et de pastel et se lançait dans un ultime décompte. Rentrer chez soi ou rentrer dans cette maison ?
La réponse à cette question était dans sa petite robe noire posée au-dessus du genou, dans cette lingerie achetée mais jamais assumée, dans ce rouge à lèvres carmin recouvrant ses lèvres pulpeuses et dans ce sourire esquissé au fond de son regard.
Le soleil disparaissait maintenant et enrobait cette maison d'une lueur enflammée devant une toile bleutée.
Agathe se leva et, résolument, s'orienta vers cette façade qui cachait, à n'en pas douter, l'extraordinaire. Le surnaturel à portée de main, parenthèse fantastique dans une vie banale. Ses pas l'avaient guidée au rythme de sa curiosité et des milliers de questions qui l'assaillaient. Déjà elle sonnait. Déjà on lui ouvrait. Elle présenta la carte et on la laissa entrer sans autre formalité qu'un bienvenue silencieux esquissé d'un geste flou.
La pénombre la saisit et Agathe eut d'abord envie de s'enfuir. Pas un bruit. Juste des frôlements. Juste des froissements. Une noirceur flamboyante l'emprisonnait. Une fois ses yeux accoutumés, elle se plaça contre le mur le plus proche et observa silencieusement l'univers qui se mouvait devant elle.
Le contact des corps lui comprima la poitrine tel un choc et l'aveugla si bien qu'elle dut se tenir pour ne pas vaciller. Elle se déplaça lentement vers un coin de la pièce et prit une profonde inspiration pour ne pas laisser la panique l'envahir. L'air qui la pénétrait la régénéra en une lente expiration décontractante. Agathe pouvait encore partir.
Mais sa décision était en fait déjà prise depuis longtemps. Lorsqu'elle avait accepté de prendre cette carte, passeport contre ses désirs frustrés et ses instincts refoulés.
Agathe leva alors les yeux vers le microcosme qui s'animait malgré elle. La lascivité de l'instant la subjugua. Elle voyait les silhouettes s'enlacer, les mains se chuchoter des serments de volupté. Les étoffes susurraient des envies de destruction, de toiles déchirées, de dentelles arrachées. La lueur pourpre qui régnait rebondissait gracieusement sur les membres entrelacés. Les ombres se répandaient et s'allongeaient vers Agathe qui ne pouvait détacher les yeux de cette enivrante démonstration.
Aucun son. Hormis celui des respirations.
Aucune voix. Hormis celle des bouches, celle des langues qui se rencontraient.
Aucun bruit. Hormis celui des gémissements muets des âmes emmêlées.
Les discussions étaient touchers, les conversations étaient étreintes.
A cet instant Agathe s'aperçut qu'elle ne voyait aucun visage. La lumière sciemment déclinante anonymisait parfaitement cette multitude de peaux. Agathe ne comprenait pas comment ce phénomène était possible mais était-ce important ? L'incognito au service du désir. La discrétion au service du plaisir. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Le secret de son obscurité lui rendait ici toute sa légitimité et délivrait Agathe de sa culpabilité. Aucun visage, aucune identité.
Libérée de tout scrupule, Agathe se mêla à la foule. Inondée de ces peaux, elle laissa, d'abord timidement, ses mains s'aventurer au gré de sa traversée. Elle frôla des bras, toucha des mains, des nuques qu'elle respirait sur son passage. Réciproquement, elle s'abandonna à l'enchantement des doigts qui la cueillaient, aux lèvres qui la goûtaient. Elle vibrait de ses effleurements délicieux qui lui rappelaient pourquoi elle voulait vivre.
Soudain, elle sentit qu'on la tenait. Deux mains fermes sur ses bras, sans agressivité, sans violence. Elle savait instinctivement qu'elle ne voulait pas s'en libérer. La présence de cet inconnu l'inondait d'un appétit charnel. Elle frissonnait de son souffle dans son cou, elle tremblait de ses mains qui glissaient vers ses seins qu'elle percevait gonfler de leurs excitations. Son partenaire d'un soir glissa ses doigts à l'intérieur de son décolleté et caressa doucement son téton déjà durci.
Elle n'avait pas envie de se retourner. Elle ne voulait que lui plaqué dans son dos, lui et son érection qu'elle sentait derrière elle. Elle ne voulait que cette main qui s'aventurait sur son ventre, sur sa cuisse. Elle s'autorisa à toucher ses muscles bandés qui la maintenaient dans une étreinte caressante. Elle s'appuyait sur ses abdominaux gainés pour pencher lentement la tête dans un angle d'invitation.
Il lui embrassa le cou et fit courir sa langue le long de sa jugulaire jusqu'à lécher langoureusement son délicat lobe d'oreille. Tout en effleurant sa nuque du murmure de son souffle, il remonta sa robe et s'y glissa délicatement pour effleurer le bord de sa lingerie. Elle percevait l'humidité envahir son clitoris. Ses lèvres gonflées n'attendaient que son fugace compagnon. Il amena silencieusement ses doigts à sa bouche puis les guida à l'intérieur de son entrejambe. Leurs moiteurs se mêlèrent. Une onde de chaleur la transporta lorsqu'il la toucha. Le plaisir continua de monter lorsqu'il la pénétra d'une secousse et bougea langoureusement à l'intérieur de son vagin. Elle sentait ses baisers dans son cou et voulut l'embrasser à son tour. Elle se retourna et plaqua sa poitrine contre son torse. Ses seins durcis rencontrèrent la douceur d'une chemise qu'elle souhaitait arracher d'une furieuse pulsion.
Elle déposa ses lèvres entrouvertes sur les siennes et laissa libre court à sa langue avide de ce mâle. Un baiser enflammé de ceux qu'elle ne connaissait plus. Mais la mémoire des corps est la plus forte. Elle se livra complètement, sciemment dans les bras de son inconnu. Ses mains parcouraient le corps de son partenaire et se crispèrent à l'âpreté du tissu sous ses doigts. Elle voulait toucher ses muscles, sentir son corps se tendre dans l'excitation et se fondre dans sa chair.
Ils se déplacèrent alors tous deux tout en continuant de s'embrasser. Leurs pieds se déplaçaient au rythme de leurs caresses. Bientôt ils se retrouvèrent à l'écart. Ils s'éloignèrent l'un de l'autre et s'observèrent un instant. Leurs visages dans l'obscurité, ils se nourrissaient de ce qu'ils apercevaient de leur anatomie. Avides de désir, ils se rapprochèrent l'un de l'autre et laissèrent leur soif s'assouvir. Déjà, il relevait sa robe et lui arracha sa lingerie. Déjà, elle retirait sa ceinture et déboutonnait violemment son pantalon. Il la souleva et la posa sur le guéridon, seul mobilier présent dans cet étrange boudoir. Il s'immobilisa un instant. Elle cessa de respirer. Une seconde. Une deuxième. Dans cet instant figé, leurs deux êtres apprivoisés se scrutaient une dernière fois avant l'assaut final. Elle écarta les jambes. Elle ne supportait plus de se sentir aussi vide et l'invitait à combler le néant. La fusion opéra. Sa verge majestueusement dressée la pénétra en une seconde d'éternité. Tout prit sens. Sa présence dans ce lieu. Les raisons de cette escapade étonnante. Seuls leurs râles troublèrent le mutisme du lieu. L'assaut de leurs désirs exprimait toute l'excitation de leur animalité. Instinctivement elle planta ses ongles dans son dos et l'attira en elle plus profondément encore, lui striant la peau de tatouages carmin. L'invitation fut acceptée et les coups de bassin qu'il lui assénait maintenant se firent plus rapides, plus forts, plus bestiaux. Et elle aimait ça. Elle aimait cette saillie franche, cette baise précipitée. Elle en redemandait même. Ses hanches basculaient sur le tempo de ses à-coups et l'emmenaient encore plus loin en elle. Elle percevait leur souffle se faire plus fort et pourtant elle ne souhaitait encore qu'une énième accélération. Elle sentait sa conscience à la limite de l'impensable, au bord de l'inavouable. Elle le voulait encore, elle voulait sentir sa verge au fond d'elle dans ce jeu de pal caressant.
Déjà les teintes de l'extase l'atteignirent. Son agonie commença. Elle s'entendait gémir au fur et à mesure que le ravissement l'emprisonnait. Elle ne voulait pas être délivrée. Elle voulait que cette ivresse demeure, la fasse vibrer pour toujours. Une ultime étreinte. Un ultime frisson. La jouissance l'emprisonna d'un coup et balaya sa rationalité du souffle de la délivrance. Dans une dernière cambrure, sa peau se réveilla en une décharge de volupté qui la capturait.
Le courant se dispersa. Haletante, elle n'osa bouger pour conserver en elle l'empreinte de cette rencontre.
Il se retira doucement, la prit par les hanches et la déposa au sol délicatement. Elle rajusta sa robe, amusée de l'absence de dessous qu'elle ne regrettait pas, pendant qu'il se rhabillait.
Elle l'embrassa en un tacite remerciement, laissa l'arête de son nez effleurer une dernière fois sa joue, ses mains effleurer ses bras en un ultime toucher, et s'éloigna. C'était le jeu. Le principe même de cette soirée.
Elle rentra chez elle, satisfaite et sans remords. Elle avait été une autre femme l'espace d'une soirée. Non. Pas une autre femme. Elle avait retrouvé la femme qu'elle était, celle qu'elle voulait redevenir.
La baby-sitter était encore là.
– Votre mari a appelé. Il rentrera tard. Une réunion.
Encore. L'habitude depuis quelques temps.
Elle prit sa douche et se glissa dans son lit. Elle savait qu'elle n'aurait pas de problème pour s'endormir. Elle avait raison. Elle n'avait pas senti son mari se coucher à côté d'elle.
Elle se leva aux premières lueurs rougeoyantes du jour, délicatement pour ne pas le réveiller, et saisit son peignoir satiné sur la patère. Elle allait s'avancer pour entamer sa routine familiale, pleine d'une sensuelle torpeur qui ne la quittait plus, lorsque son œil fut attiré par un éclat rutilant. Une carte de visite qui dépassait de la poche de pantalon de son mari. Un logo rouge qui ne représentait pas grand-chose.
Un doute la saisit alors. L'effroi la submergea. Elle retourna au chevet de son mari endormi et instinctivement saisit le drap pour le glisser imperceptiblement le long de son dos.
Son mari… strié de tatouages carmin.
CONCOURS-2026-115
Lovely Rita
Voilà quatre minutes que nous nous sommes rencontrés, Rita. Un déluge tombe
autour de nous, et tu en ris, tu rayonnes. Par une averse si soudaine en ce
mois d'août, tous les résidents se sont fait surprendre, et la plupart ont
couru vers l'hôtel.
Je t'avais aperçue, de loin, au fond du parc, vers l'étang. Je m'étais dit
que tu étais une jolie inconnue, sans intention de t'aborder. Mais sans le
vouloir, sans se connaître, en cherchant chacun un abri, nous nous sommes
rejoints sous ce kiosque isolé, entouré de végétation haute. Décidément, ça
te fait rire, tu ne t'arrêtes plus. Tes vêtements sont trempés. Ça te va
bien.
Nous avons échangé nos prénoms, quelques banalités. Et maintenant j'essaye
de maintenir mon regard dans tes yeux, c'est difficile. Tu es joyeuse, et
mes pensées sont transparentes. Je sens bien que tu me devines, à mesure
que ton rire se mue en drôle de sourire.
Alors, tu m'autorises. Non, tu me donnes une simple instruction :
« Regarde-moi. » Tes deux mots n'ont aucune équivoque.
Et tout de suite, je vois que tu regrettes. Tes yeux soudain
s'assombrissent et semblent dire « Quelle idiote ! Je n'ai jamais fait ça
avant ! Pour qui, pour quoi va-t-il me prendre ? » Je te souris. Te laisse
une porte de sortie. « Mais, je vous regarde. » Mes yeux restent plantés
dans les tiens. Par réflexe, tu croises alors les bras devant ta poitrine.
Puis, lentement, tu les laisses retomber le long de ton corps. Tu as envie
d'aventure. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même.
J'ai donc ta permission ? Alors, sans urgence, sans contrainte, mes yeux
suivent la courbure de ton cou, descendent la bretelle de ton débardeur
blanc, et s'arrêtent comme sous hypnose sur le téton saillant qui affleure
sous le tissu blanc. Par transparence, l'aréole s'étend tout autour. Sur le
bord du galbe, un grain de beauté. Je n'ai pas les yeux dans mes poches.
Zoom arrière. Toi, tu sais comment poser. Tu sais comment faire tomber,
avec négligence, la bretelle de ton débardeur sur ton avant-bras. Tu sais
comment cambrer. Tu sais comment laisser trotter tes doigts autour de
l'élastique à ta taille. Tu t'en amuses, en surjouant un peu.
Très vite, tu montres que tu sais aussi très bien ne pas poser, que tu sais
laisser venir un regard, et peut-être autre chose.
« Ça te plaît ? » Ta voix manque de me faire sursauter. Je hoche la tête,
et ton rire revient. Tes mains font alors glisser d'un mouvement vif ton
short et ta culotte sur tes chevilles. Nous serions donc déjà intimes ?
Jusqu'où notre promiscuité pourrait-elle aller ? Mais ton regard gêné
revient. « Je crois que je suis devenue folle », dis-tu comme pour
t'excuser.
Tu poses tes mains sur tes hanches, comme pour encadrer d'un rideau
théâtral ta toison blonde et vaporeuse. Tes deux grandes lèvres semblent
jointes, petit abricot tout lisse. Tu redeviens hardie, et d'un geste
charmant de tes deux index, tu écartes délicatement ton sexe, tu révèles
deux fines lèvres. Mon regard remonte vers tes yeux souriants qui
confirment ton désir.
Tu fais glisser les bretelles de ton débardeur plus franchement le long de
tes bras, pour libérer tes seins. Sur le gauche, côté cœur, ton grain de
beauté gagne soudain toute sa netteté intrigante, au centre de ta jolie
courbe. Ta poitrine est vaillante, elle semble me fixer. Histoire de chair,
en deux volumes. De toute leurs pointes, très saillantes, les tétons
m'étonnent.
Je ne sais plus où donner des yeux, Rita. Avec élégance, ton buisson blond
foisonne, ta peau a commencé à bronzer, et ton maillot l'a parée de lignes
claires. Tiens, d'où pourrait venir cette minuscule cicatrice ? Mon
exploration me mène à tant de débuts de scénarios, mais tu l'interromps
soudain.
D'un geste habile du pied, tu envoies vers moi ta culotte, bleue, douce et
légère, qui atterrit dans mes mains. Tu me défies. Un seul sens n'est pas
assez pour te découvrir. Et t'exciter, je le vois bien. Alors je porte le
tissu à mon nez pour inspirer ton désir. C'est puissant, c'est délicat,
c'est excitant, c'est…
« À toi. » Ta voix a encore interrompu mon fil intérieur, et ça me va. Je
regarde soudain autour de moi, comme honteux. Tu ris encore. Autour de nous
de hautes herbes, et le rideau de la pluie drue qui continue à tambouriner
sur le toit du kiosque. Bien sûr, je ne vais pas me défiler. En quelques
gestes impatients, je me retrouve aussi nu que toi. J'ai d'abord le réflexe
de mettre mes mains devant cette érection qui s'étire, mais très vite,
devant ta moue, je me dévoile complètement.
Toi aussi, tu te mets à scanner, à parcourir, à découvrir ce corps inconnu,
mon corps. Tu t'approches. Tu prends le temps de promener tes mains, de
palper, de caresser. C'est doux sur ma peau. Je sens que tu flattes le bout
de tes doigts autant que tu me flattes. Ton souffle rencontre mon épaule,
ta respiration s'est accélérée.
Alors sans crier gare, tu t'assieds en tailleur, et tu témoignes de ton
humeur joueuse lorsque tu passes ta langue sur le long de mon sexe, avant
de le prendre en bouche. Tu gardes ce regard rieur tout en amusant ta
langue. Les mouvements de tes lèvres sont lents. Tu m'excites et me
frustres, moi qui ne suis plus, en cet instant, qu'un bout de joie érigé
comme un bambou. Nous sommes aussi surpris l'un que l'autre de céder à nos
envies, sans aucune pudeur ; cela renforce notre excitation. Ta bouche
s'active avec lenteur, pour prolonger encore l'instant.
Puis tu te relèves, tu veux mener le bal, tu mets tes mains sur mes épaules
et appuie de manière explicite. « C'est à toi ». La situation me parait
juste, échange de bons procédés. Alors je m'allonge, dos au sol, nu. Le
béton froid contraste avec ta chaleur. Tu restes quelques secondes debout,
tu me toises et ça te plaît ; je profite de la contre-plongée. J'enregistre
mentalement quelques détails de ta peau, mon regard remonte doucement le
long de tes hanches.
Alors tu t'accroupis, tu approches doucement ta vulve de mon visage, et tu
viens frotter ton petit berlingot sur mon nez, drôle d'idée. Tu joues, tu
vises, tu essayes de reconnaître les traits de mon visage avec ta vulve qui
m'explore. Bien sûr, je sors ma langue et commence à explorer la zone,
galvanisé par ton désir humide. Tu te frottes, tu gémis. Et tu
t'immobilises là où va ton plaisir. Yeux fermés, tu sens monter les vagues.
Tu te replaces, un peu, pour ne pas en perdre une goutte. Tu soupires, tu
te cambres, tu frémis, tu expires. Je me concentre sur ton petit bouton
rose. Tu m'offres ce dont je ne rêvais même pas. Nous partageons des
spasmes, des éclairs mouillés dans nos chairs. Et maintenant, tu te dégages
et me glisses à l'oreille un simple « Prends-moi ».
À quatre pattes, animale, tu me présentes ta croupe. J'aime la blancheur de
tes fesses, la marque du maillot te va bien. Sans me presser, je
m'introduis en toi, tu soupires et te cambres. Tu bouges lentement ton
bassin pour venir à ma rencontre, et commences ainsi à proposer ton rythme.
C'est une répétition jamais rassasiée, ancestrale, mais qui n'en finit
jamais de surprendre, ta respiration se fait haletante, et tout bas, tu
gémis. Je te laisse, un temps, me recouvrir et m'envelopper à ta guise,
avant d'attraper tes poignées d'amour pour accélérer vigoureusement le
rythme, pour m'avancer fort en toi. Tes râles augmentent, masqués de
l'extérieur par cette pluie qui n'en finit pas, nous profitons sans
fioriture pendant de longues minutes, puis à mesure de mes avancées, tu te
resserres autour de mon sexe en un dernier râle, quand je jouis en toi,
oubliant tout contrôle.
Nous resterons allongés quelques minutes, avant que tu ne te rhabilles à la
hâte, et que tu ne t'enfuies sous les nuées.
Je ne te croiserai à nouveau que le jour de mon départ, devant la
réception, quand tu me glisseras : « nous avons eu de la chance, le temps
était superbe. »
CONCOURS-2026-116
Rendez-vous
Lucille marche à grandes enjambées sur le pavé. Elle déteste arriver en retard, même si elle se doute qu'une fois sur place, elle devra attendre et patienter. Elle feuillettera ces affreux magazines périmés, sans âge et sans intérêt. Les autres la regarderont d'un air inquisiteur, s'interrogeant sur le motif de sa visite. Elle fera de même et dévisagera chacun avec insistance.
À dix heures précises, Lucille pousse la lourde porte cochère du numéro 122. À l'entrée de l'immeuble haussmannien, face à la loge du gardien, sur les plaques dorées se succèdent les professions les plus prestigieuses : avocats, consultants, cardiologues, notaires. Sur la troisième rangée, Lucille trouve celle qui l'intéresse. Le cabinet est situé au fond de la cour, escalier E, au troisième étage.
Un tapis rouge recouvre l'escalier, la cire d'abeille embaume les lieux. Lucille s'avance dans la salle d'attente. Elle enlève son pull, s'assoit, réajuste sa jupe.
Lucille suit le séduisant docteur, ils longent un couloir aux murs blancs et pénètrent dans l'antre médical. Le bureau délicatement éclairé propose un canapé de cuir rouge capitonné, un fauteuil assorti lui fait face.
Lucille lui tend la lettre de son médecin traitant, il la parcourt en expliquant le fonctionnement de la séance : « Installez-vous comme bon vous semble, assise ou allongée »
Lucille se laisse aller à la confidence.
« Nous habitions dans le même lotissement. J'avais pris l'habitude de l'observer du haut de ma fenêtre, cachée derrière un rideau. Elle partait en début de matinée la serviette sur l'épaule, un casque sur les oreilles et un sac en bandoulière. Elle rentrait avant midi l'air ravi. Alors, un jour, je l'ai suivie. D'abord de loin, puis, je me suis approchée pour entamer la conversation, des banalités de voisine à voisine. Elle avait trouvé un endroit idéal pour prendre des bains de soleil sans être importunée. Elle ne résista pas à l'envie de me le faire découvrir. Nous marchâmes donc toutes deux d'un bon pas vers ce paradis de tranquillité. Une grille en fer forgé, un peu rouillée masquait l'entrée entourée de hauts murs. Quelques bancs épars se disputaient les essences rares. Les cèdres apportaient leurs ombres précieuses et les jasmins leurs odeurs capiteuses. Au milieu de ce décor enchanté, les pierres tombales soigneusement disséminées servaient de terrain de jeu aux fourmis, écureuils et autres mésanges. Elle me montra sa préférée, y posa sa serviette et s'y allongea. Du fond de son sac, elle saisit un livre et repositionna ses écouteurs, m'invitant ainsi à la laisser seule. Ce que je fis sans me faire prier, j'avais repéré une pierre idéalement située qui permettait de s'étaler de tout son long, le corps dans la lumière et la chaleur du soleil, le visage à l'ombre du marronnier. Une plaque funéraire emballée dans ma chemisette me servit d'oreiller. Je me soulageai dans un bac de géranium, un jet puissant inonda la terre sèche des fleurs oubliées. Puis, je me déshabillai entièrement et offris sans pudeur mon corps nu au vent tiède, au silence et aux rais de lumière. Les yeux clos, je savourai l'instant de bonheur, une main glissée entre les cuisses. Après m'être fouillée, je m'assoupis un peu, comblée, les doigts poisseux et le sexe en feu. Le réveil fut douloureux.
Des cris effrayants m'arrachèrent à ma sieste langoureuse. Des ombres géantes me masquaient la lumière, des bras puissants me saisirent avec brutalité. Je fus emmenée de force près de ma compagne d'infortune dont j'entendais les cris de douleur. Ils m'attachèrent au tronc d'un chêne. Les seins et le sexe contre l'écorce, je présentais mes fesses et mon dos à leurs regards furieux. Plaquée, j'épousais littéralement l'arbre, mes bras l'entouraient comme si je m'étais jetée sur lui pour l'étreinte d'un baiser profond. J'avais pu durant une minute observer ma comparse. Trois femmes s'acharnaient sur elle, les autres les encourageaient. Elles avaient retiré le short et la culotte de leur victime et à tour de rôle lui administrait une effroyable fessée. Les mains s'abattaient avec force sur les globes rougis. Étendue sur les genoux de ses bourreaux, elle tentait en vain d'échapper à la volée, et se tortillait comme une anguille prisonnière. Elle criait après chaque coup, mais ne pleurait plus, elle gémissait seulement et parfois en reprenant son souffle proférait des insultes choisies à l'encontre de ces femmes vengeresses.
La peur m'avait abandonnée. J'attendais mon tour. Mon châtiment fut différent, mon crime avait été plus grand. La tige de bois souple atteignit mes fesses et m'arracha un premier cri de surprise et de douleur. Les coups s'abattirent sans cesse, je ne ressentais d'abord que la douleur, une brûlure ciblée qui se dissipait en ondes légères dans tout le corps. Les frottements de mes seins et de mon sexe sur l'écorce accompagnaient chaque coup d'une montée de plaisir, si bien que je ne sus plus si je jouissais ou si je souffrais. Le film de ma petite journée défilait et je me voyais en actrice principale, me masturbant sur la tombe, devant une petite photo surannée plaquée sur un médaillon doré, bordé de fleurs en plastique jaunies. Je dus reconnaître que l'image des fesses de la voisine se dandinant sous les frappes répétées m'avait excitée autant que son chant de douleur et son odeur forte de sueur et de peur. Sans même m'en apercevoir, je me mis à hurler de toute ma force vitale, d'une voix puissante, des mots que j'aurais dû regretter, que je n'aurais jamais dû prononcer, la vulgarité de mon ton me surprit.
– Oui, j'ai pissé sur vos stèles ! Oui, je me suis branlée sur la tombe de vos maris ! Oui, j'ai joui dans votre sanctuaire ! Oui, j'ai juté sur vos morts ! Battez-moi, brutalisez-moi, frappez-moi ! Les coups redoublèrent. Je m'évanouis de bonheur.
La nuit était tombée, j'avais retrouvé ma voisine, elle m'avait détachée. Nous parcourions honteuses, sans échanger un mot, les kilomètres restant pour rentrer chez nous. Arrivée à la maison, je pris une douche et admirai dans le miroir les marques sur mon postérieur. Je dormis profondément bien, nue, allongée sur le ventre. »
Lucille soulève sa robe, elle ne porte pas de dessous et montre ses stigmates. Du bout de l'index elle parcourt les traces rouges et les dessins bleutés qui marquent son corps albâtre moucheté de touches caramel.
Lucille avale sa salive et reprend son souffle, la séance s'avère plus éprouvante qu'elle l'imaginait. Elle est poussée dans ses retranchements, sans pouvoir se contrôler. Elle entame son récit.
« Je l'ai croisée dans une des allées du supermarché. Depuis l'affaire, elle avait déménagé. Je l'ai trouvée desséchée, le visage creusé de cernes sombres et profonds. Elle m'a saluée et affichant un sourire désabusé, elle a ricané en me prévenant de leur retour. Puis, elle s'en est allée sans un mot de plus. De qui, de quoi parlait-elle ? Je le découvris quelques jours plus tard, un après-midi.
Le temps clément pour la saison avait surpris tout le monde. La fenêtre grande ouverte, je finissais la bouteille de blanc. Je m'endormis ivre sur le canapé.
Ils apparurent. Neuf ou dix personnes se serraient dans la pièce. Elles m'avaient réveillée et dénudée. Le groupe n'était composé que de femmes à l'exception d'une personne, une créature colossale, nue, au sexe gigantesque qui portait une coiffe bordée de plumes et ceinte de deux cornes de taureau. Elles m'allongèrent sur le dos, et m'attachèrent à la table du salon. Pendant que deux d'entre elles se chargeaient de la turgescence de mon futur bourreau, les autres attendrissaient ma chair. Elles frappaient à mains nues, mon visage, mes seins, mes cuisses et mon sexe, toutes ensemble pour n'épargner aucun espace de chair. Soudain, le rythme changea, elles accordèrent leur geste, de leurs lèvres s'éleva un chant mélodieux, impie et apaisant. Le mâle en transe dansait en secousses frénétiques. Le silence se fit, et il me pénétra. Le membre se fraya un chemin au travers de mon être, il s'enfonça si loin que mille lances enflammées parcoururent mes entrailles, mon poitrail et mon palais. Les mouvements de ses reins ébranlèrent mes barrières, je réclamai les coups des femmes guerrières, savourai sans scrupule la lime meurtrière. Ses battements puissants labouraient mes parois, je rendis un jus jaune, gluant et odorant. Je criai, suppliai. Les sorcières en rut me griffaient les seins de leurs ongles pointus. Je fus lacérée de toute part de leur fureur inouïe. Alors, sentant sourdre la vague, j'agitai mon bassin. Je glissai sans vergogne sur l'immense verge. Je jouis. Infernale, éprise de tressaillements abrupts, j'insultai le malin. Mon Minotaure hirsute poussa un hurlement et comme une simple paille me retourna. Le ventre sur la table, j'attendais la semence. Il raya mon dos, y grava deux sillons de ses dents acérées et enfourna son membre raide dans ma grotte dilatée. Les ménades exaltées de me voir tourmentée ôtèrent leurs oripeaux. Ainsi dévêtues, armées de baguettes, elles frappaient en cadence sur mes fesses et mon dos. La jouissance me prit et me reprit encore. Mon bourreau se répandit. Il plut sur mon corps des gouttes de laitance qui me brûlèrent d'abord la peau, puis s'évaporèrent en un soulagement délicieux. Les femmes excitées s'astiquaient en clapotis bruyant. Je fus jetée à terre, chacune m'aspergea de ses mictions intimes. Je perdis connaissance. »
La consultation est terminée. Lucille partie, le médecin ouvre son tiroir et saisit sa loupe. Il trouve quelques poils pubiens abandonnés sur le canapé. Il les range dans une pochette de papier de soie. Il l'agrafe à la fiche cartonnée sur laquelle il enregistre toutes les informations utiles à la guérison de ses patients. Le commentaire tient en quelques lignes :
– Diagnostic : Imaginative. Expose avec délectation ses pulsions masochistes profondes, ni comprises, ni assumées. Fantasmées.
– Thérapie : appliquée en séance, traitement habituel : 15 coups de ceinturon (humour)
– Citation ad hoc : « le désir est parfois incompris, même pour soi-même »
– Suites à donner : Aucune. Ne pas accepter d'autres rendez-vous.
– Mémo : vraie rousse.
Le chemin longe le fleuve et traverse les champs. Lucille radieuse arpente la route. Au milieu des épis de blé, une minuscule trace mène au cimetière. Le temps s'y est arrêté : toujours le même écrin de hauts murs pour protéger la place ; toujours la même grille ouvragée aux charnières rouillées pour fermer l'espace ; toujours le même crissement des pas hésitants sur les cailloux poussiéreux.
Lucille ôte ses lunettes noires et contemple le soleil de face.
Assise en tailleur, elle fouille ses chairs. Elle jouit, les yeux dans l'horizon, le corps en suspension, et hurle : « je vous attends ! »
Alors, dans la chaleur de midi, les ombres s'éveillent et quittent leurs demeures sombres. Les chaînes tintent et les fouets claquent. L'après-midi tiendra toutes ses promesses.
CONCOURS-2026-118
Jasmine
« L'amant ne connaît que son désir,
il ne voit pas ce qu'il prend. »
Publilius Syrus
La première fois que je vis Jasmine, elle s'entraînait dans la salle de sport privative de mon père. À travers la porte vitrée, je l'aperçus déroulant sa foulée gracieuse sur le tapis roulant. De profil, sa silhouette dans son legging et sa brassière noirs, ses cheveux ramenés en arrière et l'harmonie de ses traits me séduirent immédiatement.
J'entrai. Elle ralentit tout de suite la machine et sauta sur le sol avant son arrêt.
— Jasmine, se présenta-t-elle en me tendant sa main. Tu dois être Marc ?
Je lui serrai la main moite avec empressement, lui confirmai l'information et nous discutâmes quelques minutes. J'appréciais son caractère franc et son sourire désarmant. J'aurai voulu continuer l'échange, mais elle me délaissa pour continuer sa séance.
Tandis qu'elle reprenait sa course sur le tapis, je sentis ma poitrine s'emplir d'une énergie nouvelle. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même, avais-je lu quelque part. A ce moment, je pris la résolution d'encore moins travailler les cours de mon école de management bidon et de me consacrer davantage à mon physique dans la salle de mon père. Je m'y employais les semaines qui suivirent.
Bien entendu, je m'arrangeais pour que ce soit aux mêmes heures que Jasmine. Tout en ramant, j'aimais contempler sa silhouette, sa taille fine, au-dessus de ses hanches arrondies, son fessier d'où partaient ses jambes interminables, aux mollets galbés sans être trop musclés. Elle possédait les caractéristiques d'une héroïne de Milo Manara dont les ouvrages se trouvaient en bonne place dans la bibliothèque paternelle. Lorsque je la suivais dans un couloir ou qu'elle quittait une pièce, sa silhouette louvoyait devant moi et semblait me narguer.
Jasmine était la nouvelle copine de mon père. Lui, le chef du barreau avait encore une fois réussi à amener dans son lit une avocate fraîchement débarquée dans la région. Il l'avait invitée à séjourner chez nous en attendant qu'elle trouve un logement. Elle avait accepté à condition de disposer de sa propre chambre.
Avec ses longs cheveux ondulés auburn, son nez mutin, ses yeux noisette et le corps délicieusement sculpté de ses vingt-huit ans — cinq de plus que moi — elle prouvait que mon père conservait un goût sûr en matière de femmes. À ce charmant corps, elle alliait une joie de vivre qui la quittait rarement. Tout en elle pétillait. J'eus beau savoir que notre relation était impossible, je devins vite fou de désir.
Une tension sexuelle existait entre nous qui n'était pas le fruit que de mon imagination. Au début, ce ne furent que des regards furtifs, via le jeu de miroirs de la salle de sport. Après nos séances, je laissais la porte de la salle de bain entrouverte au moment de prendre ma douche. A travers la vitre puis quand j'en sortais, je la voyais passer et repasser devant l'entrebâillement, affairée comme jamais.
Je fantasmais à l'idée de me retrouver seul avec elle dans la même pièce. J'étais sûr que sitôt la porte fermée, nous ne résisterions ni elle, ni moi à l'attraction. Aussi lorsque l'événement se produisit deux semaines après son arrivée, nous nous échangeâmes un long regard. Elle me fit un sourire triste mais ne bougea pas. De mon côté, à la fois ivre de son parfum et pétrifié par la situation, je ne fis aucun geste. Quand l'ascenseur rouvrit ses portes, mon désir se précipita à l'extérieur avec soulagement sous l'œil de mon père qui nous attendait, adossé contre la Jaguar, inconscient du mélodrame qui s'était joué.
À partir de ce jour, Jasmine devint plus taciturne. Elle souriait moins lorsque je la croisais. Au début, j'imputais ce changement d'attitude à une possible fatigue, à des tracas professionnels ou bien à une engueulade avec mon père.
Rien ne me laissait imaginer que je ne fus la cause de son malaise. Surtout qu'elle se sentit en droit de s'exhiber devant moi. Au petit déjeuner, son peignoir mal ajusté laissait régulièrement voir la naissance de sa poitrine. Lorsque je me levais, j'apercevais parfois fugitivement l'un de ses mamelons.
Elle laissa aussi sa porte de chambre grande ouverte et je la surpris à plusieurs reprises en train de s'habiller. Un matin, je la vis assise de dos sur son lit en train d'enfiler des bas. Elle les déroulait sur ses jambes avec une sensualité accrue à mesure qu'elle les remontait vers le haut de ses cuisses. Au moment où je m'éclipsais, je remarquais qu'elle ne portait rien au-dessus. Je me mordis la joue, réfrénais mon envie de vérifier ce que j'avais vu. La tête contre le mur, je parvins à ne pas faire demi-tour. Les images de son dos nu hantèrent longtemps mes journées et mes nuits.
Nos échanges comme ses sourires devenus plus rares, je me posais des questions. Elle vivait depuis environ deux mois dans la maison lorsqu'un soir, je lui barrais la sortie de la salle de sport et lui demandais comment elle allait.
— Bien, me répondit-elle. Pourquoi me poses-tu cette question ?
— Je m'inquiète pour toi.
Machinalement, je posais ma main sur son épaule encore luisante de sueur. Au contact, elle tressaillit – je revois la chair de poule lui piqueter la peau – et elle manqua d'éclater en sanglots. Du moins, j'eus cette impression. J'eus beau me sentir moi aussi moite et dégageant une forte odeur de transpiration, je me rapprochais d'elle et la pris dans mes bras.
Elle s'y lova avec ce que je pris d'abord pour un sentiment de réconfort. Son visage étant tourné vers le mien, je fus troublé de voir dans ses yeux un reflet de mon propre désir. Nous approchâmes nos bouches lentement, comme si nous savions que nous allions rompre un pacte, celui de non-agression entre mon père et moi.
Je me rappelle encore, de manière vivace, la fraîcheur de sa bouche, le velouté de ses lèvres et la pointe électrique de sa langue. L'embrasser me fit vibrer des pieds à la tête. Jasmine eut un petit rire, se recula avant de recommencer. Nous nous séparâmes avec difficulté ce soir-là.
Son comportement changea alors. Elle retrouva ses sourires et se mit même à rire fréquemment. Parfois, je n'avais pas encore commencé à parler qu'un rire quittait sa bouche adorable. J'espérais être le seul à m'apercevoir de son euphorie.
Puis il y eut ses « folies », comme elle les appelait. Nous nous croisions dans un couloir, elle cherchait ma main, un geste, une caresse. Un soir, alors que nous dînions en compagnie de mon père, elle me fit du pied sous la table. Plus tard, entre deux portes, elle me demanda de l'embrasser. Je m'exécutais avec rapidité, la peur au ventre d'être surpris.
Deux jours après cet exploit, tandis que je lisais dans la bibliothèque, elle vint s'asseoir sur l'un des accoudoirs du fauteuil où je m'étais installé. Elle attrapa ma main et la glissa sous son chemisier. Je découvris avec excitation qu'elle ne portait rien. J'appréciais la douceur de sa peau tout autant que la fermeté de ses seins quand mon père entra dans la pièce. Il faillit nous surprendre. Heureusement, il ne regardait pas dans notre direction et j'eus le temps de retirer ma main.
Je dois dire qu'à cette époque, mon cœur de jeune homme vivait ses véritables premiers émois. J'avais connu des filles auparavant, mais avec Jasmine, je n'étais plus en capacité de prendre aucun recul. J'étais devenu idiot autant qu'accro.
Ce n'est bien plus tard, bien après la fin de cette histoire, que je me demandais ce qu'en avait su mon paternel.
À l'occasion d'un week-end où il s'absenta pour un colloque professionnel, je retrouvais Jasmine au petit déjeuner. Nous avions à peine discuté. Elle avait gardé la tête baissée durant l'intégralité du repas. Pour ma part, je l'avais fixé à chaque instant, essayant d'intercepter le moindre indice de son état d'esprit.
Au moment de débarrasser la table, nous nous étions retrouvés face à face. Je vis alors l'étincelle coquine dans ses yeux qu'elle m'avait cachée jusque-là. Avant qu'elle ne puisse faire un geste, j'attrapai les couverts qu'elle tenait, les jetais à terre et l'enlaçais. Je voulus l'embrasser mais elle tourna la tête. Je ne sais ce qu'il me prit. Sans doute un accès de colère ou de frustration. Ou bien un mélange des deux. Je la poussais sur la table. Elle se retrouvait sur le dos, sa robe de chambre glissant sur ses jambes fines que je me suis mis à embrasser. J'écartais d'une main le dernier pan de son vêtement, dévoilant qu'elle ne portait rien en dessous. Je voulus l'entraîner vers le canapé pour continuer nos ébats, mais elle résista. À la place, elle me poussa sur une chaise et vint sur moi.
Cette nuit-là, trop excités pour dormir, nous fîmes l'amour trois ou quatre fois. Nous nous reposions ensuite pour mieux recommencer.
Le dimanche soir, peu avant que mon père ne revienne, Jasmine m'appela. J'aurai dû davantage faire attention aux armoires vides, mais quand j'entrai dans sa chambre, je ne vis qu'elle, installée à plat ventre sur le lit, dans le plus simple appareil. L'œil se trouvait charmé par le fuselé de ses cuisses jusqu'à l'arrondi parfait de son fessier rebondi. Il n'y avait plus de place sur le lit que pour son corps. Surtout, ses jambes déployées dessinaient la pointe d'une flèche, à l'extrémité de laquelle je découvrais son intimité impudiquement révélée.
— J'ai envie d'autre chose qu'une histoire de cul avec toi, me dit-elle.
Je ne prêtais qu'à peine attention aux mots. Je me dépêchais de me déshabiller et de la couvrir de mon corps. Je m'endormis sitôt après nos exploits.
À mon réveil, Jasmine était introuvable. Ses affaires avaient disparu. Lorsque mon père revint de son colloque le soir même, je ne pus lui donner aucune explication.
Il trouva dans son bureau une lettre de Jasmine l'informant qu'elle avait déniché un logement répondant à ses critères, qu'elle le remerciait de son hospitalité, et qu'elle souhaitait en rester là de leur relation. Elle espérait qu'il comprendrait. Un mois plus tard, elle changea de cabinet. Mon père en fut profondément déçu. Il la traita d'opportuniste sans jamais comprendre la véritable raison de sa rupture : Jasmine l'avait quitté car elle était tombée amoureuse de moi.
Je cherchais à la revoir mais elle esquiva mes tentatives. En désespoir de cause, je l'abordais à la sortie du tribunal où elle venait de plaider dans une affaire médiatisée. Elle me vit arriver, baissa le regard, fit non de la main. Elle descendit les marches devant moi. Au moment de s'engouffrer dans un taxi, elle marqua une seconde d'arrêt et me transperça de ses yeux où brillaient d'une étincelle que je reconnus. L'instant d'après, elle était hors de ma vue. Je ne l'ai plus revue.
CONCOURS-2026-124
Ce monde
Son sang la propulse jusqu'à la zone de contact. El n'est plus que furieuse impatience, exalté·een haut et en bas par ce feu qui pleure sous la peau. Quand, enfin entré·e en territoire couvert, el résiste à la tentation d'écouter tout de suite le message, el prend le temps de s'installer à l'abri, à l'ombre. Là où, sous la pierre, l'eau s'enroule dans un bruit brouillé. Sirrah sort sa mesh de sa poche, une petite surface noire plane sur laquelle el dépose son pouce, puis installe dans ses oreilles deux petits capteurs mousseux. La voix lui murmure dans une langue qui n'est pas la sienne mais qu'el n'a pas besoin de faire traduire car el la comprend et la parle.
Sirrah du fleuve Mthu,
Je veux mordre le sel de ta peau, sucer les coins de ton sourire, là où ta chair se plie de joie. Je veux m'empiffrer, t'écarteler, te mastiquer, t'avaler tout·e entière puis te recracher moite de ma salive. Que tu me supplies, encore, pour ma bouche. Tu pourrais appuyer ta paume par-dessus mon visage, presser mon nez, que je ne puisse plus respirer que toi quand tu m'explores – c'est une torture de respirer sans toi, sans toi qui remues en moi, qui creuses mes ruisseaux.
Je gémis quand tu me remplis de ton absence, quand mon ventre absorbe ton fantôme sans prévenir. Huit jours.
L'un·e et l'autre inlassables enlacé·es, nous nous aimerons ainsi et davantage, sans distance ni tissu pour nous empêcher. Je te dirai des poèmes Sirrah le fleuve tempétueux, et dans mes caresses, je te veux nuage, duveteux·se humide.
Je ne sais plus comment supporter de ne pas pouvoir te toucher. Je coule de t'attendre.
La chaleur de l'excitation amoureuse lae caresse comme l'écume roule sur le sable. Sirrah réécoute le message plusieurs fois, son visage est brûlant. La voix d'Andréa est une eau de rivière claire, el veut se baigner encore dans ses mots liquides. Sa langue, d'Oural, est dense, ourlée de cultures traversantes, ses r vrombissent sur le bout de la langue, les a sont gutturaux, les i et les é en revanche, s'envolent, c'est une perpétuelle montée et redescente phonétique. Sa langue à el, la langue Mthui, est faite de k et de t, les mots tapent contre les dents et le palais.
Il y a plus de soixante-huit mille municipalités dans ce monde, et les plus rapprochées partagent quasiment toujours la même langue d'origine, bien qu'existe pour chacune un dialecte distinct. Andréa habite dans une région très à l'Èste, à plus de sept-mille siloères. C'est cette distance que Sirrah devra traverser pour la rejoindre, à bord du vaisseau plat Fiynn qui décolle dans six jours. Deux jours de voyage dans les airs s'ensuivront. Ce sera la première fois qu'el navigue si loin, si longtemps et à bord du légendaire Fiynn dont el ne connaît aujourd'hui que la silhouette immense qui balaie le ciel une fois par mois. Sirrah se sent dissoudre d'impatience à l'idée d'encaisser six jours d'infini.
Les zones de contact sont des espaces délimités qui permettent de communiquer à distance, envoyer et recevoir des messages. La majorité des territoires habités ne sont pas couverts par les nœuds d'infrastructure qui rendent les meshs détectables. Sirrah, les joues rougies, quitte cet endroit en quête de plus d'intimité. El grimpe sur son vello. Son imagination enflammée fragmente son sens de l'orientation. Andréa s'est ventousé·e dans sa tête et el ne pense plus qu'à ça.
Ses muscles contractés finissent par lae conduire à l'orée du parc naturel Azurù, gigantesque réserve florissante traversée par le fleuve Mthu. Vello en main, el s'enfonce dans la fraîcheur verte, entre les troncs millénaires et les jeunes pousses qui ondoient dans un bruissement apaisant. Sirrah cale son deux-roues contre une plante solide dont la forme lisse et sans branches s'élance vers le ciel. Quelques pas plus loin, el s'assoit parterre, adossé·e contre une plante de la même espèce. Le message est enregistré sur sa mesh, el peut l'écouter autant de fois qu'el le désire, et rougir, haleter, pleurer l'absence de son amour. Sirrah est béni·e par cette solitude offerte, par ce silence végétal, bien qu'el eût mille fois préféré sentir en cet instant la bouche d'Andréa se loger contre la sienne. Alors, enfin, el laisse se déployer la douleur du vide qui réclame entre ses cuisses.
El imagine son amant·e lui apparaître, le corps nu superbe, celui dont el n'a vu que des captures envoyées en réseau. El observe sa chair dense, ses hanches rebondies et son ventre sur lequel el aimerait descendre sa main. Sirrah ferme les yeux, le vent fait illusion, Andréa se rapproche et entremêle ses doigts dans ses boucles noires. El se voit plonger sa tête dans sa poitrine et en tirer l'odeur ourale qu'el lui a souvent décrite, l'humidité iodée qui précède les trombes de pluie. El voudrait lui attraper les tétons avec les lèvres, les aspirer, lui lécher les seins comme on dégusterait un fruit rare. Sirrah se languit de l'entendre soupirer sous ses gestes.
Les doigts d'Andréa viennent se glisser sous le tissu de son short jusqu'à sa culotte. Sirrah ouvre les yeux, surpris·e par la réalité de cette sensation. El constate que sortent du sol des racines vertes et juteuses qui, réveillées sans doute par l'excitation qui émane de son bas-ventre, sont attirées par l'odeur de son entrejambe. El n'a pas reconnu cette plante grasse, la cilyndra, sensible aux phéromones du désir. Sirrah, enivré·e par son propre fantasme, peine à se relever pour échapper à cette plante qui insiste en s'accaparant le tissu trempé de son sous-vêtement. Le soulagement que lui offrent ces racines est si délicieux qu'el finit par se laisser faire, et par se frotter à leur membrane qui se lubrifie d'elle-même à mesure que grandissent le plaisir et le feu. Sirrah est seul·e dans cette nature prolixe avec laquelle el ne fait plus qu'un, et s'autorise à gémir à pleine voix, à saisir les racines qu'el maintient plus fort contre el.
— Sirrah.
Son cœur bat jusque dans ses joues quand el cherche du regard qui vient de prononcer son nom. C'est alors qu'un peu plus loin, dans l'ombre claire d'un feuillage dispersé, elle reconnaît une silhouette familière. C'est Ifoem. Els se sont plusieurs fois retrouvé·e·s en binôme de travail. Ses yeux l'observent sans gêne, avec avidité plutôt, sans la moindre intention de détourner le regard et Sirrah rougit.
— Qu'est-ce que tu…
Sa présence renforce malgré el son excitation, la cilyndra le comprend et précise ses mouvements aqueux, l'encourage à s'abandonner à la puissante montée électrique. Ifoem se rapproche sans dire un mot et s'accroupit entre ses jambes écartées. Sirrah n'aurait su anticiper cette réaction mais être ainsi observé·e dans une totale vulnérabilité décuple son délire, el ne peut plus rien faire pour se protéger de ses propres démons tant le plaisir lae gouverne maintenant. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Ifoem, dans une intelligence sensuelle aiguisée car el sent que Sirrah demande sa compagnie avec ses yeux, approche sa main de son visage et lui lève le menton.
— Regarde-moi bien.
El gémit de plus belle à cet ordre qui la gêne pourtant et, posant un regard obligé sur cet inquisiteur, pulse sous les à-coups langoureux de la plante qui accélère et, tout·e entièr·e possédé·e, el crie et tremble d'amour tandis qu'Ifoem lae dévisage, les pupilles dilatées. Lorsque ses tremblements s'apaisent, les racines, qui réagissent aux contractions de ses muscles, adoucissent leurs mouvements. Sirrah a les larmes aux yeux. Ifoem est subjugué·e par sa beauté et se penche sur sa bouche, y dépose un baiser, auquel Sirrah répond, toujours haletant·e. Els s'étaient voulu·e·s au premier regard.
— Est-ce que je peux ? interroge Ifoem mimant un rapprochement. Sirrah hoche la tête, el veut la sentir proche, tomber dans ses bras. Alors Ifoem s'assoit sur el, de face, ses hanches calées contre et entre les siennes et l'embrasse à nouveau. Tu es magnifique quand tu prends du plaisir.
Sirrah rigole à haute voix, el sent monter un début d'euphorie, comblé·e d'hormones tendres et d'amour. Ifoem sourit de lae voir aussi heureux·se.
— Tu pensais à ton départ ?
El sait qu'el sera au-dessus des nuages d'ici quelques jours.
— Oui. J'ai eu un message d'Andréa. J'ai tellement hâte.
Ifoem a un picotement léger au cœur quand el a la confirmation qu'en cet instant, et d'ailleurs en tout instant, lae bel ne lui appartient pas. Comme el n'appartient pas non plus à Andréa, car en ce monde, les âmes se lient d'amours librement.
— Mais je ne savais pas pour la plante, ajoute Sirrah, toujours euphorique. Les deux amant·e·s rient et se serrent l'un·e contre l'autre. Après un silence, Ifoem dit :
— Tu vas voir la mer rose d'Oural. Et retrouver un amour. Ça va être merveilleux.
Sirrah exulte et acquiesce. Qu'Ifoem partage son bonheur la bouleverse. Ses mains descendent sur les hanches de cel qui s'est installé·e par-dessus et les invitent à remuer. Els se caressent encore longtemps parmi les cilyndras.
CONCOURS-2026-125
Un mélange de couleurs
L'enfilade des carrosses avançait à belle allure en direction de la Cité Diaphane. Dans une région où le soleil dardait ses rayons ardents sur les chemins que les arbres n'abritaient pas, il n'était pas rare de trouver des voyageurs cherchant refuge vers un ciel plus clément.
L'Orque vert.e faisait partie de ces voyageurs. Iel fuyait son passé, qui brûlait ses pensées autant que le soleil lui brûlait la peau. Iel portait comme seule tenue un pantalon de lin blanc et léger, et une tunique de la même matière rêche. Ces atours lui faisaient ressentir chaque mouvement de son corps. Iel avait appris avec les années à embrasser toutes les sensations que sa peau, ses muscles, et ses vêtements lui procuraient. Iel en avait développé une sensibilité exagérée à son environnement, et particulièrement aux corps des autres êtres sentients qui l'entouraient. Le trajet allait durer plusieurs heures. Une chaleur moite commençait à envahir l'habitacle du carrosse, sans déplaire à l'Orque vert.e. Peu après le départ, le convoi s'arrêta pour embarquer d'autres passager.es. L'Orque vert.e descendit du carrosse pour sentir la brise agitant les feuilles des arbres environnants. Un doux échappatoire dans cette journée écrasante de chaleur. Une voix, rude mais amicale, l'apostropha. « Eh le Vert ! ». Lea concerné.e se retourna, face à un membre de son espèce. Une Orque, dont la peau était d'un cramoisi foncé. « Tu as l'air d'être bien seul dans ce carrosse, que dirais-tu d'un peu de compagnie ? »
L'Orque vert.e détailla la personne qui lui faisait face, sans tenir compte de son évident manque de manière. L'Orque cramoisie était plus petite que lui, mais plus large. Elle avait des allures de guerrière retraitée, ayant délaissée l'ardeur du champ de bataille au profit du calme de la forêt. Vêtue d'un pantalon de cuir ocre, et d'un gilet plus foncé, elle n'emmenait avec elle qu'une besace en toile usée. Après l'avoir jaugée du regard, l'Orque vert.e acquiesça. « Je m'en voudrais de laisser une congénère en perdition. Monte. En revanche, c'est lea Vert.e.». L'Orque cramoisie hocha la tête, et monta la marche qui la séparait de la cabine. « Dans ce cas-là, tu peux m'appeler la Rouge. ».
Lea Vert.e hocha la tête à son tour, et remonta dans le carrosse au signal du départ. Pour préserver un peu de la fraîcheur acquise lors de cette pause revigorante, il rabattit les rideaux sur les fenêtres de la cabine. En les isolant de l'extérieur, cette pénombre les laissa dans une douce lumière orangée, propice aux confessions et à l'exploration. La Rouge était intriguée par cet.te Orque qui venait de les couper du monde extérieur. Iel dégageait une force tranquille, teintée d'une sensualité qui se percevait dans son regard et ses gestes. Tout en iel incitait au lâcher prise. Entourée d'une lumière tamisée et soumise à la torpeur étouffante, l'esprit de la Rouge commença à s'envoler. Elle imaginait le corps de lea Vert.e à sa disposition, afin qu'elle puisse le goûter à sa façon. Elle les imaginait nu.es, si proche l'un.e de l'autre qu'iels pourraient sentir la chaleur de leur peau se mélanger. Lea Vert.e perçut son trouble. « Tu as l'air perturbé. Je te sers un peu de vin ? ». Sur ces mots, lea Vert.e saisit une bouteille de vin dans un coin de la cabine. Il l'ouvrit en arrachant le bouchon avec ses dents et but une longue gorgée. Après avoir savouré les notes fruitées du breuvage, lui laissant la langue rapeuse, il se demanda quel goût aurait la Rouge. Une goutte s'échappa des lèvres de lea Vert.e et commença à descendre le long de sa mâchoire. Elle semblait prendre un temps infini à rejoindre le relief de son menton, pour couler le long des muscles de son cou.
Au moment de récupérer la bouteille, la Rouge décida de prendre ses rêves pour la réalité. « Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. », pensa-t-elle. En plongeant son regard brûlant dans celui de lea Vert.e, elle approcha doucement l'index de son visage, pour cueillir la goutte sur la pulpe de son doigt. Ce.tte dernier.e se laissa faire, absorbé par la contemplation de cette envie qu'il percevait dans les yeux fiévreux de sa compagne de voyage. Iel ressentait leurs corps vibrer d'anticipation. Les deux Orques étaient sur une ligne fine. Une ligne déterminant s'iels allaient s'abandonner aux affres de la luxure ou se refuser l'exquis plaisir de la découverte d'un corps nouveau et réceptif. Lea Vert.e décida de suivre l'impulsion de son corps. Iel prit la main de la Rouge, pour rapprocher l'index de sa bouche. « Il n'est pas question de perdre une goutte de ce délice », déclara-t-il à la Rouge, le regard fiévreux. Elle n'était pas dupe. Elle se laissa faire à son tour, pour que l'Orque puisse la gouter.
La langue de lea Vert.e s'enroula autour du doigt de sa compagne éphémère, et commença à le sucer avec langueur. Les deux Orques ne se quittaient pas des yeux. Leurs regards enflammés ne dérivaient pas. Iels prenaient conscience de l'excitation qui envahissait leurs corps. L'érection de lea Vert.e était désormais complètement visible au travers de son pantalon. La Rouge sentait la cyprine humidifier ses bas. Iels devenaient sensibles à tous les stimuli provenant de leur partenaire.
Lea Vert.e commença alors à tirer sur le lacet qui fermait le gilet de la Rouge. Iel avait arrêté de lécher son doigt et gardait sa main dans la sienne. Iel restait attentif à chaque mouvement, guettant la moindre trace de refus venant de l'Orque. Iel voulait une échappatoire à ce monde. Iel la voulait consentie et réciproque. La Rouge sentit le lacet se dénouer et libérer sa poitrine du corset de cuir. Elle se sentit alors exposée, à la merci de cet.te Orque avide d'elle. Cette situation l'excitait. Ses tétons sensibles, exposés à l'air devenu moite du carrosse, pointaient vers le ciel, demandant attention et adoration. À la vue du torse nu et transpirant de l'ancienne guerrière, lea Vert.e frémit, empli.e de luxure. Iel ne voulait qu'une chose : voir et sentir le plaisir envahir cette inconnue. Iel voulait mettre cette Orque à genoux, la bave aux lèvres et les cuisses trempées. Iel se saisit du lacet et noua délicatement les poignets de la Rouge. Iel sentit le trouble chez elle. Iel sentait son inexpérience face à cette pratique. « Tout va bien ? ». « Ta gueule. Continue. ». Rassuré, lea Vert.e accrocha les poignets de l'Orque à une patère et recula pour admirer son œuvre.
La personne de ses désirs frissonnait d'anticipation. Elle voulait plus. Malgré l'inconnu, elle avait hâte d'explorer ce que cet.te individu avait à lui offrir. Elle sentait que tout reposait sur cette volonté. Offrir à l'autre, pour mieux recevoir ses fantasmes, son plaisir, ses orgasmes. Son.a doux.ce tortionnaire commença à se déshabiller lentement. Iel voulait profiter de cet instant et prendre tout son temps. Celui.lle-ci aimait ces moments suspendus, pendant lesquels l'anticipation et la frustration augmentait de pair, jusqu'à ce qu'iels n'en puissent plus. Iel voulait montrer son corps et son excitation à celle qui l'acceptait le temps de ce voyage. Ses yeux ne la quittaient pas, iel caressait doucement sa verge tendue en l'admirant. Son corps rempli de désir ne souhaitait qu'une chose, plonger entre ces cuisses probablement dégoulinantes et savourer le goût de cette Orque.
Pour répondre à cet échauffant spectacle, la Rouge écarta les jambes, voulant montrer à lea Vert.e l'état de son entrejambe. Le cuir était plaqué contre sa peau, moulant sa vulve, sombre d'un liquide que l'Orque Vert.e appréciait tant. Profitant de l'impuissance de la guerrière, ce.tte dernier.e retira brutalement le pantalon, contrastant avec ses manières si douces l'instant précédent. Surprise, la Rouge se laissa faire, et ne put retenir un gémissement de plaisir lorsqu'elle sentit la bouche de l'Orque embrasser goulûment ses lèvres, son nez caressant son clitoris, son visage plaqué contre sa toison noire. Iel savait s'y prendre. Réceptif aux signaux plus ou moins silencieux de sa partenaire, aux courbes de son corps, aux spasmes de ses muscles, iel gouttait à son intimité avec une faim sans limite. Iel sentait sur sa langue l'acidité sucrée de sa cyprine. Iel la sentait dégouliner le long de ses crocs, de son menton. Elle n'avait pas connu une telle surcharge de sensations depuis longtemps. Les crocs griffaient sa peau, lui laissant une douce sensation de brûlure, en accord avec le feu qu'elle sentait s'épanouir dans son bas-ventre. Elle sentait les caresses de la langue le long de ses cuisses. Elle sentait la pression des mains qui pétrissaient ses fesses, son ventre, ses seins. Elles s'aventuraient même jusqu'à sa gorge, pour venir l'enserrer d'une main ferme et précautionneuse. Chacune de ses sensations était exagérée, elle avait l'impression d'être submergée par une vague de plaisir, qui ne faisait que gagner en intensité. « Ne… t'arrête… surtout… pas ».
Lea Vert.e était envoûté par la Rouge. Iel ressentait chaque spasme, chaque contraction, chaque frisson de sa partenaire. Son odeur lui emplissait les narines, elle lui faisait perdre tout sens de la mesure. Iel se laissait guider par son corps. Son érection en devenait douloureuse de désir. Iel pourrait jouir là, maintenant, sans même recevoir une caresse, simplement avec le plaisir qu'iel provoquait. Et elle explosa. Dans sa bouche, sur son visage, sur son torse. Iel fut recouvert d'elle, de son plaisir et de son orgasme. Iel adora au point d'exploser à son tour, dans un gémissement rauque, mélangeant leurs fluides.
Alors, la patère à laquelle la Rouge était accrochée cassa et les deux personnes aux corps enflammés et tremblant chutèrent ensemble sur le sol du carrosse. Iels éclatèrent d'un rire complice, conscient.es de cette situation incongrue. Lea vert.e détacha doucement les mains de sa partenaire, et la prit dans ses bras. Elle répondit avec douceur à cette marque d'affection, et enfouie sa tête dans le creux du cou de cet.te Orque si singulier.e. Les deux voyageur.es voulaient profiter du délassement suivant l'orgasme en présence de l'autre.
Iels restèrent enlacé.es le reste du trajet, à profiter de ce contact, sans échanger un mot. La présence de leurs corps apaisés leur suffisait.
CONCOURS-2026-127
La jeune femme et les cordes
Elle est à l'heure au rendez-vous. Et moi très en avance, pour être certain qu'elle trouve le type entre deux âges, habillé tout en noir, attablé à la brasserie convenue, avec un double-express et la première encyclique du pape Léon XIV, « Merveilleuse Humanité ».
Nous commandons chacun un coca, sans sucre pour elle, et après quelques mots badins pour briser la glace – la chaleur, ses sous-vêtements, les mecs mal-baisant des sites de rencontres, l'art et l'ennui des discussions sur Fetlife – j'entre dans le vif du sujet qui nous rassemble à cet instant : ce que nous ferons, précisément, lors d'une séance de cordes. Ses limites, les positions qu'il vaudra mieux éviter, son état de santé, les codes d'alertes qui seront utilisés le cas échéant, les temps d'after-care et de feed-back.
– Je vous remercie pour vos précisions, Monsieur, tout ce que vous me décrivez je le désire… depuis des années… je me sais soumise… je voudrais savoir d'où vient ce désir de soumission, et plus encore de cordes… je regarde ces femmes sur Fetlife qui ont l'air à la fois si contraintes, et si heureuses… je lis leurs textes, aussi, certaines semblent si sûres d'elles et moi je me sens si perdue…
– Le désir est parfois incompris, même pour soi-même.
– Que voulez-vous dire ?
– Juste que vous avez peut-être tort de trop réfléchir. Alors que vous pourriez juste vivre et jouir.
Un silence. Long. Que je respecte. Quelques minutes, en vérité. Son visage est grave, et soudain il s'illumine d'un sourire.
« Vous m'emmenez chez vous ? »
Cela avait été envisagé comme une éventualité, très improbable, d'enchaîner la brasserie avec ma garçonnière – ce studio que je loue depuis un an, entre deux vies, et dont je viens d'envoyer congé.
Toujours prévoyant, j'avais proposé une brasserie suffisamment proche pour ne pas perdre de temps en déplacement pour le cas où l'éventualité très improbable serait devenue réalité. Nous marchons donc peu, à son rythme de promeneuse tranquille, sages, dans les rues de la ville qui suffoque dans la canicule interminable.
Je m'efface et l'invite à franchir le seuil, « sur votre droite ». Nul besoin de lui rappeler ce que j'attends d'elle, nous avons défini les règles il y a moins d'une heure. Elle s'exécute et se déshabille, c'est-à-dire qu'elle pose son sac et retire sa robe légère, ses baskets et ses bracelets. Elle a gardé une culotte blanche de jeune femme pudique qui contraste fort avec sa peau. Elle ne semble pas surprise par le tatamis déjà prêt à l'accueillir, au centre de la pièce d'où j'ai dégagé la table basse, libérant ainsi un espace suffisant pour l'attacher devant le canapé convertible. Ce n'était qu'une éventualité mais je suis toujours prévoyant…
Pendant que je me déchausse et me mets pieds nus, elle considère les cordes que j'ai disposées sur la table poussée contre le mur.
« Intéressantes, ces cordes noires, mais on ne les distinguerait pas bien sur ma peau si vous prenez des photos. »
Alors nous utiliserons les cordes de la couleur « naturelle ».
Elle se positionne sans attendre au centre du tatamis, face à la table des cordes, les mains jointes derrière le dos, au-dessus des fesses.
Je m'approche avec une première corde, lui demande « on est bien d'accord ? » en la regardant dans les yeux, et je fais passer cette corde autour de son buste, d'abord en dessous des seins – double nœud dans le dos – puis juste à la limite supérieure des aréoles – double nœud supplémentaire collé au précédent – je sers un peu fort après ce second passage, écrasant sa poitrine jusqu'à entendre un soupir. À moins que ce soit un petit cri étouffé. Enfin, à cet instant, j'entends un soupir.
« Non, non, ne relevez pas vos bras » lui ai-je dit pendant que je tournais autour d'elle en même temps que les cordes et que je serrais les nœuds. Je suis ce rigger qui manipule le corps de la bunny, je m'arrange pour la toucher, le plus qu'il me soit possible.
Les cordes passent maintenant autour de ses bras, à hauteur des seins. Je sers encore, multiplie les points de tension et les nœuds. Elle ne peut déjà plus se libérer. « Tout va bien ? » Elle sourit. J'insiste pour qu'elle réponde d'un mot. « Oui Monsieur ».
Une nouvelle corde file autour de sa taille, je reste derrière la jeune fille pour lier ses poignets. Encore deux tours, en haut de chaque cuisse. Sa culotte blanche s'en trouve comprimée contre son sexe, sa nudité se révèle peu à peu à moi, par transparence, à mesure qu'une tache d'humidité s'étend. L'ultime pudeur appartient au passé.
« Allongez-vous sur le tatamis. »
L'occasion de la toucher encore, partout, pour accompagner son mouvement et qu'elle ne se fasse pas mal. Je n'ignore pas qu'il est essentiel de tenir par les seins une femme qui s'allonge sans pouvoir utiliser ses bras. Je cale un coussin sous sa tête.
La corde du haut de ses cuisses, reliée à sa taille, sert maintenant d'attache à deux autres cordes qui s'enfuient vers ses pieds, multipliant les révolutions autour et entre ses jambes, ses chevilles, ses pieds. Jusqu'à ce que, dans un ultime serrage, elle soit parfaitement immobilisée. Soupir. Ou cri. Enfin, j'entends un soupir.
– Voilà, j'ai terminé
– Vous êtes fier de votre œuvre ?
– Oui, je suis content de ce que j'ai fait, et fier que vous m'ayez confié votre corps de cette manière.
– Merci Monsieur.
– Avec plaisir.
– Plaisir… Je vois que vous bandez, Monsieur, puis-je vous soulager ? Pour votre plaisir et le mien…
– Nous avons convenu que la rencontre serait strictement sans sexe.
– Je sais, Monsieur, mais vous bandez tellement… et il ne vous a pas échappé que je mouille abondamment, je sens ma chatte moi-même…
– Non. Nous en restons au strict plan convenu.
– Bien Monsieur.
Un soupir – un vrai, celui-là, sans aucun doute – puis un long temps de silence. Seule la musique que j'ai lancée au début de la séance, les Nocturnes de Chopin. L'intégrale de Samson François, ça gratte un peu et c'est très lent.
– Et votre femme ?
– Pardon ? Quoi donc, ma femme ?
– Si elle venait, si elle était présente ?… Aurais-je le droit de jouir ?
– Elle n'est pas là.
– Ce n'est pas ma demande, Monsieur, avec tout mon respect.
– Et quelle est votre demande ?
– Appelez-la, s'il vous plaît, et vous me détacherez pour elle.
– …
Le rigger le plus psychorigide sait parfois s'adapter.
Je m'assoie dans le canapé et envoie un message à Nora, puis, pour satisfaire sa curiosité, des photos de la jeune femme couchée à mes pieds. Nora est surprise, elle pensait profiter d'une soirée chill devant un film de Christophe Honoré, notre chat Roger sur les genoux. « Tu sais qu'il me faudra une heure pour me préparer et arriver en taxi avec la circulation à cette heure. » Oui je sais.
– Il lui faudra une heure, je vais vous détacher.
– Non, je vous en supplie, laissez-moi là, juste tournez-moi sur le flanc droit, je veux l'attendre dans vos cordes.
Pendant l'heure qui suit, je me plonge dans la lecture passionnante de l'encyclique de Léon XIV, en buvant un thé légèrement parfumé à la cannelle, jambes tendues et pieds posés sur la hanche de la jeune femme dont j'entends la respiration.
À la fin des Nocturnes, quand le taxi de Nora était tout proche, j'ai enchaîné avec la Troisième année de Pèlerinage, ma préférée.
Et puis Nora est arrivée, heureuse de me retrouver si tôt, dans ces circonstances tant improvisées qu'excitantes.
Et puis Nora a examiné la jeune femme qui n'a pas dit un mot. Elle l'a caressée des yeux, puis des doigts.
Et puis Nora m'a félicité pour les cordes sur cette jeune femme et m'a demandé de libérer les jambes.
Et puis il y a eu cette culotte qui gênait, je suis allé chercher un couteau.
Et puis la jeune femme a crié sous la bouche de Nora.
Et puis, plus tard, Nora a crié à son tour, attachée de la même manière, dans la même position sur le tatamis.
Plus tard encore, j'ai consenti à répandre mon foutre, par chance il fut fort abondant, sur leurs seins offerts, elles étaient à genoux devant moi, enlacées.
« On dirait bien que vous aussi vous avez fini par renoncer à comprendre vos désirs, Monsieur, et à juste vivre et jouir. »
CONCOURS-2026-130
DLeTAT°
Elle claqua la porte, posa négligemment ses lunettes sur leur socle de recharge. Bienvenue à la maison. Elle garda les yeux fermés, un instant. Elle voulait juste un instant avec elle-même … loin du protocole de DLeCTAT°. Hier, tu n'as pas beaucoup mangé, j'ai adapté ton dîné en conséquence. Tu préfères passer à table avant ou après ta séance d'onanothératpie ? En guise de réponse elle se dirigea vers la table et pianota : "Passe à l'écrit". Elle voulait simplement un répit et commençait à saturer de la voix "Maël". Certes, elle l'avait gardé plus longtemps que les autres mais comme d'habitude, elle finissait par se lasser. Elle mâcha consciencieusement sa portion réglementaire de protéines, laissa de côté la boisson énergisante facultative avant d'activer le mode Noctalis. Elle jeta un bref regard vers l'écran qui planifiait son rythme de sommeil et l'inclinaison adéquate du matelas, valida machinalement le programme conçu et ôta sa combinaison.
Nue, elle s'allongea sur son lit. Aussitôt, elle sentit les capteurs se positionner avec douceur sur l'ensemble de son corps. Elle aimait sentir ce voile vaporeux la couvrir toute entière… à la fois un et multitude de stimuli. Une musique calme et apaisante se mit en marche. La séance d'onanothérapie commençait. Un à un les capteurs s'activaient et se désactivaient. Elle frissonna au rythme des vagues de picotements qui partaient de ses pieds et remontaient avec douceur tout le long de son corps. Le rythme changea, plus intense à l'intérieur de ses cuisses. Elle se contracta. Dieu que c'était frustrant ! Plus haut … juste un peu plus haut. Elle aurait aimé pouvoir accélérer le protocole mais c'était interdit. Les différentes étapes avaient été pensées spécifiquement pour produire la dose d'endorphine nécessaire. Elle se reconcentra sur la musique. Entre ses cuisses, elle sentit avec plaisir que la pression était plus forte. Presque, on y est presque. Le protocole devait être en ciel 3, les capteurs stimulaient également sa poitrine. Très légèrement sur l'ensemble de ses seins mais plus intense et humide autour de son mamelon. Elle se cambra. Enfin ! Elle savoura la sensation de chaleur qui montait de son bas ventre. Il y eut une accélération. Hum … Les capteurs faisaient maintenant des mouvements spiralaires autour des seins avec le même rythme que ceux produits au niveau de sa vulve. Encore … plus prêt … Oh oui … là ! Le mouvement se fit plus intense. Elle se laissa porter par l'assaut des vagues de plaisirs qui gagnaient en puissance. Dieu que c'était bon. Dernière vague. Elle haletait et gémit quand les capteurs vinrent accompagner son orgasme avec une stimulation interne et profonde. 7e ciel.
Bonjour, bien dormi ? Assez, répondit-elle machinalement avant d'avaler à la hâte sa portion de porridge aux bananes. Elle enfila ses lunettes, à ce soir, et aussitôt la ligne bleue avec le décompte-temps de son trajet pour aller au bureau apparut. Elle s'engouffra dans le Vectoris et en profita pour consulter son planning-tâches. Rien d'inhabituel si ce n'est le déjeuner social hebdomadaire avec un certain Marcus. Le dernier s'était soldé par une adaptation de son onanotherapie tellement les capteurs de sa combinaison avaient perçu son ennui et son stress de ne pouvoir s'extraire de cette situation. Elle avait beaucoup de mal à envisager une autre issue cette fois-ci. Quelle idée d'avoir validé l'option "intégrer les rencontres sexo-affectives" ! C'était décevant … dernière chance avant désactivation du truc.
La matinée s'écoula sans heurt. Gym communautaire, dossier en cours sur la généralisation des data des combinaisons entre autres joyeusetés. Tous ses indicateurs étaient positifs. 12h, allons voir ce que ça donne. Elle chargea l'itinéraire qui apparut aussitôt dans ses lunettes. Le Lup' … Elle ne connaissait pas, ce serait toujours ça de pris. La ligne bleue la guida droit sur sa table. L'endroit était assez cosy. Quand elle s'assit, elle remarqua que les tables étaient toutes dans des sortes d'alcôves à l'abri des regards. Intriguant. Elle ouvrit la conversation :
– Sympa l'endroit, ça change.
– Ravi que ça te plaise, j'en avais un peu marre des endroits recommandés. J'avoue ressentir un peu de lassitude des différents protocoles…
C'est comme s'il venait de mettre des mots sur ce qu'elle ressentait depuis quelque temps … Le déjeuner ne serait peut-être pas aussi insipide que le dernier finalement. Il continua sur sa lancée en proposant qu'ils enlèvent leurs lunettes…incongru…tellement tentant. Elle ne savait pas où cela allait mener mais ça l'intriguait, elle avait des picotements dans le bas du ventre. Jouons le jeu. Elle ôta ses lunettes. Elle se sentait étrangement nue …plus de vision sur ses statistiques…elle se sentit rougir mais impossible de savoir quel paramètre s'emballait. La conversation s'orienta naturellement le manque de contact humain :
– Par exemple, là, j'aimerais que tu sois à côté de moi, que nos genoux se frôlent et peut-être même te prendre la main.
Elle resta interdite un moment …Il dépassait carrément le cadre convenu…Par réflexe, elle voulut voir où en étaient ses stats. Impossible, elle se rabattit sur les sensations de picotements de plus en plus présentes. Elle se leva et fut surprise de le voir faire de même. Il tira un rideau qu'elle n'avait pas remarqué.
– Je peux le laisser ouvert si tu veux.
– Non, je crois que j'ai envie de voir où tu veux nous mener, répondit-elle immédiatement comme si les mots étaient prêts depuis longtemps.
Côte à côte, leurs genoux se frôlèrent effectivement …des frissons la parcoururent. C'est elle qui mit la main dans la sienne, le souffle court. Il lui caressa tendrement la paume. Nouveaux frissons. Il approcha sa bouche et s'arrêta à quelques centimètres comme pour dire Je peux ? Elle fit le reste, sa langue sur la sienne était douce et humides. Une onde de plaisir la saisit. Les picotements se logèrent plus bas. Il releva ses cheveux, mettant sa nuque à nue pour y déposer une multitude de baisers. Elle s'étira lui offrant sa gorge toute entière. Il descendit plus bas traçant un chemin de baisers humides et de plus en plus appuyés. Il s'arrêta à la naissance de sa poitrine. Elle voulait plus, sentir encore sa langue sur elle. Elle fit descendre le zip de sa combinaison jusqu'à son nombril. Il reprit sa route. Quand sa langue lécha son téton, elle se cambra. Dieu que c'était bon … encore … Sa langue jouait avec un mamelon tandis que de sa main il jouait avec l'autre. Une vague de plaisir descendit directement jusque dans son bas ventre. Plus de picotements, à la place des ondes qui allaient et venaient, chaque fois plus intenses. C'était bon, elle voulait que ça continue… Plus bas ? Oui … plus bas … descend. Elle se dégagea les épaules tandis que sa bouche poursuivait son chemin, il s'attarda sur son nombril, toujours les mains sur ses seins. Oh oui … Elle gémit de frustration quand les mains se détachèrent de sa poitrine pour longer ses flancs. Sa bouche était à l'entrée de son pubis, ses mains sur ses hanches, il marqua un arrêt. Leurs regards se croisèrent. Elle hocha la tête en relevant ses fesses. Il baisa son aine. Elle frissonna. Encore ? Oui … plus bas … Lèche-moi fort. Sa combinaison sur les chevilles, la tête renversée, elle s'offrait entière à sa bouche. Il commença par y déposer de petits baisers puis, dans un même mouvement, il posa chacune de ses mains sur un sein et plaqua sa langue sur sa vulve. Ses gestes se répondaient. La pression de sa langue, celle de ses doigts … Oh oui … . Encore… plus… plus fort… Elle se colla à sa bouche. Sa langue jouait avec son clitoris, tournait autour, restait appuyée…hum…Plus fort ?…oui … mange-moi ! Il s'exécuta. Une main encore sur son téton, l'autre s'aventurait à l'entrée de son vagin, il suçait son clitoris avec délectation. Elle gémit. À chaque coup de langue, son doigt entrait un peu plus en elle. Elle savourait les vagues de plaisir qui se succédaient lui laissant de moins en moins de répit. Oui … ne t'arrête pas …accélère. Elle était toute en tension. Ça montait de plus en plus. Elle agrippa sa tête pour la plaquer plus fort contre elle. Deux doigts faisaient à présent des va-et-vient. Elle haletait. Un troisième doigt. Elle poussa un cri rauque. Sa langue continuait sa danse frénétique. Plus profond ? Oui … vas-y … continue…comme ça …oh putain … oui… elle exprima son puissant orgasme dans un râle. 8e ciel.
Elle s'affaissa sur la banquette laissant ses muscles se détendre un à un. Il s'assit à côté d'elle et lui prit tendrement la main. Elle attendit que les derniers échos de plaisir la quittent pour rouvrir les yeux et revenir à la réalité. Oh la vache … c'était intense … et bon. Qu'est-ce qu'on dit après avoir partagé un moment aussi incongru, puissant, décalé, extatique ? C'est lui qui reprit la parole le premier :
– J'ai adoré, je serai partant pour recommencer mais là je crois qu'on risque tous les deux une pénalité si on ne retourne pas travailler, dit-il en lui caressant l'avant bras.
– Oh merde ! Pardon … merci j'avais jamais ressenti un tel truc.
Ils se sourirent. Elle redevint décente et il rouvrit le rideau. La réalité reprenait ses droits. Ils sortirent en se tenant la main, échangèrent un dernier baiser au coin de rue qui voyait leur chemin se séparer et se promirent de se revoir. Quand elle arriva à son travail, elle était encore sur un nuage. Merde mes lunettes !
– Tiens c'est arrivé pour toi y'a 5 minutes, lui dit sa collègue.
Ses lunettes. Comment le restaurant avait-il su ? Peu importe après tout. Elle les chaussa immédiatement et fut assaillie de notifications. Elle les ôta un instant. Trop. Trop tôt. Mais il fallait bien retourner dans le système … Alors, elle les remit en prenant une grande inspiration. Elle tria par ordre de priorité : les stats du déjeuner, plus tard, valider le menu du soir, elle avait le temps, évaluer son expérience au Lup, ça attendra ce soir, évolution du programme d'onanothérapie, hein ? Elle ouvrit le message :
Chère Madame,
Conformément à vos choix d'adaptabilité du programme d'onanothérapie en fonction de vos données, vous avez bénéficié aujourd'hui de notre expérience "Marcus ou le 8e ciel". Nous souhaiterions recueillir votre approbation pour la poursuite de ce programme centré sur l'humain et la reconnexion à son corps. Pour cela, rien de plus simple, allez dans vos paramètres et activez cette nouvelle option.
Le désir est parfois incompris, même pour soi-même, merci de nous faire confiance pour prendre soin de votre plaisir.
Bien à vous,
L'équipe de DLeCTAT° (Désir, Libéré et Consenti Toujours Adaptable Technologiquement)
CONCOURS-2026-133
Le premier Pokémon
Cela faisait plusieurs jours qu'il tâtait le terrain. Il avait cette idée en tête, cette envie qui ne le quittait plus. J'ai eu des fantasmes, certains que j'ai assouvis, pour autant, jamais l'idée d'un trio avec une femme ne m'était venue à l'esprit. Par le passé, d'autres hommes avaient essayé de faire naître l'envie chez moi. Mais mes refus étaient catégoriques. Certainement car je n'étais pas assez à l'aise avec mon image, parce que j'avais peur de ne pas être assez face à cette autre femme. Je voyais probablement les trios comme un combat entre deux femmes pour accéder à l'intérêt du grand mâle dominant. Avec Vic, c'était différent. Je me sentais suffisamment en sécurité dans notre relation pour envisager de nouvelles pratiques qui me sortaient de ma zone de confort.
Ce n'était pas vraiment le premier essai, nous avions déjà, quelques mois plus tôt, tenté le coup avec une connaissance de Vic. Une femme qu'il avait déjà rencontrée seul et qui était suffisamment docile et attirée par lui pour accéder à ses moindres demandes. Ce fut un échec cuisant, d'abord parce qu'elle n'avait pas apprécié la complicité déjà flagrante entre nous deux, mais aussi parce que de mon côté, je ne me sentais pas vraiment à l'aise face à cette femme qui me paraissait si distante.
Lorsque quelques mois plus tard, il proposa de retenter l'expérience avec elle, j'étais réticente. Je comprenais l'excitation qu'il aurait à être avec deux femmes, mais j'ignorais quel plaisir je pourrais prendre moi, avec une femme qui avait à peine toléré ma présence. Mais Vic a su se montrer pugnace. D'abord avec moi, en m'introduisant peu à peu des scénarios de trios, à travers notre imaginaire lorsque nous étions tous les deux ou en m'envoyant des vidéos pour le moins explicites. Je devais admettre que cela éveillait ma curiosité. En même temps, il me rassurait, il me rappelait que cette autre femme n'était qu'un agrément à notre vie sexuelle et que c'était d'abord et avant tout nous deux. Je l'écoutais sans savoir dans quelle mesure il pensait ce qu'il me disait. J'ignorais s'il était complètement honnête avec moi ou s'il agrémentait la réalité pour obtenir cette rencontre. Pour le savoir, je n'avais qu'une solution. Essayer. Ainsi, nous avons acté de retenter l'expérience avec celle qui deviendra notre premier Pokémon.
Dès lors, j'ai participé activement aux échanges avec elle pour la mettre à l'aise. Vic créa un groupe de discussion pour nous trois qu'il alimentait régulièrement de messages comme "Très envie de vous voir les filles". L'objectif : faire croire à notre petit Pokémon que nous étions à égalité, que Vic était aussi proche d'elle que de moi. Et cela fonctionna. Après plusieurs échanges de messages chauds pour faire monter la température et essayer de créer une complicité entre nous trois, le rendez-vous était pris pour une rencontre chez elle, un lundi matin d'hiver.
Jusqu'à présent, c'est Vic qui tenait les rênes de la rencontre. Il avait choisi la femme, la date. Mais au matin de la rencontre, une envie d'autonomie m'a prise, je ne voulais pas être la femme qui répond présente à toutes les envies de son mâle. J'ai donc décidé de me rendre seule sur place et de les rejoindre prétextant un retard de démarrage de ma voiture. Volontairement, j'ai pris mon temps, afin qu'il arrive chez elle avant moi, qu'ils se parlent, se chauffent éventuellement. Je voulais me tester, savoir comment je réagirai en le voyant toucher une autre femme en mon absence.
J'avais 30 minutes de retard lorsqu'enfin j'arrivais devant la porte de son appartement, mon corps tremblait, mon coeur battait à un rythme effréné. J'inspirais en fermant les yeux puis frappai à la porte. Un coup et aussitôt des pas de l'autre côté. La porte s'ouvrit sur le visage de Vic. Il me prit dans ses bras et m'embrassa. Que ses baisers étaient bons. Ils avaient ce pouvoir de me connecter immédiatement à lui. Lorsqu'il relâcha son étreinte, le petit Pokémon était derrière, attendant gentiment pour me saluer en me faisant la bise. Vic souriait comme rarement. Une part de moi était fâchée de le voir excité à l'idée de coucher avec une autre que moi. Ce n'était pas de la jalousie, c'était autre chose, plus sourd.
Alors que nous étions encore dans le couloir, que j'avais franchi la porte quelques instants plus tôt, j'ai voulu que les choses accélèrent. Elle ne m'attirait pas. Elle était petite, brune, les yeux marrons, des formes généreuses. Elle parlait peu ou ce qu'elle disait ne m'intéressait pas. En Pokémon, elle serait un type commun, très commun. Mais la situation avait, elle, quelque chose de grisant. Moi qui étais habituée aux hommes, je me lançais le défi de m'amuser avec une femme et mon partenaire de jeux favori.
Sans plus attendre, nous nous étions dirigés vers la chambre. J'invitais mon amant à s'occuper d'elle, à l'embrasser. L'idée première était de la mettre à l'aise, moi j'avais surtout en tête l'envie de garder la main sur la situation. Étendue sur le lit, j'observais ce grand corps qui prenait si souvent possession de mon corps, entrer en contact avec une autre femme que moi. Je ressentais son plaisir, à lui, et cela activait le mien. Il commençait à glisser ses mains sous son pull, elle le laissait faire. Mieux, elle l'aidait en retirant son vêtement. Il continua en lui retirant son soutien-gorge. Je ne quittais pas des yeux le spectacle qui s'offrait à moi. Je l'ai alors vu se baisser pour prendre un de ses seins en bouche. "Tiens, il fait la même chose avec moi", pensais-je, amusée. Son regard s'est d'ailleurs tourné vers moi et je lui ai répondu avec un grand sourire. Notre amie n'était pas restée inactive, elle avait défait la boucle de son pantalon, descendu son boxer et commençait à lui offrir une belle fellation. Gentil petit Pokémon. Je les observais dans leur moment et je ressentais un étrange plaisir. Je me sentais en contrôle de mes émotions. Elle était à genoux, nue, offrant sa bouche en fourreau à un sexe masculin qu'elle essayait de séduire. Lui, dominant, prenait du plaisir tout en essayant de se contenir. Face à ce spectacle, j'avais un sentiment de puissance. Moi je n'étais pas nue, je ne me donnais pas. J'étais maîtresse de ma situation et cela me satisfaisait.
Cette sensation me rassura suffisamment pour que je prenne confiance en moi et que j'accepte enfin la main tendue de Vic pour rejoindre la danse. Je m'approchais de lui et mes lèvres vinrent à nouveau se souder aux siennes. Entrer en contact avec lui. Encore. Il répondit à ce baiser en me serrant fort contre lui, me donnant l'impression qu'il essayait de toutes ses forces de s'emparer de moi.
Mais j'avais une idée en tête. Nous étions là pour expérimenter et je voulais qu'il profite du plaisir que pouvaient offrir deux bouches de femmes sur un sexe d'homme. J'admirais notre petit Pokémon mettre du cœur à l'ouvrage. Elle était appliquée et le suçait avidement. Je descendis à mon tour et après un regard rapide à mon amant, je pris en bouche ses testicules pour jouer de ma langue autant que je le pouvais. De temps en temps, je levais mes yeux clairs vers le visage souriant et diabolique de Vic, pour m'assurer qu'il appréciait le traitement.
Cela semblait être le cas car il décida de passer aux choses sérieuses. Il nous releva puis incita notre hôte à se mettre à quatre pattes sur le lit. Elle obéit sans un mot, quant à moi j'étais aux premières loges lorsqu'il se positionna pour entrer doucement dans son sexe humide. Elle miaulait déjà. Lui me souriait. J'étais hypnotisée, absorbée par le spectacle qui s'offrait à moi. Voir mon amant, et son sexe qui d'habitude est si dur pour moi, prendre du plaisir dans une autre chatte que la mienne me subjuguait. Il paraissait si fort, si viril. Je m'attardais sur ses bras musclés qui serraient fermement les hanches de son hôte. Je ne voyais pas cette femme comme une rivale, elle devenait juste un moyen pour qu'il prenne du plaisir. Le voir ainsi avait un effet immédiat sur mon corps, je sentis l'envie monter, une chaleur diffuse m'envahir et mon sexe s'humidifier. Le desir est parfois incompris, même pour soi-même pensais-je lorsque je me surpris à toucher cette femme, à la caresser. Je voulais l'exciter, la rendre encore plus chienne pour lui. Son cul bien rond était devant moi, prêt à être pris. Dans la nouvelle excitation qui me prenait le ventre, je n'ai pas pu réprimer mon envie de tester sa soumission. Et sans m'y attendre, je me surpris à glisser un doigt dans son anus pendant qu'il la baisait avec force. Je ne savais pas ce qui m'excitait le plus. Le voir prendre son pied ou cette sensation de dominer la situation. Vraisemblablement les deux.
Mais très vite les rôles s'inversèrent. Vic avait lui aussi besoin de savoir que je prenais du plaisir et il n'allait pas me laisser m'en sortir comme ça. Alors il me poussa sur le lit et décida de me prendre dans la même position. J'adorais la façon dont il me signifiait d'un seul mouvement que si je pouvais maîtriser une femme, il était toujours celui qui pouvait me dominer au lit. Je souriais et accueillis sa queue en moi. C'était bon. Comme toujours et peu importe qu'une autre personne soit présente. À ce moment-là, pendant quelques secondes, ce n'était que lui et moi. Elle, toujours passive, s'était allongée devant moi. Envahie par mon appétit sexuel, je fus prise d'une envie de goûter ce sexe féminin qui venait d'être sailli par mon mâle. J'étais hésitante, ne sachant pas comment user de ma langue, mais après quelques caresses appuyées, elle se mit à gémir et une satisfaction s'empara de moi. Satisfaction qui rejoignait les vagues de plaisir que m'offrait le sexe de mon amant.
Et puis nous alternâmes à nouveau. Il la pénétra encore, son sexe s'empara de son cul. Il était beau, viril. Elle était soumise, invisible. C'est moi qu'il regardait alors qu'il la démontait. Et ça m'excitait follement. Je la regardais elle et lui demandait "Tu aimes ça hein, te faire prendre par le cul". J'avais envie d'être encore plus vulgaire. Mais je n'ai pas osé. Pas ce jour-là.
Lorsqu'il eut enfin joui dans son cul, elle avait eu plusieurs orgasmes. Une fois à la maison, Vic admit être en colère parce que je n'avais pas joui. J'ai essayé de lui faire comprendre que parfois, le plaisir venait aussi par l'intellect et que d'avoir vu cette femme aussi soumise à lui, s'offrir sans pudeur, cela m'avait suffi. Plus encore, j'avais envie de remettre ça mais avec une autre. E ainsi commença notre quête de Pokémon.
CONCOURS-2026-134
"Viens"
Elle le regarde dormir sans savoir de quoi il rêve, elle le voit qui respire et ne sait pas de quoi il va mourir.
— Qu'est-ce que tu fais ? Il est quelle heure ? Lance Naïm qui vient d'ouvrir les yeux sur ceux de son hôte Agathe, depuis le canapé sur lequel il s'est étendu. C'est la première fois que Naïm arrive si tôt chez Agathe pour prendre le petit déjeuner avec elle. Il s'est assoupi.
On dirait qu'Agathe sourit, debout derrière le comptoir de la cuisine. Elle lui montre l'horloge du bout du nez. Il est huit heures passées.
C'est la toute première fois que Naïm capte le ballet matinal de celle qu'il connaît à peine, même après deux ans de soi-disant amitié. Agathe est danseuse, tout comme lui. Mais elle, elle a choisi la danse classique, rien à voir avec la danse urbaine que pratique Naïm.
Assis maintenant sur le canapé, non loin d'Agathe, à une distance qu'il aura toujours du mal à tenir quand il s'agit d'elle, Naïm promène son regard sur ses gestes gracieux qui soudainement s'arrêtent. Elle retire les tasses d'eau chaude du micro-onde qui vient de sonner.
Aussi impassible qu'à son habitude, elle dépose un sachet de thé dans chacune des tasses fumantes. Derrière la brume, Naïm reconnaît les petites étiquettes rouges qui pendent au bout d'un fil, sur le rebord du récipient. Un coffret de thé qu'il a offert à Agathe pour Noël dernier. Il ne saurait dire si elle a aimé.
Il est l'heure pour chacun d'aller travailler.
Encore un instant passé avec elle, à l'issue duquel il se rend compte qu'il n'a jamais su quoi lui offrir, ni comment lui faire plaisir.
Quelques jours plus tard, lorsqu'Agathe se manifeste en pleine nuit, Naïm est si confus qu'il ne sait pas s'il rêve. Vient-elle de l'appeler ? Il est très tard et Agathe a l'habitude de communiquer par le biais de messages très brefs. Le jeune homme saisit son téléphone sur sa table de nuit. Agathe ne l'a pas appelé. C'est la notification d'un SMS dont il prend connaissance sur son portable, les yeux bien ouverts cette fois-ci. Agathe a écrit :
« Viens ».
Il se met à chercher sur son téléphone si ce message est précédé d'un autre ou d'un appel. Rien. Aucun signe non plus de ce qu'elle pourrait vouloir parmi les rares messages qu'elle a pu lui adresser dernièrement, et ce d'une façon ou d'une autre. Naïm ne saurait dire si les discrets signaux qu'il capte d'elle relèvent d'une attirance réciproque ou s'il ne s'agit que du fruit heureux de son imagination.
Sans oser contrarier le silence qu'Agathe laisse si souvent s'installer, pour ne rien briser, il ne sait que répondre :
— Oui. Dix minutes.
La solitude lorsqu'il fait noir, l'éclat de la lune qui perce les volets et le pénètre pendant qu'il relit ce message, tout le désarme. Il se lève brusquement. « Viens » : Ce mot d'Agathe qu'il relit pendant qu'il s'habille lui ôte la pensée, sans lui voler ni la faim, ni la soif. Il passe un short, un t-shirt, puis claque la porte derrière lui sans être sûr d'avoir bien pris les clés.
Il traverse le couloir qu'il emprunte quotidiennement comme pour la première fois.
On vit mieux la nuit.
Tout ce qui l'entoure vient à lui d'une façon si belle, qu'il s'y attache avec une force infinie. Les mots d'Agathe, le parfum de cette femme, celui de la cire du parquet vieilli qu'il foule, les veines du bois de la rampe qui courent sous sa main pendant qu'il dévale l'escalier, tout ce qui l'entoure, le saisit. Il aime sans discernement.
Il sort de l'immeuble. L'appartement d'Agathe se trouve près de l'océan dont Naïm reconnaît de plus en plus distinctement la musique. Celle des vagues qui déferlent, se retirent, puis s'effacent. L'iode lui colle la peau. Les quelques lueurs de la ville qui brillent encore à cette heure-ci se penchent sur le chemin qu'il choisit d'emprunter.
Il s'approche de la résidence d'Agathe et Naïm réalise à quel point il ne sait que peu de choses de cette femme si énigmatique.
Le désir est parfois incompris, même pour soi-même.
Quelque chose de plus profond que la raison le pousse à rejoindre Agathe.
Il est maintenant sur le point de sonner chez elle, en pleine nuit. Naïm se rend soudainement compte de la situation.
Agathe a l'habitude de verrouiller sa porte d'entrée, mais quand elle se met à céder sous son poing qui vient de frapper discrètement le bois, Naïm est pris d'une sorte de vertige.
Il ne vacille pas.
C'est elle qui l'appelle et c'est lui qui fait le premier pas.
Il avance lentement dans la pénombre de l'appartement, sans oser allumer une autre lumière que celle qui éclaire le fond de la pièce. Il laisse faire les ombres et la lumière qui dessinent la silhouette gracile d'Agathe. Elle se tient debout, près d'une fenêtre.
Il faut un instant pour que la vue de Naïm s'accommode de la luminosité de l'endroit, mais Agathe semble regarder dans sa direction.
Se fendre de son prénom dans l'intimité de cet appartement n'a jamais été aussi érotique dans la bouche de Naïm :
— Agathe ?
En jetant ses yeux dans le regard de Naïm :
— Oui.
C'est bref, mais le grain de sa voix est si chaud qu'il peut le sentir courir sur celui de sa peau.
Le mystère autour de cette femme qu'il désire depuis si longtemps semble perdre peu à peu de son épaisseur. Elle l'effeuille.
Agathe regarde Naïm en face et ne bouge pas, fidèle à ce que réclame le SMS qu'elle a envoyé quelques instants plus tôt.
Ils semblent désormais si proches que Naïm ne sait plus s'il doit prendre l'initiative d'un autre mouvement. Leurs regards ne se quittent pas. Naïm comprend seulement qu'elle ne reculera pas.
Agathe semble ne rien porter d'autre que sa chevelure, qu'elle noue toujours en chignon, et qui, pour la première fois, dévale dans son dos et se suspendent à sa taille.
De longues mèches épaisses soulignent l'arrondi de sa poitrine généreuse et descendent jusqu'à la naissance de ses cuisses qui semble voilée d'un tissu sombre et délicat. La lueur dorée qui baigne la pièce enveloppe sa peau d'une teinte chaude et ambrée.
Agathe est différente, lui aussi. En deux ans, Naïm avait imaginé mille fois comment il aurait pu lui faire l'amour, mais il n'avait jamais songé qu'il puisse se trouver si démuni, incapable du moindre déplacement.
Agathe avance en direction de Naïm. Ses cheveux ondulent sur le galbe de ses seins, et caressent le creux de sa taille, épousant chacun de ses gestes avec une douceur infinie. Une douceur à fendiller le cœur.
Agathe se trouve maintenant à quelques centimètres de lui, son regard toujours dans le sien. Naïm prend le souffle qu'elle lui donne à respirer.
Elle avance les bras vers lui et pince l'épaisseur du bas de son t-shirt. Elle le remonte très lentement le long des bras de Naïm qu'ils pointent maintenant tous les deux vers le ciel. Paumes contre paumes, dans une danse instinctive, Naïm saisit les poignets d'Agathe pendant qu'elle se glisse dans son t-shirt. Ses longs cheveux emprisonnés sous le vêtement, Agathe sent combien le tissu est chaud et mou. Elle y fouille, lascive, la chaleur de cet homme jusqu'à s'y confondre. Il sent le sel, des notes sèches et terreuses de cuir.
Sa danse, son sourire, la chaleur de son parfum, elle veut tout de lui. Qu'il danse en elle jusqu'au cœur.
Dans tout l'appartement, seuls les souffles et le tissu bruissent. Plus bas, on entend seulement les vagues qui dévergondent.
Elle le désire et il se sent basculer.
Agathe fait quelques pas en arrière avant de s'étendre sur le dos au sol.
Les mots brûlent les lèvres de Naïm :
— Qu'est-ce que tu fais ?
— Je me rends.
Les mains d'Agathe passent délicatement sous le tee-shirt et saisissent ses hanches. Elle est étendue au sol, déjà recouverte de lui, et fait glisser sa culotte le long de ses cuisses.
La rejoindre pour l'étreindre encore est vertigineux. Naïm approche au même rythme que celui qu'impose Agathe. Sous ses yeux, le corps de sa partenaire se tord de l'envie d'être touchée.
Naïm se met à terre, tout près d'elle. Une de ses mains épaisses glisse dans ses cheveux qui inondent le sol, tandis que l'autre parcourt l'arc que dessine la pulpe de ses lèvres.
Agathe ouvre la bouche. Elle saisit l'index de Naïm qu'elle porte à sa bouche.
Elle le suce.
Cette nuit-là, d'un seul et même corps, ils n'ont cessé de tout perdre. Le silence, ce qu'ils savaient, une mort après l'autre, infiniment petites.
CONCOURS-2026-135
La découverte d'Emmanuel.
Il faut se représenter Emmanuel, grand, carré, voix grave, barbe soignée. Un esprit bien fait dans un corps travaillé à la salle de sport. Il se dit hétérosexuel, et cela ne fait aucun doute, les femmes le regardent et il leur répond en s'offrant à celles qui le désirent. Cela ne l'empêche pas d'être ouvert. Il a des amis homosexuels, il partage même son appartement en colocation avec moi, Olivier, hanches arrondies, gestes souples, bouche un peu trop rouge, et un goût assumé pour les hommes. Deux caricatures de leurs communautés, en apparence. Deux amis sincères en réalité, jusqu'à ce soir fatal.
La journée se finissait, je sortais de la douche, la serviette nouée nonchalamment autour de la taille, ondulant sans y penser. Emmanuel installé à la cuisine allait me proposer un verre d'eau pétillante quand quelque chose se réveilla dans le bas dans son ventre. Un simple réflexe, se dit-il. Un afflux sanguin sans importance. Je venais de m'épiler. Ma peau, sous les doigts, était soyeuse. En riant, je tournai autour d'Emmanuel, l'invitant à toucher cette douceur. Alors l'irréparable se produisit. Des années d'amitié vacillèrent. Le début d'érection devint manifeste sous le short. Je poussai un petit cri de surprise et, dans un geste de réflexe, empoignai la forme raide à travers le tissu. Le contact dura une seconde de trop. Emmanuel ne bougea pas. Il se laissa faire.
Moi même, dans le trouble qui suivit, je ne sais pas comment la suite s'enchaîna toujours est-il que, peu après ce contact inattendu, nous nous retrouvons dans la pénombre naissante de cette fin de journée, l'appartement seulement baigné des lumières de la rue. Emmanuel, tête renversée contre le dossier du canapé, le souffle court. Accroupi à ses côtés sur le canapé, mes fesses en l'air et la serviette tenant encore par miracle, j'ai jeté avec négligence son short sur la table basse, Emmanuel se retrouve en caleçon pendant que mes doigts agiles enveloppaient, caressaient, titillaient la forme allongée à travers le tissu. C'était trop de sensations à la fois pour Emmanuel. Son bas-ventre brûlait. Le visage baissé sur le bas ventre de mon colocataire, comme devant quelque chose de précieux, je lui dévoilais mes talents et ma délicatesse. Ma langue glissait lentement le long de la forme allongée, s'attardant à la base, traçait les contours avec une patience. Pendant que son désir montait, mes doigts glissèrent sous le tissu et, d'un geste soudain, le firent glisser. La virilité d'Emmanuel se trouva libérée et tendue comme un arc. J'aimais toujours ce bref moment où la forme surgissait contre le visage, comme un petit animal sauvage.
Emmanuel tenta un instant de reprendre le contrôle de son identité sexuelle, mais ma main droite repoussa doucement sa poitrine contre le canapé tandis que la gauche s'enfonçait dans la fine toison du ventre. Sans lui laisser de temps ma bouche, grande ouverte, avala le bout luisant. Dans un soupir, Emmanuel abandonna. Mes lèvres l'enveloppaient, se retiraient, descendaient plus bas, revenaient. Ma langue jouait avec les plis de chair les plus sensibles. Emmanuel, passif, bras ballants, ne pouvait que gémir et à un moment agrippa mes longs cheveux fins, non pour me forcer, mais pour prolonger ce plaisir. Sa réaction tant attendue me stimula et mes hanches avancèrent d'elles-mêmes, d'abord lentement, puis dans un mouvement presque dansant. Sentant venir son ami, je remplaçai ma bouche par des caresses manuelles. Pour quand même continuer à faire monter le désir, je laissai ma langue explorer chaque partie extérieure de la virilité d'Emmanuel. Avec ce traitement, le pauvre garçon ne tint pas longtemps. En quelques spasmes il donna tout ce qu'il retenait. Je recueillis son plaisir dans les paumes. Ce moment était encore fragile, au lieu de jouer un peu avec le fruit de cet amour comme je l'aurai fait avec un amant habitué, je me relevai dans la pénombre et allai d'un pas léger me laver les mains.
Je jetai un coup d'œil rapide vers le canapé, Emmanuel ne bougeait pas, dans un tiroir, je pris des bas noirs fins, un porte-jarretelles délicat, un petit string. En revenant sur le canapé, je fis voler la serviette, et m'assit auprès de mon ami. Sans un mot, avec une lenteur cérémonieuse, j'enfilai mes bas et me tortillai pour fixer le porte-jarretelles, puis enfin j'enfilai le string. Cette apparence presque féminine rassura Emmanuel. Il venait d'être pris en bouche par quelqu'un aux cheveux longs, aux hanches rondes, à la peau délicate, comme une femme. Cela le rassurait. Je le pris par la main, le relevai, le tirai jusqu'à la table de la cuisine. Nous avons mangé, comme ça, simplement, debout, sous la lumière tamisée d'une seule petite lampe, elle me permettait de mettre en valeur ma tenue en réduisant les aspects un peu trop masculins, Emmanuel encore tout ému et rougissant était juste resté vêtu d'un large t-shirt. Le dîner frugal se fit tranquillement, avec peu de paroles, quelques rires complices, puis je me rapprochai, collai mon flanc contre le sien et lui fit gober des raisins un à un. Les minutes s'écoulaient, et comme je l'attendais, le corps d'Emmanuel lui envoyait un signal. Je ris doucement et lui murmurai à l'oreille des mots coquins. Baissant les yeux, Emmanuel prit soudain conscience de sa nudité et que son sexe en voulait encore, redressé comme au garde à vous. Je posai un baiser d'encouragement dans le cou de mon ami, puis me glissai entre lui et la table et vint au contact. Pliant légèrement les jambes, le bassin en rétroversion, le buste penché, je mis la ligne des fesses contre le membre d'Emmanuel et commençais à me tortiller pour l'exciter et enfin Emmanuel réagit. Ses mains descendirent, caressèrent mes fesses, puis un doigt écarta le mince tissu du string et chatouilla mon petit rond délicat. J'avais posé discrètement à proximité un préservatif et le lubrifiant. Je me retournai un instant face à lui, m'agenouillai, posai un baiser sur le bout dressé, enfilai le préservatif d'un geste rapide, l'enduisit de crème. Je me relevai et tendit le tube à Emmanuel. À ma grande surprise, ce fut un doigt déjà sûr qui se glissa pour préparer mon intimité. Le moment était venu. Mimant le geste de cracher dans sa main dans une caricature virile, Emmanuel saisit son sexe. Je posai le torse contre la table et accentuai encore l'arc de mon bassin. Joueur, Emmanuel frotta d'abord son extrémité, poussa un peu, se retira, recommença, jusqu'à ce que, n'y tenant plus, je lui demande qu'il entre enfin. D'un seul mouvement long et profond, Emmanuel s'enfonça. Son plaisir fut immédiat, différent, plus exigeant, plus intime que ce qu'il avait connu avec les femmes. Chaque va-et-vient, il m'arrachait un gémissement de plaisir. ses mains, crispées sur mes hanches, glissaient parfois entre les bas de soie et la peau nue. Il me prenait avec une force qu'il n'avait jamais osé employer avec une femme. Cette force s'ajustait à mes petits cris aigus qui demandaient plus fort, plus profond. Il me pénétrait comme on découvre une terre inconnue, regardant son sexe disparaître et réapparaître, tandis que je m'ouvrais sous lui avec une confiance qui le bouleversait. Son rythme s'accéléra et jouit profondément, par secousses violentes. Encore à moitié dur, il continua encore un peu, plus lentement, plus tendrement, jusqu'à ce que je jouisse à mon tour.
Collés l'un contre l'autre, le préservatif retiré et posé nonchalamment sur la table, la peau humide, nos souffles mêlés, Emmanuel murmura : « Je ne savais pas que je voulais ça… Que ta bouche me donne plus de plaisir qu'aucune femme… Et que te prendre ainsi me fasse jouir plus profondément que tout ce que j'avais connu. »
Je souris contre son épaule, les joues encore roses, essoufflé. Je posai un baiser léger dans son cou et répondis : « Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Tu le sauras maintenant. »
CONCOURS-2026-137
Le saut
Sur le vieux ponton au bord du lac, au clair de lune, un jeune homme et une jeune femme. Les deux sont entremêlés sur la plateforme agitée et mouvante. Il l'a saisie par la gorge, rapprochant son visage du sien. Elle glisse sa main dans ses cheveux entremêlés, les tirant loin. Un râle. Un soupir. Du dos de son autre main, il effleure sa joue. Puis la saisit par les joues, plaquant sa tête contre le bois humide. Souffle contre le dos de sa main. Elle le mord entre le pouce et l'index. Elle le saisit par le tee-shirt et le cou. Elle colle son corps au sien. Souffle contre la paume de sa main. Il la retire lentement. Plus rien ne sépare leurs lèvres. Elle tourne la tête vers le bois craquelé, le bout du ponton, l'étendue d'eau caressée par les brises fraîches. Lui, malgré les lancements des griffures sur son corps, est happé par les ombres que créent les lignes de son visage. Elle s'extirpe sans difficulté sous son poids. Lorsqu'elle le surplombe de tout son corps, elle en profite pour lui donner une pichenette sur le front. Regard noir, sourire au coin des lèvres, il s'élance de nouveau sur elle à coups de chatouilles. Esquive, éclats de rire, c'est une nouvelle guerre qui vient de commencer. Essoufflés. Chair contre chair. Au bout du ponton, elle dessus, leurs cœurs vibrants à l'unisson, leurs corps menaçant de perdre l'équilibre. Alors, sans un mot, d'un commun accord, chacun desserre la prise. Lentement, lourdement, indéfiniment. Pensant enfin se relever victorieuse, il bascule, elle entend un fracas et sent une main la saisir à la cheville. En un instant, elle se retrouve plongée dans l'eau. Elle est enveloppée par la matière dense qui s'infiltre dans ses narines et lui opacifie la vue. Elle sent sa présence s'éteindre. Elle se rappelle ses lèvres murmurant des secrets contre sa peau. Elle ressent son souffle dans sa nuque. Elle revoit la sueur s'écoulant sur son dos. Elle se débat contre les bras invisibles qui l'entraînent vers le fond. Avec difficulté, elle se jette aux pieds du ponton et remonte sur ce dernier. Il sort précipitamment de l'eau. Il va vers elle, mais ses bras tremblants se défilent de ses doigts. Il veut l'étreindre. Mais elle le repousse par un grognement. Puis elle tourne les talons, sans prêter attention à sa voix criant son nom. Elle s'éloigne, un mélange de peur, de colère et de frustration qui s'estompe à chacun de ses pas. Elle s'arrête.
– Okay, je te tiens, commence l'un, un temps plus tard.
– Tu me tiens, continue l'autre. Assis face à face.
Le premier rapproche leurs visages d'un geste ferme de la main. L'homme aimait son souffle chaud sur son visage. Aussi le poil solitaire qui apparaît de temps en temps sur son menton. Il aimerait… Il empêche le visage pétillant de malice de se rapprocher plus du sien. La femme aime sentir la poigne de sa main. Entendre les battements de son cœur au bout de ses doigts. Elle essaie de garder son sérieux face à ses grimaces exagérées. Les cheveux de son adversaire sont dégoulinants. Elle se rappelle d'il y a quelques heures, après leur dispute ; bien évidemment, il ne s'est pas privé de jouer au noyé. Bien évidemment, elle a riposté. Et naturellement, ils ont fini par se chamailler au milieu du lac, valsant entre les gouttes froides puis chaudes. Ce ponton leur donne l'impression de défier les lois du temps. Pourquoi la nuit ne dure-t-elle pas plus longtemps ? Sur ce tas de ruines, ils peuvent être n'importe qui, n'importe quoi, n'importe quand. Dans cette pénombre pesante, ils se voient clairement. Il lui pince le menton pour la sortir de ses pensées. Elle essaie de retenir le sourire qui s'élargit sur son visage. Il ne sait pas s'il faut qu'il se retient de rire. Ou s'il doit venir déposer sur ses lèvres un baiser. Sentir à nouveau la chaleur de ses joues contre sa peau. Le désir est parfois incompris, même pour soi-même. Lorsqu'elle se redresse, il sort instantanément de ses songes, se lève, abandonnant le jeu, la laissant troublée. Elle le rejoint ; tous les deux s'assoient au bout du ponton, leurs épaules se frôlant. Encore trempés. Elle penche sa tête pour contempler ses pieds troublant la tranquillité de l'eau. Celle qui était autrefois obscure se teinte. Elle se demande.
– Tu penses qu'il y a un monstre au fond de l'eau ?
Il lève les yeux au ciel, mais ne répond rien, alors elle poursuit.
– Je sais…
Il fixe la ligne d'horizon.
– Tu vas dire que j'ai peur, mais j'en ai marre d'avoir peur…
Il lève la tête vers le ciel qui se colore.
– C'est peut-être une mauvaise idée…
Il la regarde du coin de l'œil. Ses doigts agrippés au ponton, son corps menaçant de basculer en avant.
– En vrai, c'est drôle…
Elle entend sa respiration changer, elle ressent ses sourcils se froncer. Pourtant, ses yeux à elle ne quittent pas le liquide mouvant.
– On pourrait…
Le regard de l'homme fuit au lointain, plus loin que la ligne imaginaire qui sépare le ciel et la terre.
– J'aimerais bien… Enfin… tu vois ce que je veux dire…
Elle continue à contempler l'eau translucide miroiter les lumières du ciel. Un long moment passe. Elle regarde l'eau. Il regarde le ciel. Elle lui jette un regard en coin. Il est figé. Sous la lumière de l'aube, on dirait qu'il pourrait disparaître. Il ressemble à l'une de ces statues grecques, nues, érodées par le temps. Elle ricane. Il ne dit toujours pas un mot. Elle ne perçoit même plus le souffle de sa respiration. Elle entrouvre et se pince les lèvres.
– Je vais sauter. C'est décidé.
Finit-elle par conclure. Il répond par un bref claquement de langue. Elle se lève et se lance dans une série d'étirements. Il inspire et expire longuement. Lorsqu'il finit par se relever, elle lui fait signe de se mettre de côté. Au lieu de ça, il avance vers elle. Lorsqu'il la surplombe de sa hauteur, il l'attrape sans prévenir par la taille pour la soulever et la jeter sur son épaule. Lorsqu'elle voit qu'ils s'éloignent de l'eau, elle se débat. Ils tombent tous les deux sur le sol rocailleux. À quatre pattes devant lui. Elle essaie de lire sur ses lèvres scellées. Il s'oublie à contempler la couleur de ses yeux. Il veut, de ses doigts, frôler son visage, mais s'arrête dans son mouvement lorsque son regard croise le sien. Elle inspire et expire profondément. Elle inspire le goût de l'air du matin, la moiteur de sa main, le chaos que créent leurs éclats de rire. Elle expire la sérénité de la nuit, le nœud dans sa gorge, son regard figé. Elle ferme les yeux en se relevant, se débarrasse de la poussière sur ses genoux égratignés. Elle sent son regard lui brûler la peau. Son cœur bat fort et chaque battement est irréversible. Elle se penche en avant, se tient prête et s'élance dans une course folle. Elle accélère et sent à chaque foulée, d'abord les pointes des pierres abruptes, puis les débris du bois arracher sa peau nue. Le bruit sourd de son corps contre l'eau : c'est froid, puis chaud. Elle se laisse couler indéfiniment. C'est donc ça, la couleur sous l'eau. Les bulles dans les narines. Les yeux grands ouverts, elle cesse de s'enfoncer et se tourne vers la surface éclairée du ciel par-delà l'eau. Lorsqu'elle remonte à la surface, elle sent les battements décadents. Dans ses oreilles, le bourdonnement de l'eau. Le chant des oiseaux du matin. Quelques rayons chaleureux viennent chatouiller son visage. Les feuilles des arbres sont hérissées par le vent. Un souffle de rire s'échappe de sa bouche. Elle halète, les joues empourprées. Face au ponton, sous la lumière de l'aube, il ne reste que les traces de leurs pas, qui bientôt ne seraient plus.